XVIII. — Denier de billon
A. KAROL. Trois fleurs de lys dans le champ.
R. Fleur de lys. AQ Fleur de lys. DVX. Croix.
[Mauvais exemplaire, auc. collection de Saulcy]. PuiiL. : Caron, Monnaies féodales, pi. XI, n® 16.
Par les descriptions qui précèdent, on voit que Charles de Ciuyenne a fait frapper des deniers tournois, par opposition au denier bourdelois, qui valait les 3/5 seulement du tournois. D'ailleurs tous les comptes de ce prince sont établis en deniers tournois, et il est surprenant que le denier bourdelois, marqué à la nef de Bordeaux et portant la légende SIT NOMEN DO- MINI BENEDICTVM, frappé notamment par Charles VII et Louis XI, ne l'ait pas été pendant les années 1469-1472 ; on n'en a du moins rencontré aucun exemplaire.
Les monnaies de frappe française circulaient naturellement en Guyenne pendant cette période au même titre que celles qui étaient d'origine bordelaise -. Elles avaient même une valeur
1. Un autre spécimen en cuivre, sans étoile, a été signalé dans la collection Meyer.
2. Ch. Roy, La Rochelle, son atelier monétaire (1913), cite un texte typique de 1472 : « cent esculz d'or ayant aujourd'hui cours pour 27 sols 6 deniers tournois la pièce que ledit Ghauderier a reçu tant en escuz du coing du roy que du coing de Monseigneur de Guyenne ».
légèrement supérieure, puisqu'au change, en 1472, l'écu d'or neuf de France ^ gagnait deux deniers -, Le change était d'ailleurs variable suivant le lieu et le temps •^.
En même temps les monnaies étrangères étaient reçues et tolérées, à tort, car elles ne valaient pas celles de France^; les henricques, monnaie d'or de Henri IV, roi de Castille •"', étaient les plus répandues, surtout dans les ports de Bayonne, de Bordeaux et de La Rochelle où le commerce avec l'Espagne était fort actif *"*. La traite des blés et des vins en Saintonge et à La Rochelle ~ était, avec les vins du Bordelais, l'un des éléments
1. On appelait « écu neuf» l'écu de Charles VII et de Louis XI, avec les couronnes cantonnant l'écu, par opposition aux écus vieux de Charles VI (continués jusqu'en 1436), qui n'avaient pas de cantonnement.
2. Le 3 mars 1472, Bertrand Le Fèvre, secrétaire du duc de Guyenne, donne quittance au trésorier de Gujenne Pierre Morin de 4 livres 10 sous « pour se rembourser de semblable somme que avoye paj'é en Teschauge de trois cens escuz d'or en monnoie à escus neufz, à raison de deux deniers tournois pour chascun escu » (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 1138, doss. 26086, n^ 35 bis).
3. En Normandie, au mois de décembre 1466, l'écu d'or de France avait cours pour 30 sous (Bibliothèque nationale, ms. français 6963, f*' 398) ; à La Rochelle, en 1472, comme on l'a vu plus haut, il ne valait que 27 sous 6 deniers.
4. Voir une lettre du 10 juin 1470 relative à l'invasion fâcheuse des monnaies étrangères, particulièrement espagnoles et béarnaises, dans les environs de Toulouse (Bibliothèque nationale, ms. français 20487, f" 372). La situation de la Guyenne à cet égard était incontestablement la même. On voit aussi que Louis XI s'était appliqué à pourchasser les monnaies étrangères {Gazette numismatique française, 1908 et 1910).
5. Cf. Engel et Serrure, Traité de numismatique du moijen-àge, t. ÎII» pp. 1341-1343.
0. Nous pouvons citer, entre autres, les noms des marchands espagnols Pedro Pardo (Bibliothèque nationale, ms. français 20415, n" 83) commerçant à La Rochelle, et Pedro Darrieto, poursuivi pour fausse monnaie (voir cidessus p. 341).
7. D'après l'état du 22 février 1471, la ferme de la traite des blés en Saintonge rapportait au duc 5500 livres par an, et celle des vins à La Rochelle 9000 livres (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 1293, doss. 29129, n* 2 ; Pièce justificative n° CXIII) ; et cependant dès le mois de janvier 1469 on constatait qu'elles étaient d'un assez médiocre rapport (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 519, Bueil, n" 101^. Par lettres du 23 octobre suivant, Charles de Guyenne, à la requête des habitants de La Rochelle, confirme le droit qu'ils avaient (confirmé à son tour par Loui XI en février 1464) de prendre le quart de la valeur de la traite des vins et des blés, après déduction des gages d'officiers et des frais nécessaires à la
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les plus productifs du commerce d'exportation. Un document S émané du receveur général des finances du duc de Guyenne -, apporte une confirmation certaine de l'usage alors fréquent de compter en monnaie étrangère, le henricque pesant plus que Técu d'or de Louis XI ^ et valant par conséquent davantage en monnaie de compte ^ : le receveur de la traite des blés estime que, sur une somme de 400 livres à recevoir, il perd à peu de chose près le quart de ce qui lui était dû, et il la fait mettre sous scellés par ordre du général maître des monnaies, sans que l'on puisse cependant deviner exactement le motif qui a déterminé sa plainte : ou bien la situation générale politique, et par suite monétaire, a changé la valeur de compte de l'or en France, — ce qui aurait pu s'expliquer pendant la période de la guerre de Cent Ans, et parait improbable en 1470 — ou bien la monnaie d'or a subi de graves altérations, — ce qui ne concorde pas avec les données connues et n'expliquerait pas des variations de titre aussi considérables — ; ou bien le débiteur étranger, malhonnête, a prétendu s'acquitter de sa dette de 400 livres en versant seulement 164henricques et demi, manquant ainsi à ses engagements. Cette dernière hypothèse est évidemment la plus plausible et la plus simple à la fois.
perception de cet impôt, à l'effet d'en convertir le produit aux fortifications de la ville (Bibliothèque nationale, ms. français 18970, fï. 113 et 117).
1. « Je Martin Anjorrant, conseiller et receveur gênerai des finances de monseigneur duc de Guj'enne et par luj- commis à l'exercisse de gênerai maistre des monnoyes, certiffie à tous qu'il appartiendra que sire Gobert Cadyot, receveur pour mondit seigneur de la traicte de La Rochelle, a fait mettre en cyment, en ma présence et par mon commandement, par le maistre de la monnoye dudit lieu, le nombre et quantité de huit vings quatre henrricques et demie, lesquelles il avoit receues à cause de la traicte des blez, ainsi qu'il m'a certiffie par serement que je luy ay fait faire sur les sainctes evangilles de Dieu, esquelles henrricques c'est trouvé de perte la somme de quatre vingt dix huit livres dix solz dix deniers tournois ; tesmoing mon seing manuel cy mis le XX^ jour d'octobre mil GCCC soixante et dix )). (Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol. 70, doss. 1441, n» 9.)
2. Qui, d'après le texte précédent, exerçait en même temps les fonctions dégénérai maître des monnaies.