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Charles de Montalembert

Charles de Montalembert naquit aux environs de Saintes, en 1082. Tout jeune encore, il se distinguait par l’aménité de son caractère ; il montrait une grande piété et manifestait un goût prononcé pour la vie religieuse. Aussi, en 1698, il entrait au noviciat des Jésuites, à Bordeaux, alors qu’il n’avait que quinze ans. C’était le moment où les missions étaient florissantes. Les Ordres religieux s’étaient, en quelque sorte, partagé l’Extrême-Orient ; les Jésuites avaient eu la Chine, lTndo-Chine, l’Inde et le Japon. Le jeune de Montalembert ne pouvait rester insensible à l’idée de porter la civilisation dans des régions presque inconnues. Sa résolution fut prise, et bientôt il n’eut pas d’autre ambition que celle d’aller propager la foi.

La vie du missionnaire n’avait cependant rien d’attrayant : il fallait dire adieu au sol natal, quitter la France, et, une fois rendu à sa destination, le religieux qui s’expatriait devait passer son existence au fond des bois, souvent seul et isolé, et sous un climat meurtrier. Il devait supporter de nombreuses privations, affronter des nations cruelles et superstitieuses, et, la plupart du temps, après de nombreuses années de labeur et de souffrances, il lui fallait mourir obscur et abandonné. De Montalembert n’ignorait aucun de ces dangers, aucune de ces souffrances. Mais il appartenait à une race qui a toujours considéré la vie comme une lutte, et les périls ne faisaient qu’augmenter son enthousiasme.

A cette époque, comme maintenant, il fallait un long apprentissage pour obtenir d’être envoyé dans les missions. Le missionnaire n’est pas un homme ordinaire. Avant tout, il doit être un excellent voyageur, et, de plus, il est obligé de parler la langue des peuples auxquels il prêche l'Evangile, de se conformer à leurs usage et de vivre de leur vie. Au xvnP siècle, il était nécessaire de posséder une foule de connaissances pratiques qui étaient alors indispensables, vu les difficultés qu’il y avait à communiquer avec l’Europe. Le missionnaire devait être architecte, ouvrier, ingénieur et colon. En outre, les supérieurs exigeaient plusieurs qualités des élèves qui se destinaient aux missions. Pour le Levant, il fallait savoir le grec, le cophtc, l’arabe, le turc, et avoir quelques notions médicales; pour l’Inde et la Chine, l’on voulait des astronomes, des géographes, des mathématiciens, des mécaniciens. Après plusieurs années passées au milieu de l’étude, le Père de Montalembert remplissait les conditions qui étaient imposées à

tout missionnaire; en 1715, il était nommé prof es et avait atteint le but qu’il poursuivait avec tant d’arcleur. Il s’empressa de quitter la France et de prendre la route de l’Inde. La même année, il débarquait à Pondichéry.

A cette époque, nos établissements étaient loin d’avoir acquis l’importance qu’ils devaient avoir sous de gouvernement de Dupleix. Nous possédions Pondichéry, Chandernagor, et nous avions des factoreries à Surate,, à Calicut, à Mazulipatam, à Dacca et à Balaçor. Pondichéry avait franchi la première période qui accompagnait la fondation de tout comptoir européen dans la mer des Indes, et inutile de dire que ses débuts avaient été des plus pénibles. Il avait fallu toute l'énergie de son premier gouverneur, François Martin, pour que notre colonie pût, non seulement prospérer, mais même exister. Pendant les vingt premières années, notre colonie n’était guère qu’une bourgade. En 1706, à la mort de Martin, Pondichéry était devenu une possession importante et présentait déjà l’aspect d’une grande cité. En 1715, l’on y comptait plus de cinquante mille habitants. La ville était entourée d’une muraille et avait une citadelle, six portes et onze bastions. Toutes les rues étaient tirées au cordeau, larges, à angle droit, et bordées de maisons qui se joignaient sans interruption. La rue principale avait mille toises de long. Ainsi que toutes les villes de l’Inde, Pondichéry comprenait la ville blanche habitée par les Européens et la ville noire ou indigène. Dans la ville blanche, les maisons étaient construites en bois et en chunam , sorte de composition faite avec des coquilles réduites en poudre, et qui, exposée à l’air, devenait presque aussi blanche et aussi dure que la pierre. Un certain nombre d’entre elles avaient deux étages. Les indigènes habitaient des cases de huit pieds de long sur six de large.

Le jour, ils travaillaient dans les rues à l’ombre des arbres; ils passaient la nuit dans des cours ou sur les terrasses de leurs maisons. L’industrie commençait à prendre de l’importance. L’on remarquait des manufactures, des magasins, et un grand bazar qui était très bien approvisionné. Les ouvriers de chaque métier habitaient un quartier différent suivant la coutume de l’Inde et formaient des corporations particulières. La plupart étaient tisserands, peintres ou orfèvres. Les environs de la ville étaient bien cultivés et l’on ne pouvait trouver une campagne d’un aspect plus riant. Dans la banlieue, les indigènes récoltaient dans leurs jardins quantité de fruits et de légumes nécessaires à la consommation locale. Il y avait de nombreuses plantations de bétel qui donnaient un revenu considérable. Le cocotier était très répandu et sa culture la source de grandes richesses. Au moyen d’irrigations pratiquées avec intelligence, les Indiens parvenaient à remédier à la sécheresse. Pour labourer, vu la rareté des boeufs, l’on se servait de buffles.

Notre territoire possédait de belles forêts remplies de cerfs et de sangliers ; aussi la chasse ét ait-elle Tune des principales distractions des Européens.

La plus grande tolérance religieuse existait à Pondichéry et Ton y trouvait des Chrétiens, des Musulmans, des Gentils et des Juifs. Notre colonie ne possédait pas d’évêché et relevait de l’évêque de San-Thomé. Elle comprenait deux paroisses, celle de Notre-Dame-des-Anges et celle des Malabares. La première était formée par la ville blanche; son église était située dans la citadelle. Elle était desservie par les Capucins et comptait six cents fidèles qui se partageaient à peu près également entre Français et Topas . La seconde, connue sous le nom de cure des Malabares, était administrée par les Jésuites et comprenait les Chrétiens indigènes au nombre d’environ seize cents qui étaient de nouveaux convertis ou descendaient des anciens Chrétiens de Saint-Thomas. Les Musulmans, quoique peu nombreux, possédaient trois mosquées. La plus grande partie des habitants appartenait au Brahmanisme et étaient connus sous le nom de Gentils.

Au moment de l’arrivée du Père de Montalembert, la colonie venait de traverser une crise. La guerre de la succession d’Espagne lui avait porté un coup terrible. Le gouvernement de Pondichéry avait bien conclu un traité avec celui de Négapatam en vertu duquel les puissances contractantes s'étaient engagées à garder la neutralité sur la côte de Coromandel : ce traité avait mis notre ville à T abri de toute attaque, mais la mer nous avait été fermée. Aussi, pendant toute la durée de la guerre, les communications avec TEurope avaient été rendues très difficiles et les exportations étaient à peu près nulles. De plus, en 1709, la sécheresse avait été excessive et la récolte mauvaise. Il en était résulté une famine dont la population indigène, qui vivait au jour le jour, avait eu beaucoup à souffrir.

En 1710, le choléra avait fait son apparition à Pondichéry et l’on y avait compté de nombreuses victimes. Dans la situation critique où se trouvait la colonie, les gouverneurs qui avaient succédé à Martin étaient loin de répondre à ce qu’on devait attendre d’eux. Le premier, Duüvier, s’était montré d’une incapacité notoire; quant au second, Hébert, qui était en fonctions, il se faisait remarquer par son animosité contre les ordres religieux. Il persécutait en même temps les Gentils et voulait leur interdire la célébration de leurs fêtes religieuses. L’administration de Hébert, qui devait être rappelé en 1718 pour être condamné comme concussionnaire, n’était donc pas de nature à entretenir le calme dans la colonie. Le mécontentement était général et en outre il existait une autre cause de troubles, la question des rites malabares. Les Chrétiens indigènes avaient conservé un grand nombre d’usages qu’ils mêlaient à la pratique du Catholicisme. H en était résulté de

violentes polémiques, et quoiqu’en 1703 le cardinal de Tournon eût été envoyé dans l’Inde pour mettre fin aux controverses, la question était toujours à l’ordre du jour. Aussi ne fallait-il pas venir chercher le calme à Pondichéry. Du reste, le Père de Montalembert n’y resta que fort peu de temps et, dès qu’il fut remis des fatigues de son voyage, il se rendit à Chandernagor qui était le poste que ses supérieurs lui avaient assigné.

Chandernagor était notre second établissement aux Indes et le seul que nous possédions au Bengale. Le Bengale, dont la fertilité est en quelque sorte proverbiale, avait attiré de bonne heure notre attention, et en 1673, Bourreau-Deslandes, gendre du gouverneur Martin, avait remonté le Gange et obtenu, moyennant la somme de 401 roupies, la concession d’une aidée dans le village de Baroguichempour. Ce site jouissait d’une grande réputation sous le rapport de la salubrité. Notre nouvelle possession était peu importante et ne comprenait qu’une vingtaine d’arpents situés à trois milles de la ville de Hougly, où les Hollandais avaient une riche factorerie. On construisit une loge, on éleva quelques magasins, et le nouvel établissement fut désigné sous le nom de Chandernagor, Tchandranagara , ville de la lune. Cette désignation venait de la nouvelle cité, qui formait un demi-cercle sur les bords du Gange. Quelques années plus tard, Aureng Zeyb concédait un terrain d’une lieue de circonférence. L’on commença à bâtir, et, comme le sol était marécageux, l’on fut obligé de construire sur pilotis.

Les commencements de la nouvelle colonie furent des plus modestes. Les Hollandais, jaloux des Français, vinrent les attaquer plusieurs fois à main armée, et il fallut implorer l’appui du nabab indigène. Les campagnes étaient ravagées par des bandes de maraudeurs, qui venaient à chaque instant piller les établissements européens. La navigation du Gange était des plus périlleuses ; les populations riveraines attaquaient les bateaux qui remontaient ou qui descendaient le fleuve, lorsque des marchandises tentaient leurs convoitises. Notre rôle était si effacé, que pendant longtemps nos marins naviguaient sous le pavillon portugais, qui jouissait alors d’un certain prestige. Ce petit détail indique quel était le degré de faiblesse de notre colonie.

Jusqu'en 1698, Chandernagor ne formait pas une paroisse et n’avait qu’une modeste chapelle relevant des Augustins d’Hougly. A cette époque, Chandernagor fut érigé en paroisse. Quelques années plus tard, un rapport du gouverneur Dirois nous montre que notre établissement n’était encore qu’un pauvre village. Les quelques Européens qui s’y trouvaient se regardaient comme exilés. Le manque de sécurité des environs empêchait de se livrer à la culture ; tout le commerce se bornait à quelque trafic avec les

indigènes. Aussi la colonie était-elle sans vie. De temps en temps une caravane venait apporter une certaine animation. C'était le moment où les agents de la Compagnie faisaient leurs achats ; sitôt le départ de la caravane, tout rentrait dans le calme ordinaire, qui était voisin de la mort. Chandernagor rappelait assez les escales du Sénégal où, à certaines époques de Tannée, les traitants font la troque avec les noirs, qui viennent échanger de la gomme contre des verroteries.

Aussi le découragement était-il général chez les rares Français qui habitaient notre établissement. La colonie européenne n’était pas nombreuse. La compagnie était représentée par un directeur et un conseil de cinq membres; quinze marchands et sous-marchands, un charpentier, deux prêtres, deux médecins et deux notaires formaient la population coloniale. La garnison ne comprenait qu’une compagnie d’infanterie de 103 hommes, dont une vingtaine d’indigènes et trois canonniers. Inutile de dire que le confort était inconnu. Le rivage était dépourvu de quais et la plupart des magasins consistaient en des cabanes couvertes de chaumes. Les rues ou plutôt les chemins étaient remplis de broussailles et les places servaient à faire pâturer les troupeaux. Telle était la situation de Chandernagor.

Le Père de Montalembert arriva à Chandernagor à la fin de 1715. Il remonta le Gange sur une barque indigène, et à peine était-il débarqué qu’il courut à son église qui était pauvre, délabrée et construite en torchis. Il y resta plusieurs heures en prières ; puis, quand il eut pris possession de son presbytère, qui consistait en une misérable chaumière, il se rendit chez le directeur, M. d’Hardancourt.

Dans nos établissements des Indes, l’on regardait avec défiance tout nouveau venu et l’on craignait toujours de rencontrer en lui un ennemi plus ou moins dangereux. La délation était à Tordre du jour et aussi les relations étaient-elles empreintes d’une grande défiance. La figure sympathique de Montalembert, son langage franc et loyal eurent bientôt dissipé toute inquiétude et une grande intimité ne tarda pas à s’établir entre lui et le directeur. D’Hardancourt était heureux de trouver un auxiliaire aussi actif et aussi dévoué, et lorsqu’il mourut en 1719, ce fut le Père de Montalembert qui dirigea réellement la colonie, jusqu’au moment où il revint à Pondichéry, c’est-à-dire jusqu’en 1728.

La cure de Chandernagor était loin d’être facile à administrer au moment de l’arrivée du Père de Montalembert; des difficultés s’étaient élevées entre les religieux français et les Augustins portugais qui résidaient à llougly et ne voulaient voir dans notre colonio qu’une chapelle relevant de leur monastère.

Le Père de Montalembert se mit en rapport avec eux et bientôt les difficultés furent terminées à l’avantage de notre établissement. En même temps, le culte était définitivement organisé. Chandernagor fut divisé en deux paroisses : l’une, celle de Notre-Dame-du-Gange était la paroise des Européens ; de Montalembert en était le curé; l’autre, celle des Bengalis, était affectée aux indigènes. Malgré cette division, Chandernagor n’avait qu’un chef spirituel, le Père de Montalembert.

Le Père de Montalembert s’empressa de prendre l’initiative de plusieurs réformes dont on n’eut qu’à se louer. Sur son conseil, il fut décidé que les vêpres se célébreraient seulement aux quatre grandes fêtes de l’année et le jour de la Saint-Louis. Il avait remarqué que, par suite de la chaleur qui était excessive, la plupart des assistants y dormaient, et aussi pensait-il avec raison que c’était d’un mauvais exemple. Les prédications eurent lieu désormais en langue bengali dans la paroisse indigène. Des écoles furent organisées, un hôpital était fondé et tous les malades sans distinction de race, de caste et de religion, y étaient admis. Le sort des prisonniers intéressait vivement le Père de Montalembert ; il les visitait souvent, et dans ses lettres au gouverneur de Pondichéry il ne cessait de réclamer une réforme du système pénitentiaire en disant que l’on devait non seulement punir les coupables, mais encore les moraliser. Sa charité était inépuisable; la porte de son presbytère restait toujours ouverte et il recevait à sa table tous ceux qui se présentaient pour implorer quelque secours. Dans sa maison régnait la plus grande frugalité, et le peu de ressources dont il disposait, il les employait à soulager les malheureux ; aussi était-il aimé de tous ! Les Gentils et les Musulmans avaient pour sa personne la plus profonde vénération.

Pendant son séjour à Chandernagor, qui dura treize ans, le P. de Montalembert ne quitta pas un seul instant sa paroisse. Parfois, quand son ministère lui laissait quelque répit, il sortait de la ville, allait lire son bréviaire dans quelque champ écarté et de là regardait avec amour le modeste clocher de son église. Il aimait à se mêler à la population, entrait souvent dans les cases des indigènes et causait familièrement avec eux. Les métis l’intéressaient tout particulièrement, et aussi fut-il l’un des premiers Européens à protester contre les préjugés de caste et de couleur. Il pensait que la création d’une race qui, tout en étant acclimatée au pays, serait française par sa langue et sa religion, aurait de grands avantages pour nos établissements. Aussi, loin de repousser les métis, il voulait au contraire qu’on les accueillit, qu’on les protégeât et qu’on leur donnât des emplois, persuadé qu’ils seraient pleins de zèle et de dévouement. « Ils sont ordinairement

fort pauvres », disait-il un jour à un fonctionnaire qui lui reprochait assez vivement de prendre leur défense, « ils n’ont d’autre protection, d’autre appui que leur travail. C’est pour cela qu’en ma qualité de curé de Chandernagor, je suis leur défenseur et leur ami. »

La situation des employés de la Compagnie qui, la plupart du temps, n’avaient qu’un traitement insuffisant, l’avait également frappé. Il demandait qu’on améliorât leur position et proposait d’assurer des pensions à leurs veuves et « qu’à l’avenir », écrivait-il, « on ne laissât pas tomber dans la misère de vieux serviteurs qui, quoique placés dans un rang inférieur, avaient utilement défendu les intérêts de la nation. » La question des mariages le préoccupait vivement ; et il voulait qu’on facilitât le mariage aux Européens, en supprimant certaines formalités qui existaient en France, et n’avaient pas leur raison d’être aux colonies. « Pour fonder des colonies durables », répétait-il souvent, « il faut créer de nouvelles familles. »

De Montalembert était un colonisateur distingué. C’est ainsi qu’il encourageait la culture du cotonnier et engageait les indigènes à s’adonner à l’élève des vers à soie. Par ses soins, plusieurs mûriers furent plantés dans le jardin du presbytère, et lui-même prenait plaisir à enseigner aux Indiens les procédés dont on se servait en France pour la fabrication des tissus. Parfois on le voyait lui-même tailler les arbres de son jardin et faire à ses paroissiens un cours d’arboriculture qu’il avait soin de mêler de quelque historiette' afin de captiver leur attention.

On essayait, à cette époque, d’entrer en rapports avec la Chine, la Perse, le Thibet et Patna, et de faire de Chandernagor un centre de communications avec les différents pays. La colonie commençait un peu à prendre vie. Des cultures avaient été établies aux environs de la ville, de nouvelles maisons furent bâties et l’on construisit enfin un quai sur la rive gauche du Gange. En 1726, une nouvelle église était édifiée et placée sous le vocable de saint Louis en l’honneur du roi de France. Chandernagor ne restait pas non plus étranger au mouvement scientifique qui se produisait au xvme siècle, et c’est ainsi que nous voyons Montalembert observer avec le P. Boudier une éclipse de lune. Pourtant les instruments qu’il avait à sa disposition étaient fort imparfaits et les ressources dont il disposait des plus restreintes. Lui et son vicaire n’avaient que huit cents livres par an et il leur fallait encore entretenir le presbytère.

Pour bien juger la vie que Montalembert menait à Chandernagor, il faut lire la lettre suivante qu’il adressait au gouverneur de Pondichéry, qui lui avait écrit pour lui demander ce qu’il devenait.

(( Vous me demandez, monsieur, quelles sont ici nos occupations. J’aurai l’honneur de vous dire, pour vous donner une légère connaissance de ce pays-ci, que Chandernagor est un terrain d’environ une demie-lieuede long et autant de large, dans lequel ily a des champs, des jardins, des maisons, les unes de brique, les autres de paille. La loge française est à peu près au milieu de ce terrain et sur le bord du Gange, ayant au bout de ses limites, du côté du nord, le terrain des Hollandais, et celui des Danois du côté du sud. Il y a dans le terrain de Chandernagor environ 15 à 1.600 chrétiens, j’entends dire catholiques romains, et tout le reste est ou gentil, ou more ou schismatique ou hérétique. Parmi les chrétiens, il y en a de trois sortes, les Européens, des métis qui sont les enfants des Européens établis ici et les chrétiens du pays qui sont libres ou esclaves. Ce sont eux qui nous occupent le plus par leur grossièreté, le peu d’idée qu’ils ont de la religion et le peu de cas qu’ils en font. Car, à proprement parler, ils ne s’embarrassent que de leur ventre ou de leur libertinage.

« La justice s’administre en deux endroits : la loge où sont messieurs du conseil, au nombre de cinq, et deux fois la semaine dans une maison qu’on nomme la cacherie pour ceux du pays.

« L’air est ici assez mauvais, étant fort grossier. Les maladies les plus ordinaires sont les dissenteries, le scorbut, la maladie de foie, -qui est assez semblable à la léthargie, et le mord de chien ou indigestion accompagnée de vomissements, court de ventre, douleur violente dans l’estomac et dans le ventre. Le remède ordinaire pour toutes ces maladies est de brûler les malades avec un fer rouge en plusieurs endroits du corps.

« La nourriture ordinaire aux gens du pays est le riz, quoiqu’il y ait du blé assez abondamment. Le pain que bon fait ici est aussi beau et bon qu’en France. Les fruits sont entièrement différents de ceux de l’Europe tant par la figure que par le goût. Je ne crois pas que le meilleur que j’ai vu soit comparable à un fruit de France d’une bonté médiocre ; ajoutez qu’aucun fruit ne se conserve longtemps. Le reste de la nourriture consiste en poulets, canards, oies, pigeons, cochons, mais rien de tout cela ne vaut la volaille de France. Le cabri ou chevreau est ce qu’il y a de meilleur. Le vin est ordinairement fort cher et il n’y aque peu de maisons où l’on en boive ; actuellement nous en sommes si dépourvus, que c’est un de nos conseillers qui nous fournit tous les quinze jours une bouteille pour nos messes. Le vin rouge ne peut convenir à cet usage. 11 tourne et s’aigrit facilement. Voilà, monsieur, tout ce que je puis vous marquer du beau pays de Bengale.

« 25 décembre 1725. »

A Pondichéry, l’on regardait Montalembcrt comme le véritable directeur de Chandernagor. En 1725, le gouverneur lui avait écrit pour lui demander la cause de stagnation des affaires et lui communiquer ses projets de réforme sur l’administration coloniale. On lui demandait aussi si nous ne pouvions pas étendre notre commerce en remontant le Gange et en entrant en rapports avec les populations de l’intérieur. Le P. de Montalembert répondit la lettre suivante :

« On ne peut être plus sensible que je ne le suis, monsieur, à l’honneur que vous m’avez fait par votre lettre du 14 décembre 1725. Je voudrais de tout mon cœur être assez au fait de ce qui a rapport aux affaires de la compagnie pour pouvoir contribuer par mes connaissances et les lumières que vous me demandez à sa gloire et à son agrandissement, mais outre le peu de rapport qu’il y a entre un missionnaire et un homme de négoce, je vous avouerai, monsieur, que, pour ôter toute occasion de plainte et de mauvaise édification, je me suis fait un devoir de me renfermer uniquement dans ce qui pouvait être de mon ministère. Cependant l’ardent désir joint à la parfaite connaissance dont nous sommes pénétrés pour les bontés et les attentions particulières que MM. les directeurs généraux ont pour nous, m’ont déterminé à vous faire part de quelques réflexions que la situation présente des affaires m’a donné de faire. Il m’a paru que le commerce serait beaucoup plus avantageux à la Compagnie si elle pouvait éviter le fréquent changement qu’elle fait dans les ordres qu’elle donne.

« Ces variations ne peuvent être que très préjudiciables ; mais pourquoi les fait-on ? Ne serait-ce pas l’effet d’une trop grande facilité à écouter et à croire certaines gens venus de loin, peu éclairés, mais grands parleurs et qui, par je ne sais quel talent, arrangent si bien ce qu’ils débitent, mais non seulement ils le persuadent, mais ils croient encore qu’on doit leur avoir bien de l’obligation pour un mauvais service qu’ils ont rendu.

« Le poste de directeur du Bengale est très important ; c’est celui qui mérite le plus l’attention de la Compagnie. L’intelligence du commerce doit être regardée comme un de ses moindres talents ; il doit surtout avoir ceux de se faire respecter, estimer et craindre de ceux de sa nation et encore plus des étrangers. Pour cela, il faut qu’il soit ferme dans des occasions, généreux et libéral dans certains cas jusqu’à la prodigalité; qu’il sache imposer aux gens du pays et sans se faire craindre; qu’il soit juste et équitable envers tous. Toutes ces qualités ne contribueront pas peu à l’honneur de la nation qu’il représente.

« Je ne suis instruit que fort confusément de ce que vous me faites l’honneur de m’écrire au sujet de ces royaumes qui se trouvent en remontant le

Gange et où il y a des universités où l’on enseigne la religion, parce qu’outre que les Français ne font là aucun commerce, mon emploi ne m’a jamais permis de perdre de vue mon clocher. Cependant, monsieur, votre lettre sera pour moi un ordre que j’exécuterai en me procurant tous les renseignements que je pourrai de ces pays et en vous en taisant part. Mais ce qui me paraîtrait plus facile et d’une entreprise plus prompte serait l’établissement d’une mission et d’un petit comptoir aux îles Nicobar. Tous conviennent qu’on y pourrait faire du fruit par le caractère docile et les moeurs assez réglées de ses habitants, que les habitants en retireraient du profit par les cauris, l’ambre gris et la cire qui s’y trouvent; quelques-uns croient fort heureusement que si on y était établi, on y trouverait de l'or. M. Colleno, homme sage et bon marin, y a passé et y retournera, je crois sans peine. Je me suis offert et m’offre de nouveau à mes supérieurs pour y aller, ou demeurer ou examiner ce qu’on peut y faire. Je souhaiterais, monsieur, que ce dessein vous agréât; j’en procurerais l’avancement autant qu’il me serait possible.

« Le 27 décembre 1726. »

Le climat du Bengale a toujours été pernicieux pour les Européens qui s’étiolent et s'énervent sur ces terres d’ail uvions. De Montalembert, que rien n’arrêtait, tomba malade dans le cours de 1727 et fut bientôt obligé de quitter Chandernagor au grand regret de ses habitants. Dans le courant de la même année, il débarquait à Pondichéry; il était exténué et pouvait à peine se soutenir. Le changement d’air ne tarda pas à lui faire éprouver un mieux sensible. Sur ces entrefaites, il apprend que le gouverneur de Pondichéry venait d’augmenter de deux cents livres la pension des prêtres de Chandernagor. Il s’empressa de lui écrire une lettre dans laquelle, tout en le remerciant de sa libéralité, il lui offrait ses voeux à l’occasion du jour de l’an. Nous croyons devoir reproduire cette lettre.

« Après être demeuré près de treize ans au Bengale, où le mauvais air qui y règne m’avait presque entièrement exténué et mis hors d’état de travailler, les supérieurs ont jugé à propos de me permettre de revenir à la côte où il me semble que mes forces se sont déjà notablement rétablies, quoiqu’il n’y ait pas plus d’un mois que j’y suis arrivé.

« Je profite de cette occasion pour vous adresser mes hommages. J’ai l’honneur, monsieur, de vous souhaiter une bonne et heureuse année, telle que vous vous souhaitez à vous-même, pleine de la rosée du ciel et de la

lo

graisse de la terre. Le tout, pour la gloire de Dieu, à laquelle vous travaillez avec tant de zèle et d'utilité.

« Le 16 janvier 1728. »

A Pondichéry, Montalembert se trouva en rapport avec tous les hommes qui jouaient un rôle tant soit peu important, le gouverneur Lenoir, l’abbé Roguet, le P. Ducos, le P. Legac, le P. Cœurdoux, qui fut le premier curé de Karikal ; l’ingénieur Paradis, qui devait remporter la première victoire française dans l’Inde et être tué au siège de Pondichéry ; le général de Bury qui, quelques mois auparavant, s’était emparé de Malié. Notre colonie avait traversé la période d’enfantement et était devenue presque un centre. L’on y cultivait les mathématiques, la géométrie, l’histoire, la navigation, la géographie, l’astronomie, et en 1730 l’on était parvenu à déterminer sa longitude.

Le salon de Mme Vincent, la future Mme Dupleix, était le rendez-vous de la société coloniale. C’était en quelque sorte le cercle intellectuel. Parmi les hôtes habituels, figuraient Dupleix et Montalembert. Ce dernier intéressait vivement ses auditeurs en leur parlant du Bengale, et, quant à Dupleix, il y jouait sur la harpe des sonates de sa composition, dont la mélodie ne rencontrait que des admirateurs. Dans ces réunions, que Mme Vincent animait de sa grâce et de son esprit, l’on parlait souvent de la France, et à chaque instant toutes les pensées se portaient vers le pays natal.

Dupleix et Montalembert étaient faits pour se comprendre et une grande intimité s’établit bientôt entre eux. Le religieux avait deviné l’homme d’Etat et ce dernier avait trouvé un ami auquel il pouvait confier ses tristesses et ses amertumes. Pour le moment, Dupleix était en disgrâce près des directeurs de la Compagnie. Son activité était arrêtée et il aspirait au moment où il pourrait commencer l’accomplissement de ses vastes projets.

Ce jour allait bientôt venir, et, en 1730, Dupleix était nommé directeur de Chandernagor. Au bout de quelques mois, il écrivait à Montalembert, qui s’intéressait toujours à son ancienne paroisse, la lettre suivante :

« La lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire m’a trouvé en bonne santé. Elle continue sur le même ton et n’y a encore trouvé aucun dérangement. Je ferai en sorte, autant que cela dépendra de moi, de l’entretenir de même. Je n’ai pas eu beaucoup d’embarras pour les visites des nations. Les Anglais et les Hollandais m’ont fait leur députation, et j’ai fait prier les Ostendais, qui en avaient envie, de n’en rien faire. Tout s’est passé fort sagement. Les chefs ne sont pas encore venus ; ce sera quand ils voudront.

« Les compliments que vous me faites sur mon absence de Pondichéry sont trop gracieux. Je suis bien persuadé que mes amis me trouvent de moins, mais il y en a bien d’autres qui sont charmés...

« Pour moi, j’ai fait ce que je devais ; je me tiendrai tranquille jusqu’il plaise au Seigneur de bénir la paix que j’ai si bien commencée. Les jugements des hommes ne sont que vanité ; lui seul décidera sans appel.

((Il décembre 1731. »

« Dupleix.

A Pondichéry, de Montalembert, quoique convalescent, ne demeurait pas inactif. C’est ainsi que nous le voyons s’occuper de l’hôpital que l’on reconstruisait, et améliorer le service médical qui laissait beaucoup à désirer. Le sort des Indiens l’intéressait vivement, et il ne cessait d’engager la Compagnie à créer une imprimerie indienne, afin de traduire nos livres en langues tamoule et bengali. De cette façon, les indigènes auraient reçu les premiers éléments de notre civilisation. Il demandait aussi que l’on fondât en France un collège à l’usage des jeunes Indiens qui y auraient été envoyés pendant plusieurs années et seraient ensuite revenus occuper dans leur pays de hautes fonctions, d’où ils auraient propagé notre influence. Malheureusement, les directeurs de la Compagnie étaient timides à l’excès et se laissaient guider avant tout par un intérêt purement commercial.

Quand Montalembert se fut complètement rétabli, il demanda à ses supérieurs un poste où il pût montrer son activité, et, en 1733, il était envoyé aux îles Philippines en qualité de procureur général. Ces îles, tout d’abord appelées islas del Poniente, avaient reçu en 1548 le nom de Philippines en l’honneur du roi Philippe IL En 1569, l’Espagne s’était décidée à en prendre définitivement possession et à les coloniser ; et en 1571, la ville de Manille avait été fondée sur l’emplacement d’un village indien. Les Jésuites, les Franciscains, les Dominicains et les Augustins vinrent évangéliser les populations indigènes. En 1595, Manille était érigée en archevêché et, un siècle plus tard, en 1696, l’on y avait fondé un beaterio.

Un beaterio était un établissement tenu par des religieuses à l’usage des jeunes filles indiennes, où on leur apprenait à broder, à coudre, à lire, à écrire ; on leur faisait même des cours de lessive et de cuisine. Les beaterios avaient donné de bons résultats, et c’est ainsi que l’on arrivait à créer des familles en donnant le rôle principal à la femme qui garde le foyer et le constitue en quelque sorte. Non seulement l’on voulait développer les beaterios , mais encore en instituer de nouveaux. Montalembert se mit à

l’œuvre, et, par ses soins, le beaterio de Saint-Sébastien était fondé à

Manille, et au bout de quelques mois il comptait cinq cents jeunes filles.

Montalembert parcourut, durant son séjour aux Philippines, les différentes missions, voulant voir par lui-même, pénétrant dans les moindres détails, cherchant à se renseigner, à supprimer les abus qu’il rencontrait et à améliorer ce qui existait aux Philippines; la colonisation a eu un caractère tout particulier et les ordres religieux y ont pris une grande part. Ce furent les missionnaires qui introduisirent dans ces îles le blé, le maïs et le cacaoyer, et ce furent eux qui apprirent aux indigènes à cultiver la canne à sucre, l’indigotier, le caféier, à pratiquer les irrigations et à jeter des ponts sur les rivières. Dans un village indien, le Padre, comme encore de nos jours, était un personnage fort important. Aussi ce rôle de Montalembert était-il

difficile, et cependant il sut s’en acquitter au contentement de tous.

En 1795, Montalembert revint à Pondichéry, et à peine avait-il eu le temps de se reposer, qu’il était chargé de la mission du Carnate. A ce moment, cette mission était désorganisée. Le Carnate était ravagé par la guerre. Plusieurs prétendants se disputaient à main armée le trône de Tandjaour. Le nabab d’Arcate assiégeait la ville de Tritchinapoly, et des bandes de Marhattes parcouraient le pays et y promenaient leurs ravages. C’était le prélude de l’invasion qui devait menacer Pondichéry en 1739. De plus les Musulmans étaient renommés par leur fanatisme. Aussi, l'Européen qui se trouvait dans l’intérieur, isolé, pouvait-il craindre à chaque invasion pour ses jours; telle était la situation du Carnate.

Dans cette partie de l’Inde, la vie du missionnaire était des plus pénibles. Il devait partager son temps entre trois ou quatre églises. Son habitation consistait en une hutte dont le sol était détrempé et les murs ruisselaient d'eau au moment de la saison des pluies. Une peau de bête constituait le lit, un tronc d’arbre la table, trois ou quatre vases de terre et des feuilles de palmier tenaient lieu d'assiettes, de plats et de serviettes. Tel était le mobilier. Sa nourriture était des plus grossières et l’eau de la source voisine que l’on buvait en été devenait bourbeuse et donnait la fièvre.

Telle était la mission que devait diriger Montalembert, et pendant les six années qu’il y passa, il se montra tel que nous l’avons connu, plein de zèle et de dévouement. Sa paroisse était des plus étendues; il la parcourait sans cesse, visitant à tour de rôle les quatre ou cinq églises qui s’y trouvaient. Ces églises étaient de véritables granges, et un jour qu’il célébrait la messe dans l’une d’elles, un sanglier fit irruption, au grand effroi des assistants, qui s'empressèrent de prendre la fuite. Montalembert consacrait les quelques instants de répit que lui laissait son ministère à composer en langue indienne des odes en 1 honneur de saint Thomas et de saint François-Xavier.

Il correspondait avec les quelques amis qui ne l’avaient pas oublié. Dupleix était du nombre, et dans une lettre qu’il lui avait écrite, Montalembert, sans être découragé, n’avait pu dissimuler sa profonde tristesse à celui qui, naguère, bavait pris pour confident. Dupleix lui répondit la lettre suivante :

« Après un long temps, j’ai reçu la lettre que vous nous avez fait l’honneur de nous écrire du fond des missions, du 10 juillet dernier. Elle me fait d’autant plus de plaisir que je craignais un oubli de votre part. Je vous rendais cependant justice et ne pouvait attribuer votre silence qu’au zèle qui vous occupe pour la propagation de la foi chrétienne. Je ne puis qu’approuver le parti que vous avez pris, mais je crains que la santé ne réponde pas à vos vues, et j’ai peine à comprendre comment vous avez pu apprendre parfaitement la langue malabare, qui est des plus difficiles. Votre zèle et le secours de Dieu suppléeront à tout, il ne vous abandonnera pas dans une aussi sainte résolution qui est des plus fortes, vu l’âge où vous vous trouvez à présent.

« Ce que vous me marquez des missions de la côte est effrayant. J’avais fait des efforts pour secourir Pondichéry en septembre dernier. La Providence en a disposé autrement et je n’ai pas eu la consolation d’y voir passer un des trois grands vaisseaux que j’y envoyai. Il faut nous soumettre à sa sainte volonté. J’apprends avec plaisir qu’il a plu beaucoup, ce qui, sans doute, fera cesser cette grande misère.

« Dupleix.

« Le 24 décembre 1737. »

Montalembert resta dans le Carnate jusqu’en 1741. A cette époque, ses supérieurs l’envoyèrent aux îles Nicobar, alors inexplorées et pour ainsi dire inconnues. Il était chargé par son Ordre de fonder une mission dans cet archipel, et en même temps, la Compagnie, qui avait pu apprécier sa valeur, l’avait choisi comme agent en lui donnant des instructions pour déterminer aux Nicobar le lieu qui lui paraîtrait le plus favorable à l’établissement d’un comptoir. Montalembert séjourna aux Nicobar jusqu’en 1742. Il revint ensuite à Pondichéry. Ce voyage lui avait été fatal, et à peine était-il de retour dans le Carnate, qu’il succombait aux atteintes du mal dont il avait

contracté le germe au Bengale. A ces soldats de la France, l’on ne saurait

mesurer les larmes et les regrets.

Bar-le-Duc. — Typ. Schorderet et C* — 453,

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