‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 33 sur 65 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Vous le voulez sans doute •, et pourquoi nous ravir Le secours de vos soins et de votre franchise ?

Je sais que votre cœur jamais ne se déguise.

, C L ISS 05.

U en est incapable.

LE DAUPHIN

Et je puis me fier

A ces nouveaux sermens dont je vais vous lier. Venez donc en mes mains jurer d’être fidèle Aux lois que vous prescrit votre grandeur nouvelle.

Quelles lois ?

CLISSON

LE DAUPHIN

Les voici : ne les oubliez pas.

Aimer, servir son prince aux conseils, aux combats ; Veiller sur tous ses jours comme sur ceux d’un père ; Ne jamais à ses yeux dérober la misère Ni les vœux des sujets réclamant son appui j * ,

Employer pour lui seul le fer reçu de lui ;

Et si contre sa vie , aux Français nécessaire ,

Il est quelqu’attental conçu dans le mystère ,

Sur le premier avis , en déclarer l’auteur.

Jurez Vous pâlissez !

Qui ? moi ! moi , délateur !

Demandez à Clisson de nobles sacrifices.

Prince , des lâchetés ne sont pas des services.

LE DAUPHIN-

( à part.)

Il se perd. Malheureux ! Quoi ! vous pourrez savoir Qu’on menace mes jours, ou même mon pouvoir ,

Et vous ne viendrez pas éclairer ma justice !

Quand le silence tue , il est aussi complice.

clisson.

J’agirais en sujet , prince , mais en guerrier. •

Dans ces extrémités , je saurais allier L’honneur et le devoir, la prudence et le zèle.

Prompt à tromper l’espoir d’une haine cruelle ,

Sans trahir un secret , qui ne m’appartient pas ,

Des conjurés surpris , épiant tous les pas ,

Je parviendrais , peut-être, en leur main trop coupable , A rompre tous les fils d’une trame exécrable ;

Ou du moins , me plaçant au-devant de leurs coups ,

Ils me verraient toujours entre leur crime et vous. N’attendez rien de plus.

Mais si votre courage

Possédait leur secret sans partager leur rage ,

Par zèle , par prudence , et surtout par honneur , Garderiez-vous du crime un témoin délateur ?

Prince.

CLISSON

LE DAUPHIN

Vous m’entendez. Laissons là le mystère.

Vous savez un complot que vous voulez me taire. Votre main l’a conduit et non pas empêché.

Dans votre maison même un poignard est caché Dépositaire affreux du serment des vengeances. Répondez ; suis-je instruit de vos intelligences ?

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