‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 60 sur 65 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Du chef des factieux sa justice vous venge.

L'artisan de nos maux , Marcel n’est plus.

LE DAUPHIN

CLISSON

Qu’entends-je ?

Maillard , son échevin , son parent, son ami ,

Par un coup éclatant rend le trône affermi :

Déjà l’airain sacré sonnait l’heure du crime !

Maillard silencieux épiait sa victime.

Nos guerriers attendaient , à leur poste fixés :

Dans l’ombre tout à coup s’avance à pas pressés ; Marcel impatient des forfaits qu’il prépare :

Ses mains allaient livrer aux troupes de Navarre Les clefs de la Bastille et du rempart voisin;

Maillard le joint , l’arrête , et lui perçant le sein : Meure ainsi tout Français traître envers sa patrie ! Dit-il; de toutes parts il court , il vole , il crie : Tremblez , vils factieux! Tremblez ! Marcel est mort. Parmi les conjurés , sans chef et sans accord ,

Ce cri jette l’effroi : les uns dans leurs alarmes ,

Sous les murs , en fuyant laissent tomber leurs armes ; Les autres , plus hardis , s’élancent aux combats ,

Mais ils trouvent partout l’obstacle et le trépas. Dispersés, poursuivis par nos braves cohortes ,

Ils cèdent ; cependant qu’immobile à nos portes ,

Sans les voir s’entr’ouvrir au signal entendu , L’ennemi dans les airs prolonge un cri perdu,

Et qu’étrangère au bruit de la guerre civile La moitié de Paris goûte un sommeil tranquille.

Pour moi qui , ranimant mon zèle et mes efforts ,

go CHARLES DE NAVARRE,

De ces grands mouvemens dirigeais les ressorts ,

Je crois du Navarrois la fortune détruite 5

J’attends qu’on me révèle ou sa mort ou sa fuite.

Le monstre ! à ses accens les cachots sont ouverts ;

De nombreux malfaiteurs s’échappent de leurs fers ,

Et ces nouveaux soldats , que sa fureur rassemble , Suivent avec ardeur un chef qui leur ressemble. J’apprends que ces brigands , qu’osent armer ses mains , En trois corps séparés vont par divers chemins Surprendre et l’Arsenal et surtout la Bastille ;

Que le danger renaît, qu’au loin le glaive brille.

Ce bruit , d’autres récits , qu’il faut vous épargner , M’ont rappelé vers vous, m’ont forcé d’éloigner La garde du palais , où , captif de son maître ,

Ce rebelle vassal est prêt à reparaître ,

Où de tous ses complots le bonheur doit finir ,

Où vous allez le voir , l’entendre et le punir.

Mes ordres sont donnés , mes mesures sont prises :

II ne peut m’échapper.

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