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Valois favorablement accueillies. Tandis que les Gênois se rapprochaient des Grecs !, les Vénitiens, représentés par le doge Pietro Gradenigo, scellèrent un traité d'alliance avec Charles de Valois, le 19 décembre 1306 ?. Venise promit d’armer douze galères à frais communs avec Charles, et de lui fournir en plus et à ses frais autant de navires qu'il en pourrait désirer; quant à l’armée de débarquement, elle serait proportionnée aux difficultés de l’entreprise. Le départ devait avoir lieu à Brindisi, à à la fin de mars 1307. En échange, Charles de Valois obtint, l’année suivante, du roi son frère, la remise pour les marchands vénitiens du denier par livre exigé des étrangers venant commercer en France ?.
En même temps, d’actives négociations se nouèrent avec les Orientaux, et en première ligne avec les Arméniens, depuis longtemps en rapport avec le pape et la France #, et auxquels Clément V promit des secours s'ils voulaient entreprendre une diversion en faveur de Charles ?. Celui-ci entra en correspondance avec le roi d'Arménie 6 et différents personnages de l’empire grec ?, et le roi son frère l’y aida en pensionnant l'évêque grec Thomas $. Enfin, des relations furent nouées avec la Compagnie Catalane, composée d’aventuriers espagnols qui, après
1 “Hisi. Lit, XXNITT, p.283.
2. A. N., J 494, n° 2; Du Cange, Hist. de Constantinople, pr., p. 56; Buchon, Chron. étrangères, p. 1v ; Marino Sanudo, B. E. C., 1873, p. 73.
3. Compte de l'Orient, p. 78. Ces lettres ont été éditées par M. de Mas-Latrie, Commerce et expéditions.…., p. 59.
4. En 1298, Boniface VIII encouragea Sembat, roi d'Arménie, Reg., c. 174. Philippe IV reçut une ambassade arménienne, B. N., lat. 9873, f° 35. Venise était aussi en rapport avec ce pays, Archivio Veneto, 1890, p. 29.
5. Reg., 1, p. 132; Clément V intervint en faveur de Léon II, roi d'Arménie, auprès d'Arthur de Bretagne et des Gênois, Reg., I, p. 133 et 134. — Les Arméniens implorèrent aussi le secours d'Edouard I, Ch.-V. Langlois, B. E. C., 1891, p. 49.
6. « À Messire Thomas de Triple pour aller au roi d'Erménie qui se présentoit amis de monseigneur... », Buchon, Chron. étrangères, p. 468.
7. Lettres de Jean Monomaque, etc., B. E. C., 1890, p. 82 et ss.
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avoir lutté pour Frédéric IIT en Sicile contre Charles de Valois, étaient allés offrir leurs bras à l’empereur Andronic Paléologue !. Charles avait besoin de ces soldats qui se taillaient un domaine dans l'empire d'Orient, mais ils ne reconnaissaient d'autre maître que Frédéric III. Nous avons vu que Charles avait ménagé Frédéric en Sicile, et qu'il avait obtenu de lui la promesse de l'aider contre l'empire grec ?. Mais Charles rencontra ensuite un sérieux obstacle dans le chef que Frédéric mit à la tête de ces bandes. Le 10 mars 1306, en effet, avant le départ pour l'Orient des envoyés de Charles, Frédéric IT avait conclu avec son cousin Fernand de Majorque, un traité par lequel il lui donnait le commandement de la Compagnie. Fernand s’engageait à faire ce qu'il lui ordonnerait, à n'avoir pour amis que ses amis, et pour ennemis que ses ennemis, à ne pas se marier sans son assentiment, et enfin à lui faire hommage ?.
Ce choix ne pouvait paraître dicté par l'hostilité contre Charles, car le roi de Majorque était l’allié de la France, et Charles était lié par traité à Frédéric III. Tout était donc assez bien combiné, et si la tentative de conquête a échoué, ce n’est pas seulement à l'incapacité de Charles qu'il faut s’en prendre. Ce n’est pas lui qui a échoué dans les négociations avec les Catalans, et les expéditions de ceux-ci suffisent à montrer quelles libertés on pouvait prendre avec l'empire grec, et avec quels faibles moyens on pouvait s’en faire redouter. Mais le but essentel de Charles semble avoir été de se faire largement rembourser tous les frais de cette croisade par le clergé, tout en ne s’engageant pas à fond dans l’entreprise qui servait de prétexte aux levées de décimes.
Charles se réserva la direction des négociations, qui l’absor-
1. Muntaner, l’un d’entre eux, raconte leurs exploits dans les chapitres 199 à 235. V. aussi Chronique de Morée, éd. Morel-Fatio, p. 110-114.
2. 27 septembre 1302, A. N., J 509, n° 18; Du Cange, Hist. de Constanlinople, pr., p. #3.
3. À. N., J 512, n° 23; Du Cange, Hist. de Constantinople, pr., p. 58 ; Buchon, Chron. étrangères, p. 457.
bèrent presque exclusivement : en effet, sauf un arbitrage rendu en 1306 entre Jeanne d'Eu et Bernard de Comminges !, nous ne le voyons guère s'occuper d'autre chose pendant les années 1306 et 1307. L'année 1307 fut marquée par d'importantes négociations ; dès le 10 mars 1307, Clément V recommandait l’entreprise de Charles ?, et quelques jours après avait lieu, à Poitiers; la première de ces importantes entrevues qu'eurent dans cette ville le pape et le roi. Charles avait quitté Chartres le 5 avril *, accompagnant-sans doute le roi qui était le 10 à Loches #, et arrivait à Poitiers à la fin du mois. Clément V accorda à Charles les décimes sur la Sicile refusées l’année précédente, mais avec cette réserve que, si Frédéric III voulait accompagner Charles, c'était à lui qu'il faudrait les donner à. Charles IT, roi de Sicile, avait obtenu remise du tiers d'une dette de 360.000 onces d’or dues au pape, qui en réserva les deux autres tiers pour la conquête de Constantinople 6. Avec l’assentiment de Philippe IV, le pape décida que la décime due à Charles de Valois serait levée avant les deux accordées au roi, mais que Philippe er obtiendrait trois 7. Quant à Andronic, il fut excommunié, et ses sujets déliés du serment de fidélité &. Charles de Valois ne quitta le pape que le 17 juin ?, alors que le
1. Justel, Hist. généalogique de la maison de Turenne, pr., p. 73.