Fournier, Le royaume d'Arles, p
mais la France ne pouvait désirer la constitution d'un royaume dans ces débris de Lotharingie où elle reconquérait peu à peu ses frontières naturelles. En fait, toutefois, cela aurait amené l'union à la France, quatre ans après, de toute cette région, lors de l'avènement de Philippe de Valois. Ce projet rencontra, d'ailleurs, des adversaires : d'abord les seigneurs mêmes de la région, peu désireux d'une autorité forte et voisine: par exemple, Amédée, comte de Savoie, et Jean, dauphin de Viennois, qui, dès le AT octobre 1314, s'étaient alliés contre quiconque voudrait enlever le royaume d'Arles à l'empereur !. D'autre part, d'après Marino, Robert, roi de Sicile, s'opposa à ce projet, car il se prétendait héritier de cette couronne, comme représentant les droits de la maison de Baux; quoique lié à Charles et à ses enfants par de nombreux mariages, il sollicita et obtint un refus aux propositions de Jean de Bohême *.
Quant à l'Orient, il n'était pas oublié, et une ambassade alla porter à Rome les propositions de Charles IV et de Charles de Valois ?. À ce dernier, Jean XXII répondit, le 25 mai, qu'il avait reçu son ambassadeur, Étienne de Mornay, qu'il ferait tout son possible pour le contenter, mais qu'en présence de l'état déplorable de l'Arménie, pour laquelle il réservait ses ressources, il ne pourrait lui donner l'argent demandé. En 1323 5, une
!. Arch. de Turin, Tractati, liasse 3, n° 30.
2. Fournier, Le royaume d'Arles, p. 387-8. Ch. de V. et Charles IV restèrent d’ailleurs dans les meilleurs termes avec le roi de Bohème, qui donna leur nom à son fils Wenceslas qui devint Charles, le futur empereur Charles IV. Ch. de V. suivait d'ailleurs avec un vif intérêt les affaires d'Allemagne; aussi voyons-nous Jean XXII charger successivement l'évêque de Viviers (5 mai 1325) et celui d'Arras (20 juin) de lui exposer l’état de ce pays, Arch. Vat. Reg. 113, f° 11 et 13; sur les affaires d'Allemagne, Sievers, Die politischen Bezichungen Kaisers Ludwigs des Baiern zu Frankreich in den Jahren 1314-1337. Berlin, 1896, in-8.
. Arch. Vat., Reg. 111, fo 14.
Dès février 1322, Charles IV fit d'importants préparatifs, Martène, Thesaurus, I, p. 1370 ; Hist. Lang. IX, p. 49.
QE 4e Go
nouvelle ambassade fut envoyée à Rome, elle nous est beaucoup mieux connue : Charles de Valois était représenté par Bouchart de Montmorency; nous possédons la requête qu'il l'avait chargé de présenter ! et celle que portaient les envoyés du roi. Charles de Valois mettait à la disposition du pape sa personne, ses enfants et ses biens, mais il demandait un subside. Il appartenait au pape de fixer celui-ci, mais Charles croyait qu'il faudrait 8.000 chevaliers et 30.000 hommes de pied. Il faudrait donner à ces croisés : 20 sous par jour à chaque baron, 10 sous à chaque chevalier, 7 s., 6 d. à chaque écuyer et 2 s. à chaque homme de pied. Le départ aurait lieu dans deux ans, et la croisade durerait cinq ans ?. Dans les registres pontificaux subsiste le résumé des délibérations des cardinaux sur ces offres, et l'avis de chaque cardinal a été conservé !; à la suite se trouve la réponse adressée au roi °.
Charles de Valois reçut, le 23 mai 1323, des félicitations sur son zèle pour la croisade. Le pape lui annonça en même temps une mission composée de l'archevêque de Vienne et de frère Dominique, de l’ordre des frères prêcheurs 5, Ceux-ci lui portèrent la réponse du pape : le roi se réservait le commandement de la croisade, le pape offrait d'accorder deux décimes, dont une demie seulement la première année, d’armer douze galères, de donner une décime en France et Navarre pour chaque année pendant laquelle on resterait en Terre-Sainte, et enfin de procurer l'appui de Gênes et de Venise 7,
Ces réponses du pape furent examinées à Gisors$, en juil-
. 24 avril 4323, Arch. Vat., Reg. 111, f° 218, P. J., n° XVIII.
. Ibidem, f° 218 vo.
. Arch, Vat., Reg. 111, fo,218, P. J.;, n° XNVIII.
. Arch. Vat., Reg.”111, f° 218-228.
. Ibidem, f° 228.
Arch. Vat., Reg. 111, fo 1499 vo.
. Arch. Vat., Reg. 111, f° 231.
. « Super consilio habito apud Gisortium », A. N., J 1026, n° 34 bis, P. J., n° XX; il y eut alors une tenue importante du Conseil, Mémoriaux, n°s 207 et 232, — Charles IV séjourna à Gisors en juin et juillet 1323, I7, F.,
XXI, p. 489.