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En 1294, nous savons que Charles de Valois alla au début de l’année à Hesdin, où il fut reçu somptueusement par Robert d'Artois !, puis en juin à Creil?, où il fut parrain du futur Charles le Bel ?, son neveu. Nous connaissons les détails de ce baptême parce qu'il fut un des points examinés par les enquêéteurs lors du divorce de Charles IV et de Blanche de Bourgogne #. Charles de Valois, qui, d'après sa déposition, devait être aussi parrain de Blanche au début de 1296, était parrain de Charles avec Mahaut, comtesse d'Artois. La cérémonie eut lieu dans l’église Saint-Évremond de Creil, au milieu d’une affluence énorme 5 : on y nota la présence de Gaucher de Châtillon, des comtes de Flandre et de Bourgogne, des archevêques de Narbonne et de Sens, des évêques de Beauvais et de Soissons, des comtesses de Bourgogne, de Joigny et de Dammartin. Un prêtre lut une cédule contenant les noms des parrains et marraines : la plupart de ces hauts personnages eurent l'honneur d’être du nombre. Mais Charles de Valois, Gaucher de Châtillon et Mahaut furent les véritables parrains et marraine de l'enfant, qui, comme
1. « Despens fais a Hesding par mons. d’Artoys, l’an de grace mil CC et IIF* et XIII, en la venue monseigneur Charles », qui s'élèvent à 318 livres, 11 sous, 2 deniers, Arch. Pas-de-Calais, A 134, n° 19. Le 23 mars 129%, Robert d'Artois manda à Robert Coignet de porter en compte diverses dépenses faites à Hesdin pour la fête donnée à Charles de Valois, Arch. Pas-de-Calais, À 135, n° 20.
2. Les témoins donnent des dates contradictoires, mais celle que nous donnons correspond avec l'itinéraire du roi qui, d’après Gaucher de Châtillon, était alors à Saint-Christophe en Hallate : or, le roi était à Creil, à la date qu’a adoptée M. Bonnassieux (15 août, p. 185), et il est spécifié qu'il n’y était pas le jour du baptème ; au contraire nous le voyons à Senlis (près de Saint-Christophe) en juin (1. F., XXI, p. 434), et Guillaume de Saint- Marcel dit que ce baptème eut lieu vers la Trinité (13 juin). Ch. de V. luimême et Jean Sachin disent vers la Saint-Jean : nous adoptons donc, comme date de la naissance de Charles IV, le 19 juin, de même que M. Coudere, Positions de thèses pour l'Ecole des Chartes, 1886, p. 55.
3. Sur ce baptême, cf. Bonnassieux, Un bapléme royal au moyen âge, Cabinet historique, 1881, p. 183-190.
5. Nicole de Troyes avait dû monter sur un ressaut de pierre, A. N., J 682, n° 2,
garçon, eut deux parrains et seulement une marraine. Mabaut, ayant reçu l'enfant tout nu, le passa à Charles de Valois qui le plongea dans les fonts baptismaux !, Mahaut le tenant seulement par un pied? Puis, quand l'enfant fut dans l’eau, tous les grands personnages présents étendirent la main sur lui, Quand on sait combien était fort au moyen-âge le lien créé par le parrainage, on s'expliquera, en partie du moins, l'affection que Charles IV portera à Charles de Valois.
L'année suivante, Charles de Valois commença à jouer un rôle militaire important. La guerre avec l'Angleterre durait depuis 1290 sous forme de pirateries réciproques des marins des deux pays dans la Manche ?: elle s’aggrava en 1293 tout en restant, sous cette forme, assez favorable aux Français “. L'auteur des Annales de Londres accuse même nominativement Charles de Valois d'avoir encouragé ce genre de lutteÿ. D’autres chroniqueurs l’accusent d’avoir envenimé méchamment la querelle 6 qui éclata en 1295, quand Édouard Ie, au lieu d’épouser Blanche de France, fit choix d’une princesse flamande, refusa de compa-
1. Déposition de Pierre Dargent, chantre de Melun, A. N., J 682, n° 2.
2. Déposition de Nicolas de la Fare, chanoine de Roye, A. N., J 682, n° 2.
3. Flores hisloriarum (éd. Luard), p. 86; Ch. de la Roncière, Rev. des Quest. hist., octobre 1896, p. 401-441.
4. Nangis, 1. F., XX, p. 575; Ch. de la Roncière, Histoire de la marine française, I, p. 323.
5. Les Normands « qui super mare Anglicos depredaverant, et diversis suppliciis occiderant, per perceptum Karoli, fratris regis Francie; et crat tota classis Normannorum super mare Anglicos insidians, ita quod si forte aliquis ab Anglicis ad partes suas in fugam redisset, quod statim judicialiter suspenderetur super furcas, quas idem Karolus fecit undique levare super littus maris in partibus Francie. » Stubbs, Chronicles of the reigns of Ed. I and Ed. II, II, p. 101.
6. « Instigante fratre regis Karolo, viro utique nobili et potente », Flores historiarum, p. 86. « Hic (Ch. de V.) etiam, quasi rege fratre suo invito, Anglos prosequebatur odio inveterato, insidias etiam et mala quæ Anglis fecerat hic pertranseo prolixitatem devitando, » Annales Monastici, I, p. 384,
raître devant les pairs, et vit confisquer ses états par jugement. La guerre dès lors éclata entre les deux états : les Français la soutinrent de tous côtés. Sur mer?, commandés par Mathieu de Montmorency et Guillaume d'Harcourt, ils pillèrent les environs de Douvres, mais ces chefs ne menèrent pas les hostilités assez énergiquement au gré du roi*, et subirent au retour un échec qui entraîna la disgrâce de Guillaume d’'Harcourt “. Tout était cependant préparé pour envahir l'Angleterre. Charles de Valois y avait ménagé à la France des intelligences : un chevalier du Clamorgan, Thomas de Turbeville, fut exécuté pour avoir correspondu avec lui ?.
Sur terre, Charles commanda une expédition en Gascogne : Raoul de Nesle, connétable de France, occupait Bordeaux en vertu de la saisie ordonnée par le Parlement, Charles devait l’aider à chasser les Anglais des places qu'ils occupaient encore. Aussi le principal effort de la France se porta-t-il en Gascogne, pendant cette campagne. Charles y vint, avec d'importants renforts, rejoindre Raoul de Nesle, et prendre le commandement de l'armée d’invasion. Il se dirigea sur Ryons, que Jean de Saint- Jean, sénéchal d'Édouard I‘, et Jean, comte de Bretagne,
4. Nangis, 11. F., XX, p. 574; Mémoriaux, n° 147. — V. sur les incidents qui amenèrent la rupture : Funck-Brentano, Philippe le Bel en Flandre, p. 132, et, depuis la p. 128, l’histoire des origines de l'alliance angloflamande.
2. Sur la guerre maritime, v. Ch. de la Roncière, Histoire de la marine française, I, p. 345-350. — Nangis, H. F., XX, p. 577; Walsingham, I, p. 52; Peter Langtof’s chronicle, I, p. 267; Not. et Extr., XX?, p. 119. Mémoire de Benoît Zacharie sur un projet de descente en Angleterre, E. Boutaric, Not set Extr., XX2/1p. 4142:
3. Ch. de la Roncière, Rev. quest. hist., octobre 1896, p. 418-9; cf. leur commission, Not.et Extr., XX2?, p. 119.
4. Bien que soutenu par Ch. de V., qui le cautionna après sa condamnation, il perdit en Parlement un procès contre G. de Tancarville, chambellan du roi, soutenu par Enguerrand de Marigny. Ce procès a été regardé comme une des causes de ’hostilité de Ch. contre Enguerrand, v. De la Roque, Histoire de la maison d'Harcourt, p. 332-349.
5. Ch. de la Roncière, o. c., I, p. 346; Fr. Michel, Le roman d'Eustache le Moine, p. 1.
défendaient avec de nombreuses troupes anglaises et gasconnes : 1l y mit le siège le 25 mars!. Sous les murs de cette ville, il fut rejoint par Raoul de Nesle qui, en venant de Bordeaux, avait pris Podencey ? après huit jours de siège. Raoul avait renvoyé les soldats anglais, et gardé soixante-dix Gascons, considérés comme félons, pour ne pas avoir obéi à l'arrêt du Parlement prononçant la confiscation des fiefs tenus de la couronne de France par Édouard Ier. Pour semer la dissension au milieu des défenseurs de Ryons, et exciter les défiances des Gascons contre l'Angleterre, Charles de Valois fit pendre tous ses prisonniers, le 7 avril, sous les yeux des défenseurs de la place. Ce qu'il avait prévu arriva : les Gascons reprochèrent à Jean de Saint-Jean la trahison de ses compatriotes qui avaient livré tous ces Gascons, et se montrèrent pleins de défiance à son égard; de leur côté, les Anglais prirent peur de cette disposition des esprits, et songèrent à fuir en abandonnant les Gascons. Le soir du jeudi de Pâques, les Anglais et Jean de Saint-Jean quittèrent le château en cachette; ils essayèrent, à la faveur de la nuit, de gagner leurs navires, et de s’enfuir au loin; ils n’y réussirent qu'en partie, car l'éveil fut donné; aussitôt les Gascons s’efforcèrent de les retenir puis massacrèrent ceux des Anglais qui n'avaient pas encore pu s’embarquer, pendant que les navires anglais gagnaient rapidement la haute mer. Le lendemain matin, 8 avril, Charles de Valois voyant les défenseurs de Ryons se battre entre eux, et négliger la garde de leurs murailles, fit donner l'assaut, qui fut couronné de succès : la ville fut prise, livrée à un pillage dont Guillaume Guiart a
1. Sur ce siège : Nangis, A. F., XX, p. 576; Ch. de Saint-Denis, XX, p. 660-664 ; G. de Frachet, XXI, p. 12; Anonyme, XXI, p. 134; Guillaume Guiart, XXII, p. 218-9; E. Boutaric, Not. el Extr., XX?, p. 124.
2. 3 avril 1295, Nangis, H, F., XX, p. 576; Ch. de Saint-Denis, XX, p. 661; G. de Frachet, XXI, p. 13. — Le 30 mars, sous les murs de cette ville, il avait donné au nom du roi #00 1. t. de rente à Jourdain de Lisle, B. N.,fr. 20684, p. 237.
laissé un tableau très vivant !, et les défenseurs furent emmenés à Paris comme prisonniers. — On a reproché à Charles la pendaison devant Ryons : elle fut brutale, mais elle n'avait rien de choquant pour l’époque, où l’on n’y vit qu'une heureuse ruse de guerre.
Charles de Valois assiègea ensuite Saint-Sever ?, pendant treize semaines, et perdit sous ses murs 1.500 hommes à pied #; n'ayant pas trouvé de ruse pour s'emparer de cette place forte, 1l fut réduit à la bloquer; enfin la ville, par l'intermédiaire du comte de Foix, qui accompagnait Charles de Valois, promit de se rendre dans quinze jours, si d'ici là elle n’était pas secourue ; c'est ce qui arriva. Charles de Valois avait donc réussi; mais après son départ, les troupes anglaises reprirent Saint-Sever‘, où elles se présentèrent en nombre. D'autre part, ces campagnes aux environs de Bordeaux lésèrent, paraît-il, le futur Clément V, alors évêque de Comminges et dévoué à l'Angleterre, et en firent un ennemi de la France et de Charles ?.
Charles de Valois ne s’occupa pas seulement de conduire les opérations de guerre ; il vint à Bordeaux où il eut peutêtre à lutter contre le peuplef, et leva de l'argent de la ville d'Agen, à laquelle le roi accorda des lettres de non-préjudice le 12 septembre 12957, Cette ville avait de plus prêté à Charles de Valois et à Raoul de Nesle, connétable de France, 1.200 1. de t.
AAC EXT D 2207
2. Nangis, H. F., XX, p. 576; Ch. de Saint-Denis, XX, p. 661; G. de Frachet, XXI, p. 13; Annales Monastici, IV, p. 526.