‹ Charles EisenChapitre 1 sur 1 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

J. ROUAM & C'% ÉDITEURS

1 i, UUK DU HKLDKK, 14

Ce mémoire a été lu à la réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, tenue dans Vhémicycle de T École des Beaux- Arts, à Paris, le 12 avril 1898.

.lal, dans son Dictionnaire critique de biograpliie et d'histoire, a démontré que Charles-Joseph-Dominique Eisen, le graveur, élait né Français, puisqu'il naquit k V nlenciennps et y fut baptisé le 17 août 1720.

Fils de François Eisen et de Marie-Marguerite Gainse, il habitait et travaillait à Paris à la fin de 17i2 ; il y épousa, l'année suivante, cro".t-on, Anne Au[)ert, de treize ans plus âgée que lui. Ils eurent cinq enfants, dont deux filles.

Deux fils seulement survécurent à leur père : Christophe-Charles et Jacques-Philippe.

Le premier, maître peintre à Paris, et le second, peintre et doreur à Caen. Tons deux assistèrent, dit Jal, à l'apposiiion du scellé (jiii eut lieu aux domiciles de leur père, après le 4 janvier 177S, jour du décès de Charles Eisen (à Bi uxelîesj. C'est des domiciles de Paris, bien entendu, que Jal veut parler.

L'époque et le lieu de ce décès sont connus des biographes, qui se sont contentés de dire qu'Eisen mourut dans un état voisin de l'indigence.

Jal fait connaître ensuite le procès-verbal de l'apposition du scellé et une lettre joinleà celte pièce, qui sont déposésaux archives de l'Empire.

Il établit qu'eu 1777, Eisen se rendit à Bruxelles, non pour ses affaires, ainsi (jue le déclare sa pauvre femme, Anne Aubert, « (jni se montra fort réservée i) , mais pour quitter cette digne compagne qu'il avait abandonnée depuis longtemps déjà, pour vivre à Paris avec Marie-Charlotte Martin, demeurant rue Saint-Hyacinthe, et veuve d'un sieur Kené du Coudray.

Eisen habitait doncBruxel'es, de 1777 à 1778, où il s'était élabli chez un quincaillier nommé Jean-Jacques Clause, rue au Beurre, où il meubla une chambre.

La lettre de Clause, adressée à madame ce Saint-Martin 5? (c'est ainsi que Eisen faisait nommer celte femme), expose bien qu'il lui doit une somme de 376 florins, 752 livres en argent de France. Nous n'analyserons pas celte l(;ttre que tout le monde peut lire dans l'intéressanS ouvrage de Jal, lettre dans laquelle il ose réclamer l'envoi de l'argent sur ce que la vente du mobilier de Paris peut produire, car il estime que celui qui garnit la chambre d'Eisen à Bruxelles, ainsi que sa bibliothèque, ne lui payeront pas la moitié de ce qui hii est dù.

Or, ce que Jal, et ce que tout le monde ignore jusqu'ici, c'est que celte bibliothèque, comme l'appelle le propriétaire quincaillier Clause, renfermait une collection des œuvres du maître, collection dont ce Clause connaissait la valeur et que, par une ruse déloyale, ce Clause s'était fait adjuger.

Nous avons eu la bonne fortune de retrouver, dans les archives de Belgique, un document qui jette un jour nouveau sur cette question. Nous nous empressons de le transcrire; son importance et sa netteté nous dispensent d'y ajouter aucun commentaire.

C'est d'abord la déposition de Jansens, peintre et doreur de Bruxelles, puis la décision prise par les magistrats contre ledit Clause^

« J.-J. Jansens, peintre et doreur, demeurant en celte ville, " expose qu'il est parvenu à sa connoissance : Charles Eiseriy dessi- « naleur célèbre, est mort à Bruxelles le 4/ janvier 1778. L'on croit « qu'il avoit femme et enfans à Paris. Il étoil logé ici chez le « nommé Clause, marchand quincailler, près de St-\^icolas, de qui a l'on tient les circonstances suivantes relativement à la vente qui Cl s'est faite le 10 dudit mois l'après dîner dans la maison du « St-Esprit, de tous les eflets, habits, linges, objets et surtout de (i plusieurs dessins de prix délaissés par ledit Eisen.

a Ledit Clause, entrant dans un endroit public, le samedi « 10 janvier, vers les six heures du soir, y débita pour nouvelle en « présence de nombre personnes, qu'il venoit d'avoir fait un bon tt coup, qu'il avoit gagné de quoi faire une nouvelle façade à sa Cl maison, qu'il étoit devenu propriélaire de tous les dessins et

' « Bruxelles. — Secrctaireric d'Elat el de Guerre.)) — Registre 573^', fol. ISV.

« ouvrages que Je célèbre JEisen avoit délaissés ; (jii'il étoit parvenu " à se procurer ces desseins au moien d'une permission qu'il avoit Cl obtenue du Mag' de Bruxelles, par le canal de TEchevin Dux pour " l'aire vendre tous ces effets à son profit ; que cette vente s'étoit « effectuée la mesme après dîner dans la maison du St-Esprit, et Cl (ju'il s'y étoit trouvé peu de monde, que pour avoir les desseins « à bon compte, il avoit eu soin de les arranger à t«a façon cliez lui Cl dans les differens porlefeuilles qui les contenoient, qu'il avoit Cl commencé par faire mettre en vente le plus beau de ces desseins, Il représentant la Séduction, sur lequel ainsy que sur les autres « il avoit été le seul enchérisseur, parceque aucun de ceux qui ce étoient présent à la vente, la plupart fripiers, ne connoissoient Cl pas ces sortes de choses ; qu'il avoit ce beau dessein de la ce Séduction^ pour dix-sept florins et qu'il ne le donneroit pas c pour six cent, (ju'il avoit également tous les autres ouvrages ce d'Eisen pour lesquels il feroit bien son compte, qu'il étoit ce d'intention de faire annoncer dans les feuilles publiques que ceux « qui voudroient acheter de ces ouvrages pourroient s'adresser chez ce lui, qu'afni de pouvoir plus facilement parvenir à obtenir seul ^c à la vente tous ces desseins il n'avoit prévenu personne que cette ce vente devoit se faire, que cependant quelques jours avant, le u valet de chambre de W^' le duc d'Lrzel étoit venu de la part de Cl son maître lui demander quand cette vente se feroit parcequ'il « désiroit beaucoup d'y faire quclqu'emplette, (pie lui, Clause Il avoit répondu qu'elle ne se feroit pas de sitôt, qu'il devoit aupace ravant écrire à Paris, que M. le Comte de Cuypers désireroit ce d'avoir la Tabatière d'Eisen, sur laquelle il y avoit un dessein, « avoit aussi fait demander chez lui quand cette vente se feroit, en « le priant de vouloir acheter pour luy, Comte de Cuypers cette ce tabatièreà tel prix qu'elle pourroit se vendre. Quebjues personnes ce de la Compagnie indignées d'un tel procédé, observèrent à Clause ce qu'il n'étoit pas permis d'agir ainsi, vu que tous les amateurs de ce desseins attendoient avec impatience cette vente et que lui-même ei d'ailleurs devoit être intéressé à la faire valoir le plus que possible ce afin d'être payé des prétentions qu'il avoit à la charge d'Eisen, « et en même tems tenue pour acquitter les prétentions des autres (c créanciers qu'Pjsen avoit; surquoy Clause dit qu'il ne s'inquiétoit ce pas des autres, que tout l'argent que l'on avoit lait de vente ne

tt siiffiroil pas encore pour sa seule prétention et qu'il croioit ce d'autant plus cette vente faite en règle qu'elle avoitété annoncée et par le Bellenian dans la paroisse de St-Nicolas le matin même du « jour de la vente. «

Suivent les conclusions et les décisions des magistrats : les voici : Cl Parler du f)réjudice pour les autres créanciers d'Eisen. Tromper « l'attente des amateurs de dessein, flétrissure pour la mémoire et d'Eisen. On a surpris la religion duMag'ou d'un de ses membres tt pour obtenir la promesse de faire celte vente précipitée etobrep- « tive et clandestine en cellant sans doute qu'entre les bardes, (i linges, etc., il y avoit les desseins de prix.

et Conclure à ce que la permission du Mag' soit déclarée nulle tt comme urb. et obreptivement abvcnue, et par conséquent ultétt rieure la vente qui s'en est suivie également nulle et comme non tt avenue. Ordre à Clause sans dire expurgation de n metlre au tt Curateur que le Conseil trouveia bon de dénommer pour la «créance d'Eisen, généralement tous les desseins, ouvrages et et d'autres effets qu'il a obtenus à cette vente ou qui se sont trouvés tt dans sa maison, lors de la mort d'Eisen, pourle tout être revendu '< de nouveau après préallables afficbés, et avis dans les feuilles tt publiques comme il est de règle et convenable dans un cas partitt culier tel que celui où il s'agit de l'ouvrage d'un artiste célèbre « qui ont un prix indéfini.

tt Pour sûreté des créanciers demander provisionnellement te permission d'arrêt sur les desseins de la vente entre les mains tt du vendeur public. Et à ce que Clause soit condamné à tous ec frais, dommages et intérêts résultés et à résulter de cette pource suite.

<; Demander provisionnellement que Cla>ise ait à consigner au tt devans les vingt quatre lieures, tout ce qu'il a obtenu à cette et vente. «

On consultera avec intérêt la notice (|uc M. Jules Guiffrey consacre à Cbarles Eisen dans le tome VI, 12" volume des Nouvelles Archives de l'art français ' .

' 1" série, t. VI, 12'^ vol. de la collection, publiée par Jules Guiffrey, 1771- 1790. Paris, Cliaravay.

Celte notice ajoute un intérêt de plus et se lie au fait que nous relevons ; elle reproduit le certificat d'inhumation de Charles Eisen au cimetière de Sainte-Gudule, à Bruxelles, donnant ainsi la date exacle du décès du graveur, le 4 janvier 1778, " chez le S' J.-J. "Clause^ marchand quincailler, demeurant rueau Beurreet inhumé Cl le 6 du même mois w .

Celte notice contient également le curieux procès-verbal d'apposition de scellé à Paris, en date du 13 janvier 1778, dans lequel M. Guiffrey fait remarquer le nom du graveur Patasse', que Jal avait lu Patusse et qui demeurait rue du Plàtre-Saint-Jacques, celui du S. Jean-Baptiste Roger, professeur de musique à Paris, rue Beaubourg, tuteur de d"* Aimée-Justine Roger, sa fille, et de demoiselle Catherine-Justine Eisen, son épouse.

M. Jules Guiffrey a publié aussi une série de pièces sur Charles Eisen, émanant des archives des Commissaires au Chàtelct".

' C'est d;i graveur Patas qu'il s'ayit. ^ Courrier de l'Art, 188V.

PAIUS. —

TVPOGllAPIirE DE H. PI.OV, XOL'URIT HT C'^, 8, HUE GARAXCIÈRE

PAÏUS

TYPOr.RAPMIK I)K K. PLOM, XOL'UIUT ki (

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