PRÉFACE
Cette pièce n’est point un sujet d’invention. Les principaux incidens sont conformes à la vérité , les caractères sont pris dans la nature. Charles , sa femme , son père , son frère , le juge inique (i) qui Fassassina juridiquement en 1787 : tous ces personnages sont existans, etplusieurs sont jeunes encore.
Charles fugitif, malheureux , manquant de tout, invoqiioit du fond de la Hollande une loi positive qui Fautorisoit à disposer de sa main ; croira-t-on qu'un juge ait osé se rendre coupable de prévarication , d^oppression et de déni de justice par un décret qui déclâroit Charles mort depuis jdusieursj aimées , lorsque ce fripon étoit convaincu de son existence ? Croira-t-on que parmi les habitans de Calais , tous également convaincus de Fexistence de Charles , il ne s^en trouva pas un qui osât s^élever contre la scélératesse du juge ? Le malheureux fut opprimé et il le fut impunément : il n^avoit pour lui que Féquité.
Charles espéra trouver plus dhntégrité dans un tribunal supérieur. Il appeîla du jugement de Béhague au parlement de Paris , qui confirma la sentence du juge de Calais , mais qui , poitr ne rien perdre , condamna Charles aux frais, i L^Ecuyer , procureur au parlement , avoit barbouillé du papier pendant six mois pour prouver à la cour que Cliarlesétoitbienetduementmort. Cependant comme il comioissoit le défunt et son domicile , il lui fît signifîer Farrêt de la chambre , avec invitation de Faller payer sans délai, à peine d’y être contraint par corps. Charles , tour mort qu’il étoit , lut en personne payer le procureur, afîn de ne plus entendre parler de tous les coquins à qui il avoit eu affaire dans ce malheureux procès.
Voilà comme on rendoit la justice il y a six ans.
(1) Beîiague; alors président et maire de Calais, aujourd’hui rien. ' ^