SCENE' I X
VERNEUIL père , LE COMTE DE
PREVAL.
Le' C o t.î T E
^''embrassant.
ILH! monciier Verneul! , que je suis aise de vous voir: ii y a douze ims au moins que je n’ai eu ce plaisir
,, . ^ V E R N E U I r pj,g
Il est vrai^, Monsieim, .qu’il y a long-tems que nous nous «oirmi^s perdus ue vue. v »tre crédit est , dit-on , au pin» haut point , ,e vous en félicite. Mais je ne suis k Paris qu’l d’lde“ Comment avez-vous su.... ^
-r, , . ^ ^ E; O ?.î T E , n.'ÿ ion de fausseté.
J etois ce malin cnez le ministre , on a paclé de vous , oueU quun a dit vous avoir vu arriver, je me suis empressé de Vous ciierclier^ et de venir vous oitrir nies bons ofiices.
V e R N E U I L père.
suis l’iiomtne qu’il vous faut et je suis enchanté d’étr© ici. Mais quelle a'ïaire vous a donc conduit à Paris?
VEE.NEUIL père
Un projet médité. long-teiris , adopté avec peine , et que^ peut-être, je n’aurai pas la force d’exécuter.
C’est peut-être l’escapade de votre fils ainé , qui.».
• VerneuîL père.
Vous en êtes instruit ?
Eh, sans doute, il en'^ été question ce matin dans le» bureaux. On vous plaint, on s’étonne de ce que vous ne i’ernpêchez pas....
VerneuîL père.
J’étois venu dans le dessein de rompre ce mariage.
Le Comte,
î’iaisant mariage! Combien vous et moi en avons •nous contracté de semblables !
VERNEUIL père.
Ce n’est pas le moment de plaisanter, Monsieur, je ne suis pas remis encore du trouble où m’ont jetés ces deux infortunés.
'Le C 9 M T E,
Vous les avez vus?
Verne u i l père.
Hélas f oui I
Et ils vous ont' touché , sans doute ?
VERNEUIL père.
Ah I au-de-là de toute expression.
On aura joué la douleur, la probité, on aura hazard© quelques larme^4| auxquelles vous aiirez répondu par les vôtres. Et au lieu d’user de votre autorité, vous aurez peut-être donné les mains...
V E R N E U I L père. /
Nen , Monsieur, non, je ne suis pas aussi facile que vous l’imaginez. J’ai été sensiblement touché, je l’avoue , du désespoir de mon fils. -Ses prières m’ont ému , ses raisônnemens m’ont presque persuadé. Cependant, je n’ai rien promis, et je suis maître encore du parti que je voudrai prendre.. Mais c’est qu’il est si dilficile de juger sainement de sa propr© cause! D’ailleurs ils sont tous contre moi. Us m’attaqiiemt^ avec tant d’avantages... Cette femme sur-tout...
On la dit très jolie.
V E R îï ï U I L pèr®; P I
’Jrès jolie, non-, '
Il est difîiciîe
Tl A R L E s Comte à
-part.
V E R. N E U I L père.
Mais si inlèressante !... Une façon de penser si délicate 7 •âne noble (ierlé 5 qui lui sied si bien !... '
Li E C O M T E.'
Ces femmes-^là sont adroites.
V E R N E TJ I L père.
T\on , non, il y avoit une force, une explosion** de séné liment , dont l’art ne feauroit a|)prnrtîer.’
^ Vous Parez cru. *
V E R N E U I L père.
Je n’en saurois douter.
Le C o m te.
Èn ce cas, mon ami, mes conseils vous sont inutiles;'
V E R TJ E U I L père.
Au contraire , Fréval , il m’en faut de solides, de soute« nus^ si je veux me soustraire à la séduclion...
Ç'uoi , vraiment vous avez été sur le point de céder k leurs sollicitations.
Verneuil père.
Oui, Monsieur, et dans ce moment même je ne sais encore a quoi je vais me résoudre!.
, L E Comte.
A propos, on dit que Charles alioit avoir un régiment ÿ lorsque.„^
Verneuie père.»
On le lui avoit promis^
Le Co’ m t e.
il y a déjà quelques; années. 11 seroit prêt à passer aujé' grades supérieurs. Plaisanterie h part, mon die^r Verneuil 5^ il seroit fâcheux de laisser croupir ce jeune hoinme dans le genre de vie qu’il a adopté. 11 est d’àge encore à réparer ses salisses , et vous convienderez que lui pardonner celles qu’il s’est déjà permises ^ c’est l’encourager h en faire de nouvelles.
V ,E 'R. N E U I L pore/
Voilà ce que je ine suis dis cent fois.
Le Comte.
Mais cela ne suffit pas , mon bon ami. Il falloit agir et aller droit au but. Votre inaction dans celte affaire , vous fait le plus grand tort dans le monde. Les gens sensés vous blâment , lesindiffiérens vous rallient, quelques-uns vous plaignent Mais il règne dans tous ces pr'opoa un ton amer , qui m’a souvent fait souffrir pour vous. Le ridicule dont on charge votre conduite m’affiecte sensiblement. D’ailleurs ces sorlesr de mariages ne sont jamais heureux. Les difficultés irritenÈ Pamoiir^ les persécutions le souliennentj mais n’a-t-il plug
rie^-
“ET e A R O L 1 NE:
rien II craindre ou a clesirer , le charme s’évanouit, l’épouse’ parvenue à son but, cesse de se contraindre , et i’époux dé" trompé voit avec douleur son état et sa fortune sacriüé® h des chinières. -Le dégoût arrive, l’humeur suit, et ceux qui croyoient s’adorer toute leur vie, sont étonnés de, ne pouvoii; plus se supporter, •!
VerNEUIL pere.
Vos principes sont les miens. Mais cet enfant...
Oh, pour l’enfant, je vous le recommande, mon ami, il faut faire quelque chose pour lui.
V E R N E U I L pere.
C’est bien mon intention. Pauvré enfant , sous quels aus* pi ces es-tu né ?
Le Comte.
En eîTet tout cela est embarrassant. Mais enfin quel parti prenez-vous ?
Je vous le demande. Vous êtes de sang-froid, vous avez; toute votre raison , et moi...
Le Comte.
Oui , j e conçois vqu’ii vous faut nécessairement un guide ,qui,.i Verneuil pere.
Soyez le , Préva]. Prononcez sans feinte , sans détour,
I E Comte.
Vous me le permettez.
Verneuil père.
Je vous en prie.
Le Comte.
C’est que je crains de vous déplaire. D’ailleurs '\|CG que je vous ai déjà dit, doit vOus faire pressentir ce" que j’ajouterois, si j’üscis
Verneuil pere.
J’entends , vous me conseillez d’employer l’autorité.
Puisnpie vous voulez que je vous parle franchement, vous ne pouvez vous en dispenser.
Ve rnfuil pere.
Je devois aller aujourd’hui chez mon procureur.
Le Comte.
Pourquoi faire ?
Pour entamer ce malheureux procès.
Le Comte.
Vous n’y pensez pas, mon ami. Vous voulez employer lc8 voies juridiques, dont la lenteur’ laissera à votre îüs les moyens dq vous échapper encore? 11 retournera d’où il vient et ne craindra rien de vos poursuites. Et puis il est majeur: son mariagq cassé ^ qui l’empéchera d’eu cotttracter un selon nos Icix ? - ^
p'^re,
pere, T E.
pere.
T É R N E U ï E Je n’avois pas fût celte réilexibn.
Tl c 1-1 ^ ^ C O M T E.
il taut absolument le séparer de celle femmei.
E R N E U I L Il n’y consentira jamais.
- L E c O M ST r\ous saurons l’y contraindre.
Verneuil
i;.t comment? Com
Un ordre du Roi...
^ Verneuii
R aire enfermer mon fils !
Je ne vois que ce moyen.
^^ERKEuil pere.
Le moyen est aiïVeuK. Achever d’aigrir un jeune homme
Pré'a'é” J®'’’"®'' * iattiais son cœur !... Ah ! Préval !
Ou on est ïoible quand on est père.
„ , . , V .E R N E U I I pere.
<.)u’on est dur , quand on ne l’est
■le vous demande pardon , mon ami , de vous avoi-
r. • V ji. R IV E U I L pere,
flaire entermer mon fils. ^
inr' t'’ iTio'n ami , n’en parlons plus.. J’ai eu
loi L ce me me 1er de cette alfaire , et je
TH- T) ' 1 ^ERN.EUil Jière.
you. n etes pas aveugle par celle lendresse, qui se révoile a la seule idee d’un enfant dcans les fers.
1 voh ràl ™ d’f réger sa détention, et de vous mettre
a voue aise Verneüil père.
Lequel? Je l’adopte sans balancer..
-iiar esenlevé, Caroline et son enfant sont a votre discréfmn. Vous* placerez l’un dans des mains étrangères et sous Lin nom suppose. Vous éloignerez l’autre , à qui "vous payerez une modique pension, à condition qu’elle se conduira ^seloa vos vues, et sa misere est un sùrlgarant de sa docilité. - ^ y E R N E V ï L per-e.
Lest que tout cela nécessite des procédés si durs, si cruels,
Lt puis Charles fera tôt ou tard des perquisitions..,
len e si aise que de les gendre inutiles. On peut répan*
«Ire acIroîLcment dans le public que Caroline et son enbint ,2s’ont sui Yv>.u que peu de tems k i’enleveuieul de yotre üls.
V E R N E U I L pere,
li n’en croira rien. ' * .
L E C O M T E à demi-voix.
Je connois.un juge de province ^ qui ccnsLatera leur décès par un décret dans les formes.
V E R N E U I L père, après un moment ddioireur.
Cela ne se peut pas.) . LE C O M T E.
Je vous en réponds.
V~ E R N E U I L pere.
Un magistrat prononcer contre la vérité, contre’sa cons„ Cfiencé j “ È C O Tyl T E.
Ceiui'ci le fera sans diiTiculté.
, V E R N E U I L pere.
Ce juge est un fripon.
Sans doute, mais il en faut; on les méprise^ et en s’en sert,;
Ver n e ü I l pere.
Votre plan est bien concerté mais il y a dans cette
marclia une duplicité nui me répugne.
Le c o m"t ’e.
Songez, qu’au moyen de ces arrangemens , Charles, enlevé dans deux heures , peut vous etre rendu dans six semaines , dans un luois ; on ne prendra que le teins néces®» saire pour éloigner sans retour des objets oui seroient tou'^ iours dangereux pour lui.
% V E E. EJ e' TJ I L pere,
Cliarles enlevé da-ns deux heures 1
U E C O PÆ T E.
Olé , mon ami ^ dans deux heures, et je me chargerai des, détciis , pour ménager votre sensibilité.
V E R PJ E U IL pere. ^
Mais cet ordre du Roi, qu’ii faut soiliciter , obtenir...
Le c o pæ t e.
J’en ai toujours en blanc , et je n’en -abuse pas , comme vous le voyez. avec chaleur j Aîioris , mon cher VerneuR , êtes-vous bien d’accord avec vous-meme? Ce que vous devez k la société, à votrej füs et k vous, i’empnjtera-t-il érifiti sur les répugnances puériles qui vous arrêtent , sur la toi blesse qui vous déd-ionoreroit , si vous conseuliez k un matisge ridicule et révoltant. Lardon., si je mets aut inl de fr-oe è.ia mes représentations ; tuais je vous ai toujours cli 'ri y ! ;
puis m’em,.êcljer xrajouler que vous ayez as'v-z. ‘. a' ■ nature, et qu’il est teins de vous me ntrer L ■ \iA.h' ployer, toute la fernieté. ^ h
Ou’il m’en conte pour me rendre! iV;....: j > y . . ■'
^ ‘ L E Ç c TL..
Oiii^ mon ami J ü le Cnt, ,
'C IT A R L E s,
Verneuil pèrej
Du moins, que tout se passe sans éclat.
Le C o m t e.
Sans éclat.
Verneuil père. .
Ménageons des infortunés , adoucissons le coup que noui^ valions leur porter.
'Le Comte.
On mettra dans les procédés toute raménité possible. i, Verneuil père.
\ ous me ferez avertir quand mon maiheureus bis n’y sera plus. J’irai, je verrai cette femme.
Le C o m t e.
Non, Verneuil , je ne suis pas d’avis que vous la revoyez. Votre excessive bonté vous traliiroit enc<^re. Je me cliarge de sa retraite, et de lui faire parvenir vos bienfaits.
y E R N E U I L pere. ^
Je la verrai. Monsieur, C’est an adosicissement que je dois ® sa situation. Je lui dois compte des moiifs de ma conduite^, je lui dois des consolaiiens. J'rop neiueux, si ]e pouvoir, en
calmant ::a douleur , rendre mes cbaguins moins cuisans
Allez, Fréval, allez me rendre ce funeste service, ellaissezinoi renfermer mes larmes , mes combats et mes regrets. (/J
serf
Le Comte, seul.
CZ»ES provinciaux sont durs a persuader, Pauvre gens qui ne sentent pas que le grand art est de tirer parti clés circonstances , et meme faire naître celles qui sent nécessaires à nos projets... Enfin , la belle et cruelle Caredine est à ma discrétion. Le bon homme de père la verra, dit-ii. Je le préviendrai, et si elle est récalcitrante , on la mettra aussi en lieu de sûreté. C’est un excellent moyeu que la persécution , et qui ne manque jamais son elFet.