‹ Charles Guérin [microforme]Chapitre 16 sur 94 · FO RR PEER · texte numérisé non relu

FO RR PEER

là; je me place toujours de manière à ce que maman ne me voie pas le visage, et quand ils viennent pour parler de cela, je leur fais des signes... des signes, Ce qui me console un peu,c'est qu'il paraît que la plus grande partie de l'équipage était descendue dans les chaloupes ; ils ont rejoint un autre navire, un peu plus bas, On n'a trouvé que trois noyés ; ils avaient l'air d'être plus vieux que mon oncle Charlot, de sorte que j'ai moins d'inquiétude,

# Clorinde m'a beaucoup rassurée ; elle dit qu'elle a parlé de cela avec son père ; il lui a dit que notre frère ne pouvait pas être dans le Zoyal-George ; car ce vaisseau était prêt à partir et avait son équipage complet, longtemps avant que mon frère soit parti. J'ai trouvé Clorinde bien bonne d'avoir pris ces informations. Nous n'avons fait que parler de Pierre et de toi toute lu soirée. Elle n'a dit tous ses secrets, et, si vous autres hommes vous n'étiez pas si babillards, je te conterais bien une curieuse chose qu'elle m'a dite... mais, après tout, tu vas faire un prêtre ou un avocat ; dans ces états, il faut de la discrétion, Voyons, j'espère au moins que tu n'en diras rien à personne.

“M. Wagnaër est un drôle d'homme, Il ne parle presque jamais à sa fille ; il lui laisse faire tout ce qu'elle veut tandis qu'elle est fille ; mais il lui ax bien défendu d'aimer personne, parce qu'il veut la marier lui-même. Il a fait comme un marché avec elle : elle fera tout ce qu'elle voudra, excepté le jour où son père viendra lui apprendre qu’il va la marier. Seulement le secret qu'elle m'a dit, et qu’elle a surpris à son père, c'est qu'on ne la mariera qu'avec un avocat. C’est ce grand imbécile de Guillot, le commis, qui à dit cela à quelqu'un qui l'a répété à Clorinde. Nous avons bien cherché pour trouver la raison de cela, Toi quies plus savant que nous, tu pourrais peut-être bien me la dire. Un seigneur, comme

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Jules de Laumilletière par exemple, un oflicier où un docteur, c'est bien autant qu'un avocat, Encore S'il y avait quelqu'un que M. Wagnaër serait décidé à faire son gendre, mais tout ce qu'il y «a de décidé, et bien décidé, c'est que Clorinde ne sera pas mariée à un autre qu'à un avocat. Dis-moi done, sérieusement, est-ce qu'il y « des

jeunes filles qui ne peuvent se marier qu'avec des hommes

d'une certaine profession ? Et si c'est de même, de quoi cela dépend-il? Tu vas encore dire, comme de coutume, que je suis trop curieuse.

“ Clorinde et moi, nous avons beaucoup parlé de toi. Elle m'a montré, dans un livre de prières, une figure de jeune homme assis dans une barque avee un luth dans une main. Elle trouve qu'il te ressemble. I faut qu'elle n'ait pas de préjugés contre nous autres, car je t'assure que ce jeune homme est beaucoup plus beau que toi.

“ Tu sais qu’elle à passé une partie de l'hiver à Québec, chez la mère de cette demoiselle qui était ici l'automne dernier, et qui se promenait si souvent dans la voiture de M. Wagnaër. Elle m'a montré les pas de plusieurs jolies danses qu'elle x apprises chez cette demoiselle, Elle dit que maman a tort de ne pas me faire montrer la danse : moi, je trouve que maman a bien raison ; à quoi cela me servirait-1l ei ? Maman ne veut pas que j'aille aux noces chez les habitants, et, à part de cela, il n°v a pas d'occasion de sortir.

** Clorinde est bien mondaine ; je crains beaucoup pour son salut. Ce serait bien dommage qu'elle ne fût pas sauvée, une si jolie fille, et qui à Pair si bonne ! Maman dit que, si je la voyais souvent, elle me perdrait, Elle doit venir me chercher demain pour me promener avec elle ; je ne sais pas si maman voudra. [1 me semble depuis que je la connais que je la trouve plus belle qu'avant, Elle est bien brune, mais elle a une si belle

taille et de si beaux yeux noirs! Elle m'a dit en riant

s0 CHARLES GUERIN

qu'elle paraissait une négresse près de moi; mais ça n'empêche pas que je voudrais bien avoir sa taille.

* Pardonne-moi, mon bon Charles, si je t’écris toutes ces folies de petite fille qui ne doivent pas t'amuser du tout : mais si je te voyais, je te les conterais, et quand je t'écris, c'est absolument comme si je t'avais ici, non plus sous le vieil orme, puisqu'il est tombé, mais an bord de l’eau, comme la veille du jour où Pierre est parti avec toi, pour ne plus revenir.

A rigu ??

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