PIERRE GUÉRIN
maman, re votre
[ue vous tre fille.
je vous ue Dieu Charles lever le nfin, les es et les blables, ant que C’est à départ à dit en je me se rap-
‘ous, ni me est instant.
rendez-
écrire, au près ville ; eure à )renne 1e dors est le end sa elques
Il y avait dans cette lettre beaucoup de vérité et de bon sens, à côté de beaucoup d’exagération et d'originalité. Elle donnait une idée assez exacte du travail qui s'était opéré dans l’esprit de cet étrange jeune homme ; elle montrait l'influence funeste, sur cette âme généreuse et fière, de l’état de société anormale dans lequel elle se sentait placée et qu'elle fuyait, n’osant le combattre seule.
Louise et Charles venaient d'achever cette lecture, entrecoupée souvent par leurs larmes, lorsque le médecin qu'on avait envoyé chercher pour leur mère se présenta. Il trouva l’état de madame Guérin fort alarmant, et fit différentes prescriptions qui furent soigneusement exécutées par la jeune fille. Comme il allait repartir, la tempête redoubla tout à coup de fureur. Les vents qui se déchainaient et erondaient chacun à leur tour, semblèrent se réunir pour un commun et décisif effort. Après un moment de silence, presque de calme, un bruit épouvantable se fit entendre. C'était le gros orme près de la maison qui, cédant à cet assaut, tomba tout d’un morceau, Il y eut dans le déchirement, dans le froissement, dans les mille eraquements qui accompagnèrent la chute lourde et retentissante du tronc de l'arbre, quelque chose qui allait jusqu'au cœur pour y remuer cette fibre délicate et inexplicuble de la superstition, qui vibre toujours à notre insu au dedans de nous-mêmes dans de semblables instants.
— Encore un malheur, s'écrin Louise, orme de la frunille qui tombe ! C’est bien bon que maman dorme aussi profondément.
Comme la jeune fille parait, une détonation très forte se fitentendre.
—Qu'est-ce que cela, encore, dit-elle ? Ce n’est pas un autre arbre qui tombe : il n'y en a pas d'autre aussi près de nous,
EE GENE em meme mot ms arm ee
Une minute ne s'était pas écoulée qu’une seconde détonation, plus distincte et plus rapprochée, ajouta au soupçon qu'avait fait naître la première, la certitude d’un naufrage imminent pour quelque pauvre vaisseau ballotté par la tempête. En effet, de la grève où Charles n’hésita pas à se rendre, malgré les torrents de pluie et un tourbillon à ne pas se tenir debout, on apercevait entre le ciel noir et l’eau noire une masse blanchâtre emportée avec rapidité par le
vent. Cette masse s'arrêta tout à coup. Un éclair qui brilla, un troisième coup de canon qui retentit, un nuage de fumée rougeûtre, qui se dissipa bien vite, un craquement épouvantable, furent les seuls adieux du navire qui, par la maladresse du pilote, avait frappé sur un récif à l’une des extrémités de la petite île, et sombra tout de suite. Il était alors une heure après minuit.
Lorsque le jour parut, quelques débris seulement furent apportés par les flots sur le rivage, mais on ne recueillit aucun cadavre ; on présuma que les courants les avaient entraînés à une grande distance en descendant le fleuve.
Le soir de ce jour (et ce fut une journée belle et brillante, pleine de lumière et de guieté ; un de ces jours
détonasoupçon aufrage ,
; par la ta pas à billon à
ile, et ninuit.
furent ueillit aient euve, t bril-
Jours
purs et sereins que la Providence fait lever après les jours de tempête et de désolation, afin que l’on se souvienne bien que c’est elle, et non pas le génie du mal qui gouverne le monde); le soir de ce jour, disons-nous, près d’une grande croix noire, au bord du chemin, à une demilieue à peu près de la demeure de madame Guérin, un jeure homme et une jeune fille étaient à genoux et priaient.
Une légère voiture, qui contenait deux jeunes filles élézamment vêtues et dont l’une tenait les rênes sans trop d’embarras, passait lentement près de cet endroit.
— Vois donc, Clorinde, dit l’une, est-ce le jeune Guérin, dont ton père rous parlait l’autre jour, qui fait si dévotement sa prière au pied de la croix de la mission ?
— Non, ma chère,ce n’est pas celui dont papa nous parlait. Nous avons appris aujourd'hui qu'il s’est embarqué à bord d’un vaisseau comme matelot. Celui-ci, c’est Charles, qui va prendre la soutane dans quelques jours.
—Tiens ! Le
mais sais-tu que c'est un très joli garcon Vois donc quel air de distinction il v à dans toute sa personne. Sa sœur est aussi bien gentille.
—Oh ! oui, répliqua mademoiselle Wagnaër. ces jeunes Guérin étaient destinés à être des hommes très brillants, celui-ci surtout. C’est bien dommage qu’il se fasse prêtre !
56 CHARLES GUÉERIN