‹ Charles Guérin [microforme]Chapitre 88 sur 94 · NN · texte numérisé non relu

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« renouvelé ce jour-là, au profit des enfants de Louise et de Marichette, la scène que vous savez. Nous disons jusqu’à ces dernières années, car la mère Paquette, qui est un peu jaaséniste, soutient, malgré l’avis de son curé, que le carême mitigé que l’on observe maintenant, ne sert qu’à damner les gens un peu plus vite et ne vaut plus la peine qu’on en parle.

Tous les ans dans le mois de juin, Pierre Guérin célèbre à petit bruit dans son église une messe de Requiem, et les deux jeunes familles y assistent avec recueillement. On y prie pour une bonne mère dont l'absence est le seul obstacle que l'on connaisse à un bonheur parfait.

Il faut le dire cependant ; ce bonheur est depuis peu sérieusement menacé; l’orage se forme souvent à l'horizon du ciel le plus pur.

Charles avait senti, dès le commencement, que le plus grand écueil de sa colonisation serait la jalousie que lui et ses proches pourraient inspirer. Il n’a jamais voulu, ni pour lui-même, ni pour sûn beau-frère, ni pour son beau-père, d'aucune des charges et des dignités locales. Il n’est ni oflicier de milice, ni juge de paix, ni marguillier, ni commissaire des petites causes, ni commissaire des écoles ; il a laissé nommer à toutes ces fonctions les habitants les plus respectables. Il y gagne qu'on ne fait jamais rien sans le consulter, et qu’on ne prend guère son avis suns le suivre.

Malheureusement, sa réputation d'homme de bon conseil s'est répandue au loin dans les autres paroisses, et l’on parle fortement de lui déférer la députation au prochain parlement. ...

Bons lecteurs, et vous aimables lectrices, si vous vous intéressez à lui et à sa jeune famille, priez le ciel qu’il leur épargne une si grande calamité!...,

FIN eee

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A.— Page 74.

Il y a peu de peuples qui se soient accrus en nombre aussi rapidement que les Français du Canada.

Il est vrai que les statistiques de la population anglo-saxonne du Haut-Canada laissent bien loin derrière elles celles du Bas-Canada, La population européenne du Haut-Canada, lors de lu conquête, ne s'élevait pas à plus de 7 à 8,000 âmes. Voici l'échelle étonnante qu'elle a gravie depuis :

Ainsi de 1824 à 1834, dans une période de dix ans, elle avait doublé, De 1842 à 1852, dans une autre période de dix ans, elle a encore doublé !

Voici maintenant la marche qu'a suivie la population du Bas-Canada.

En 1755, la population réunie du Canada, du Cap-Breton et de la Louisiane s'élevait à peine à 80,000 âmes. C’est accorder beaucoup au Canada actuel que de fixer à 60,000 le chiffre qui pouvait se trouver dans ses limites. A partir du premier recensement régulier sous le gouvernement anglais, en 1825, on trouve :

1825...... 423,630 HONT 1, 471,876 1831...... 511,920 1844...... 690,782 1852....., 890,261

(1) Il ne faut pas perdre de vue que ces notes, que nous reproduisons textuellement, ont été écrites vers l’année 1852. C’est ce qui expiags les nombreuses anomalies que le lecteur ne manquera pas d’y remarquer. (NoTë DE L'ÉDITEUR.)

Si l’on considère que cet accroissement est presque entièrement dû à lu multiplication par le seul effet des naissances des 60,000 Français, on le trouvera certainement bien remarquable, Quelques centaines de familles, presque toutes normandes ou bretonnes, ont originairement peuplé les vastes territoires qui composaient la Nouvelle-France. A la conquête, un grand nombre de ces familles se sont embarquées pour la France, et depuis ce temps il n'a pas été ajouté dix fanilles françaises à la colonie, Quelques individus isolés, aussitôt repartis qu'arrivés, ont pour bien dire à peine visité la Nouvelle-France passée sous la domination de l'Angleterre. Mulgré le nombre considérable de Françuis et de Belges qui émigrent en Amérique, il n'y a actuellement en Canada que 1366 naëifs de ces deux pays. Loin de gagner par l'immigration, la race française a au contraire constamment perdu par une émigration, qui s'est faite dès l'origine et n'a cessé de se faire, vers les Etats-Unis, les plaines de l'Ouest et jusqu'à la Louisiane et au Texas. “Il n'est peut-être pas un recoin si reculé de l'Amérique où l'on ne trouve des Canadiens, ou de leurs descendants (1). ” Bien plus, une émigration plus formidable s'est faite depuis quelques années. Des ouvriers par bandes, des familles de cultivateurs par essaims, ont quitté le Bas-Canada et se sont dirigés, les premiers vers les États manufacturiers de l'Union, les autres vers les fertiles contrées de l'Ouest. Un comité nommé par l'assemblée législative en 1849 estimait cette émigration à 20,000 pour les cinq années qui venaient de s'écouler, et exprimait la crainte que ce chitfre n'augmentât de moitié dans les cinq années qui devaient suivre, faisant 50,000 ou un seizième de la population dans dix ans. La supposition du comité est malheureusement en pleine voie de réalisation.

Malgré cela, malgré les guerres, les insurrections, les épidémies qui ont si fréquemment décimé notre population française, elle s'élevait en 1831 au chiffre de 450,000 âmes, en 1844 à 524,307, et cette année (1852) elle est de 695,945 (2). On peut dire en toute sûreté 700,000.

(1) Moffras, Voyages sur les côtes du Pacifique. G. Ferry, Scènes de la vie mexicaine. Revue des Deux Mondes.

Notices sur les missions du diocèse de Québec, publiées à Québec tous les deux ans.

(2) Dans les deux chiffres précédents, la population française du Haut- Canada à ces époques n’est pas comprise : elle l’est dans le dernier.

L La population de toute autre origine, dans le Bus-Canada, ) compte seulement 220,000 âmes, Celu s'explique par le fait que ; toute l'immigration britannique s'est établie dans le Haut-Canada, k et l'Angleterre, en divisant les deux provinces, avait prévu et sancà tionné cet arrangement, C'est dans l'année 1829 que cette s immigration est devenue assez importante pour être régularisée et 4 recensée, Depuis cette époque elle a jeté sur nos quais de Québve s et de Montréal 735,305 individus, nombre qui surpasse celui de la o population du Haut-Canada en 1848, et, comme on sait qu'en retour ù de la grande proportion de ces immigrés qui ne font que passer j par le Canada pour se rendre aux États-Unis, il s'est fuit aussi 1 une immigration très considérable de la république voisine dans e les établissements limitrophes du Bas-Canada et dans le Huaut- , Canada, on trouvera que l'accroissement naturel de la population 8 d'origine britannique a été incomparablement moindre que celui nl des Canadiens d'origine française. Les flux et les reflux continuels à d'émigration que nous venons de mentionner rendent à peu près , impossible de constater lù véritable multiplication des populations 8 non françaises du Canada par le seul effet des naissances. . Mais pour ce qui est des Franco-Canadiens, ils offrent un fait 8 rare dans l'étude de la statistique, celui d'un peuple qui, grâce à son 8 isolement au sein d'un autre peuple, peut constater son accroissee ment naturel, n'ayant reçu aucune iminigration de sa propre race, 1 et ne s'étant mêlé que bien peu aux émigrés d'autre origine. e Cet accroissement a donc été, de 1759 à 1852, de 60,000 à 700,000. t Dans une période de 90 ans, le chiffre premier a doublé trois fois et B. un peu moins d'une demi fois. A 20,000 âmes près, c'est avoir e doublé tous les 26 ans.

Le Dr Franklin avait prétendu que dans certains États de l'Union ds américaine la population doubluit tous les vingt ans. Malthus >

allait jusqu'à dire que la population pouvait dans de certaines conditions doubler tous les quinze ans, et il en tirait des conclusions cruelles que plusieurs savants économistes et statisticiens ont réfutées avec succès. Parmi eux se trouvent M. Saddler, membre du parlement anglais, et M. Allison, le célèbre auteur de l’histoire de l’Europe. Tous deux ont prouvé, par des tables aussi ingénieuses ment que clairement calculées, que l'accroissement naturel de la | population affirmé par Malthus est simplement impossible, et que la période de vingt-cinq ans assignée par cet auteur comme étant

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