‹ Charles le Téméraire: romancero historiqueChapitre 11 sur 11 · CHANT DE VICTOIRE · texte numérisé non relu

CHANT DE VICTOIRE

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Moral, mardi ^j juin 1476.

Au Maître tout puissant du ciel, Qui, datfs son décret éternel,

Nous gardait la victoire, A Celui qui nous fit vainqueurs En soufflant la force à nos cœurs,

Rendons hommage et gloire ! • Charle accablait la chrétienté

De guerres et d'épreuves, Multipliant sans équité

94 Chant de Victoire.

Partout les orphelins, les veuves.

Sept ans, on supplia Marie et tous les saints

D'éloigner cette peste.

Confédérés, le ciel aux merveilleux desseins

Détruit par nous l'homme funeste.

A Grandson, n'ayant rien appris, Dans sa fureur, Charle a repris

Ses projets, de plus belle.

Aussi, plus terrible qu'avant, Pressant, ordonnant, écrivant

De Tarente à Bruxelle, En trois mois il a reparu.

Prunelles allumées, Le lion revient, qui l'eût cru ?

Revient, suivi de quatre armées.

« Après Morat, dit-il, dé jeûnons de Fribourg,

Nous dînerons de Berne. »

Et, sa voracité ne restant jamais court, Il prétend souper de Lucerne.

C))ant de Victoire. 95

En ses propos fort peu civils, De mendiants, de yachers vils, Nous a traités Bourgogne.

Bon duc, nous mangeons notre pain, Et de nos bâtons de sapin

Nous n'avons pas vergogne.

Ces bâtons craignent peu le fer :

Leurs nœuds durs sont tenaces, • Et, tournoyant comme l'éclair, Font craquer casques et cuirasses.

Près de Grandson fumant, nous sûmes t'arracher

Ton renom militaire; Près de Morat croulant, tu nous verras faucher Tes soldats, l'effroi de la terre.

Ceux qui, le deux Mars, sur l'Arnon, Bravant la pique et le canon,

Vinrent, d'ardeur prodigues, Du Sentis au Niesen, tous ceux Qu'abreuvent la Birse et la Reuss

96 Clxint de Victoire.

Sont là, soldats des Ligues.

Quand, avec nos amis du Rhin,

De Strasbourg à Seckingue,

Quand nous et René le Lorrain,

Thierstein et Gruyère et d'Eptingue

Sortons du bois de Galm, armés de l'acier clair,

Au lever de l'aurore, Dans le camp bourguignon, le rire devint cher En dépit du tambour sonore.

Il pleut. Le clairon martial Longtemps diffère le signal ;

Puis la lice est ouverte.

Comme en un cirque crénelé, Alors, entre Coussiberlé

Et le lac à l'eau verte, Autour de Morat tout en feux,

Depuis Villars-les-Moines, Par les coteaux, les chemins creux, Les breuils, les friches, les avoines,

Cljant de Victoire. 97

Par Prehl et Montilliers, Meyriez, Greng, Courgevaux,

Vaste arène étalée, Ce fut un tourbillon d'hommes et de chevaux, Une épouvantable mêlée.

Sept heures de rugissement, De furie et d'acharnement,

Coups d'estoc et de taille !

Bourgogne est, dit-on, fin joueur; Echec et mat à Monseigneur!

Perdue est sa bataille.

Fous, pions, malgré ses efforts,

Sont rasés comme épeautres.

Sous l'eau dorment dix mille morts, Sur le sol rouge dix mille autres.

O Morgarten, Sempach, Naefels, ô Donner bùhl,

Couronne étincelante, ' A vos grands noms, Morat, terrassant un Saûl, Se joint,. victoire plus sanglante!

Chant de Victoire.

Ce jour, montagnards, alliés, Jour des Dix mille Cavaliers,

Ce beau jour du solstice, Le lac s'ouvrit pour le duc fier, Comme pour Pharaon la mer;

Et le Dieu de justice Envoya son rayon vermeil

Sur la plaine inondée, Comme à Josué le soleil Dans les campagnes de Judée.

Vainqueurs, par nos pays, à genoux cette f

Du Rhin à l'Alpc blanche.

Il n'est pas un clocher dont n'éclate la voix Chantons l'hymne comme un dim

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