‹ Charles le Téméraire: romancero historiqueChapitre 9 sur 11 · Les Agapes de Berne · texte numérisé non relu

Les Agapes de Berne

Mais que se passe-t-il? et quel soudain silence Interrompt brusquement la cloche du beffroi ? La vie est suspendue en tous : est-ce l'effroi Qui va grandir? ou bien serait-ce l'espérance? Au sommet de la tour qui veille dans la nuit, Tout-à-coup, jde clairons éclate une fanfare, Secouant dans les airs l'allégresse.

Ace bruit, Femmes, enfants, aïeuls se lèvent. Tout s'effare, Et dehors, pour savoir, se précipite et court. Vers le pont de Nydeck, sur l'Aar, par le plus court, De tumulte emplissant le couloir des arcades, La foule par instinct s'élance.

Ce sont eux !

Les bons Confédérés, les braves camarades, Les amis de là-bas, les sauveurs ! Tout boueux, Les voilà ruisselants, harassés, mais superbes. Vingt torches sur le pont flambent. Dans la lueur, Passent, — la mine fière et couverts de sueur, Hommes d'armes bronzés, jeunes guerriers imberbes,

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Drapeaux en tête, haut l'épée, et les tambours Ne rendant sous l'appel que des roulements sourds, — Cinq mille combattants sur le grand pont de Berne. Parmi les rangs épais des vaillants, on discerne Ceux de l'Aar, de la Thur, les Zuricois nombreux, Ceux de Sargans, venus des confins de Rhétie, Les uns portant le glenn, massue au feu durcie, L'arquebuse à forquin, l'espadon flexueux, D'autres la hallebarde à croc, d'autres la pique. A cheval, les trois chefs du bataillon épique Jean Waldmann, Hohensax et Breitenlandenberg Défilent. Dans la nuit se replonge et se perd Après qu'elle a passé, chaque bande héroïque; Mais d'acclamations un immense concert, La voix d'une cité qui bénit et salue, L'accompagne et la suit profondément émue.

Un même sentiment brille aux yeux attendris.

Quand tous ils sont entrés, et que de cette vue Berne a rassasié son cœur, vers les amis, Pour leur donner des soins, la foule est accourue. La ville s'illumine. En hâté, à son foyer, Chaque habitant, alors, entraîne son guerrier,

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t Le fait asseoir, l'entoure, et le sèche, et le presse

De mille questions. Promptes en leur tendresse

Les femmes, cependant, de l'hospitalité

Ont dressé le banquet, sous l'arcade abrité.

De maisons en maisons, c'est une longue chaîne

De flambeaux et de mets sur les tables de chêne.

On s'encourage, on rit, on fraternise, on boit,'

Comme on fait lorsque s'ouvre un port dans l£ tempête;

Partout l'amitié donne et l'amitié reçoit;

Cette nuit de terreur devient presqu'une fête.

Aux arrivants, on dit Morat encor debout,

Les divers contingents parus, les bonnes chances,

Les mauvaises aussi, les Bourguignons, les transes,

Et les hommes absents et la guerre partout.

Eux disent les trois jours de leurs marches forcées,

Bremgarten, Willisau, les routes défoncées,

Les temps affreux, le poids effrayant du canon,

Les six cents à Krauchthal, d'épuisement sans nom

S'affaissant sur la route; et mainte autre misère.

Quelque peu de repos leur serait nécessaire :

Pour atteindre Morat, ne faut-il pas encor

Six heures?

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Mais let son impérieux du cor Retentit., Du départ, pour le soldat qu'on fête, C'est le premier signal. Bataillons, qu'on s'apprête ! Les mains serrent les mains, les cœurs pressent les cœurs; Larmes, prières, vœux, baisers ; « Soyez vainqueurs ! » Soyez heureux ! Que Dieu nous garde ! »

La trompette

Pour la seconde fois résonne, et des adieux

Brisant l'effusion, sèche les pleurs des yeux.

Tous tressaillent. Le cri strident qui se répète

A réveillé, d'un coup, l'âpre soif du combat :

« Formez les rangs ! Partons ! A Morat ! à Morat ! »

En vain le ciel est noir, en vain la pluie inonde,

La phalange est en route: elle chante en partant.

Sous les torrents du ciel et dans la nuit profonde,

Pour la rude bataille elle part en chantant :

Fils de la libre montagne

Et des grands lacs apurés,

La gaîté nous accompagne :

Voici les Confédérés !

Serrons-nous, en vrais Helvètes, Dont la guerre est le berceau !

On peut rompre des baguettes, On m rompt pas un faisceau.

Méprisant les peurs serviles, Défenseurs des droits jurés, Nous voici, pays et villes, Nous voici, Confédérés !

En paix, du berger farouclx laisser le frère et la saur:

Il Aéelnre qui les touche, Avis à tout agresseur!

En prière, enfants et femmes, Car les glaives sont tirés.

Tous, gardons fortes nos dmes En avant. Confédérés!

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