‹ Charles Nodier, naturalisteChapitre 16 sur 61 · RECHERCHES ENTOMOLOGIQUES PUBLIEES · texte numérisé non relu

RECHERCHES ENTOMOLOGIQUES PUBLIEES

,§ 1. Dissertation sur l'usage des antennes dans les insectes.

DISSERTAI ION | sur l'usage | DES ANTENNES DANS LES INSECTES, I ET I SUR L'ORGANE DE L'OUIE j dans les mêmes

ANIMAUX. I PAR F. M. J. LUCZOT ET CHARLES NODIER. | — A BESANÇON, I DE L'IMPRIMERIE DE BRIOT. | G^ ANNÉE RÉPUBLI- CAINE.

Petit iii-4", 12 pai,'es ; lin de 1797, ou coimneiieemeiit de 1798.

Cet ouvrage a été composé par Luczot et Ch. Nodier, [)endant Tannée scolaire 1700-1797, alors qu'ils étaient étudiants à l'Ecole centrale du département du Doubs ; il a paru probablement à la fin de 1797 ou au commencement de 1798. Tiré à 50 exemplaires, d'après Quérard (France iitléidire, VI, 423), cet ouvrage est devenu très rare (cf. Hagen, flibliotheca entomologica, Leipzig, 1862, t. I, p. 506).

L'exemplaire de la Bibliothèque de Besançon (n° 58509) est un volume l'elié (Abich, relieur gainicr, rue Saint Paul, 45,

Besançon), ilont^la couverture a 211 sur 27'2'n"" et le texte, une justilication de 119 sur 180""".

Dans cet opuscule, où l'on reconnaît déjà la facilité et l'élégance du style de Nodier, même dans un sujet s';ientifique aussi ai'ide que la question examinée dans cette dissertation, les auteurs cherchent à démontrer que les antennes des insectes servent principalement d'organes de l'ouïe; ils recoimaissent, avec la plupart des naturalistes de l'époque, que l'opinion qui parait d'abord la plus plausible est d"y voir des organes du toucher; mais ils relèvent de suite de nombreuses objections à cette interprétation : les longs appendices qui ornent la tête des cerfs-volants et des insectes analogues rendent leurs petites antennes inutiles pour ce rôle d'organe tactile ; les insectes à longues antennes ne les poilent pas en avant pendant le vol, c'est-à-dire au moment où ils en auraient surtout besoin, mais en arrière; la plupart des insectes ne dirigent, du reste, presque jamais leurs antennes en avant, mais ordinairement sur les côtés ; les antennes ne seraient, dans cette hypothèse, d'aucune utilité pour les insectes sédentaires; enfin, les insectes agitent leurs antennes sui'tout à l'état de repos et non pendant la marche sur le sol.

Les antennes servent donc, non seulement à tâter les corps, mais aussi et surtout à d'autres fonctions ; et la principale serait celle de l'ouïe. Nodier cite, à l'appui de cette théoi'ie, l'observation du Cloporte armadille qui se replie sur luimême quand on l'approche, de la CUtule qui fait le mort, du Gribouri qui se laisse tomber de la feuille sur laquelle il est posé, quelles que soient les précautions que l'on prenne pour se dérober à leur vue, par conséquent prévenus seulement par l'ouïe.

Si ces considéi'ations ne manquent pas de justesse, — elles ne fournissent du reste pas la preuve que l'ouïe ait son siège dans les antennes, — Nodier est moins heureux lorsqu'il cherche des arguments à l'appui de la théoi'ie <iu'il défend

dans l'organisation générale de l'appareil auditif étudié chez les autres animaux.

Gh. Nodier a donné lui-même, dans la Bibliographie entomologique (1801, p. 41), le résumé suivant de son mémoire : « On a pour but, dans cet ouvrage, de démontrer l'existence de l'ouïe dans les antennes des insectes. Cette idée aperçue par M. de Réaumur et par le savant Fabricius, est exposée avec quelque développement et appuyée de preuves d'analogie, d'une certaine importance. »

Il a analysé, plus longuement, son travail et les argunients qu'il renferme, dans sa Lettre aux auteurs de la Déaide philosophique^ adressée, en 1804, aux rédacteurs de ce journal, après la publication des Eléments d'Histoire naturelle de Duméril, pou'' protester, non pas contre un plagiat de ce naturaliste, erreur répétée par tous les biographes, mais pour se plaindre que Duméril n'ait pas tenu compte de sa Dissertation.

Dans son Traité élémentaire d'Histoire naturelle. |)ublié à Paris en 1804, Duméril dit, en effet, à propos des Insectes (p. 112) : « On ignore absolument où réside l'organe de l'ouïe, quoique l'observation prouve que les insectes ne sont pas sourds... » Nodier proteste conti-e cette aflirmation ((u'il ne s'expliijue pas, puisque, dit-il, « M. Duméril a été personnellement instruit que M. Luczot de Thébaudais et moi, nous avions indiqué le siège de cet organe, d'une manière assez plausible, dès le courant de l'an VI (1). »

Il est donc tout à fait inexact de dire avec Sainte-Beuve [I, 457] que Nodier, ayant découvert l'organe de l'ouïe chez les insectes, (( M. Duméril confirma depuis cette opinion, ou même, selon son jeune et jaloux devancier, s'en empara; il y eut réclamation dans les journaux ; » toutes ces affirmations sontfaus-^es ; nous avons cherché l'origine de cette erreur et

(1; Nous reproilnisons la lettre de Ch. Nodier dans la 2' partie de net ouvrage à la suite de la Dissertation.

nous l'avons trouvée dans le passage suivant d'une notice de Noilier publiée par la Biographie des hornines vivants de Micliaud : ■ M. Nodier place le siège de cel organe dans les antennes et son opinion, déjà aperçue par Piéauinur et Fabricius, aété confirmée i)ar les observations du savant M. Duniéril » (Voir Quéraid, Fr. litt., VI, 183 i, p. 423) ; mais, ce passage ne se retrouve pas dans la Biographie universelle de Michaud.

Duméril n'a jamais adopté l'opinion de Nodier; bien plus tard, dans la S^ édition de ses Eléments des sciences naturelles, publiée en 1825 (t. II, p. 85, 86), on lit encore : « Les sons... sont aussi perçus par les insectes... ; mais on ne sait pas encore oîi réside chez eux l'instrument destiné à leur en transmettre l'idée et l'image. »

Ainsi, Duméril, non seulement ne s'est pas emparé de l'opinion de Nodier, mais ne l'a jamais adoptée, ne la trouvant pas justifiée par des preuves suffisantes ; et la réclamation dans les journaux de 1804 n'est pas une réclamation de priorité « d'un jeune et jaloux devancier ». Et cependant ces erreurs se retrouvent chez tous les biographes, sans exception, depuis Michaud et Sainte-Beuve, jusqu'aux Docteurs Fabre et Baudin. M. Fabre [XXXVII, 3], se fiant à Sainte- Beuve, répète qu' « avant Duméril, Nodier avait donc décrit l'appareil auditif des insectei? et (qu') il se montra toujours jaloux de la priorité de sa découverte»; et le D' Baudin avance à son tour [XXXIX], à propDS de la Dissertation, que Nodier y (( émet la première théorie, reprise plus tard par Duméril, généralement adoptée depuis, mais fort contestée de nos jours, que les antennes sont les organes de l'ouïe » ; ces dernières assertions sont elles-mêmes inexactes comme on le verra plus loin.

Malgré le déplaisir de Nodier de ne pas voir ses recherches citées par Duméril et malgré la lettre de réclamation de 1804, Duméril et Nodier furent toujours en excellentes relations ; on en trouve la preuve en différents endroits des ouvrages

et de la correspondance de Nodier, où le nom de Duniéril est amicalement cité, par exemple, dans les lettres envoyées par Nodier a Weiss, pendant ses séjours cà Amiens et à Quinligny (9 octobre 1809, 9 décembre 1810, li octobre 1811) : « Notre savant Constant Duméril... est pour un mois à àmiens, sa patrie, et je suis très lié avec lui... » ; voy plus haut, p. 6-4-65.

Nodier reparle de la Dicsertation, en 1829, à l'occasion de recherches qui venaient d'être faites sur le même sujet ; cet opuscule était devenu très rare et Nodier n'en possédait plus d'exemplaires; il écrit de Paris, à Weiss, lel9 janvier 18^29 : (( Je voudrais bien retrouver la Dissertation sur les antennes. Je ne sais que depuis huit jours qu'elle a été traduite en latin par Lehman vers le commencement du siècle (1). Un journal annonçait avant-hier que M. Schram (2) venait de découvrir que l'organe de l'ouïe des insectes était placé dans les antennes et, ce qu'il y a de plus curieux, c'est que c'est un journal auquel je travaille. Ilest intitulé modestement rt/n.ft'ersei, quoiqu'il ne soit que littéraire et scientifique. » [X, lettre CJII, p.. 2^20].

Les fonctions des antennes ont été, en effet, l'objet des opinions les plus contradictoires ; d'après les recherches les plus récentes (3), les antennes sont des organes à la fois tac-

(1) LehiMann (M. C. G.) a, en effet, publié eu 1799, une Dissertation intitulée : De antennis insectorum dissertatio prior. . dont la 'i'^ partie, parue en 1800, traite spécialement des fonctions des antennes : De antennis insectorum dissertatio posterior, usinn antennaruin recensens. .; cet ouvrage ne parait pas une traduction de la Dissertation de Luezot et Nodier ; on ne rencontre pas, du reste, le nom de Nodier dans les 48 et 80 pages des deux dissertations de Lehmann. (Note de .M Virieux. d'après les exemplaires de la Bibliothèque du Muséum de Paris).

i2) On ne trouve pas d'ouvrage de cette nature indiqué à celte date, dans la Bibl entomol. de Hagen, à l'art. Schramm (t. II, p. 138; ; voy. cependant les bibliographies données dans les ouvrages de Chatin et Henneguy cités dans la note (•') ci-dessous.

(3) l'.;iles sont résumées dans Cuatin', Organes des sens, 1880, p 131 (Organes tactiles), p. 275 (Org. olfactifs), p. 416 (Org. auditifs) ; — dans Hennkgl'y, Les Insectes, 190i, p. 138 (odorat), p. 1i-2 (ouïe).

liles, olfactifs et auditifs ; sui-tout olfactifs, comme le prouvent les observations de Hicks, Leydig, Hauser, etc., et les expériences de Balbiani, Hausor, Forel ; mais certains organes appartenant à la catégorie des chordotonaux, observés dans les antennes des Dytiques, des Téiéphores et des Formicides, sont considérés comme auditifs par Graeber, Leydig, Lubbock. Dans les Culicides, un organe découvert par Johnston (1855), dans le 2'^ segment de l'antenne, esL aussi considéré comme auditif par Hurst ; on le retrouve, mais plus réduit, chez les taons, les mouches, les fourmis, les guêpes, les hannetons, les libellules, etc.; d'après A. M. Mayer, l'organe de Johnston serait un appareil auditif renseignant l'animal sur la direction et l'intensité des vibrations sonores. Graïber enfin a découvert, dans le dernier article des antennes de certains Diptères, une vésicule chitinouse garnie intérieurement de prolongements ciliformes, qu'il considère comme un olocyste dépourvu d'otolithes.

On voit que l'opinion de Luczot et Nodier, bien que n'étant pas appuyée sur l'expérimentation et l'anatomie, n'était pas si hasardée puisqu'elle est confirmée par les recherches les plus récentes.

La Diséertation a paru en 1798, Nodier ayant par conséquent 18 ans ; mais elle est signée de Luczot et de Nodier ; quelle pai't revient à l'un et l'autre des deux collabor.iteurs dans leur découverte et dans l'exposé qu'ils en ont fait?

Quérard, entassant erreurs sur erreuis, a émis la singulière idée que la Démonstialion a été faussement attribuée à Nodier et que tout le mérite en revient à Luczot.

Nodier, dit-il, (( avait quinze ans lorsque parut cette Démonstration; est-ce un sujet à traiter pour un jeune homme de cet âge et n'est-il pas plus vraisemblable de considérer M. J.-M.-J. Luczot, qu'on dit y avoir une part, comme son véritable auteur, et Ch. Nodier au surplus, connue le hlanchiaseuv^ ; d'autant |)lus que quand jeune on s'est occupé d'lii>toire natui'elle, cette science offre tant

de charmes qu'on s'en occupe encore dans un âge avancé, et Ch. Nodier n'a rien fait imprimer depuis sur cette matière » (Siipe'-cheHes littéraires, III, 337).

Or, Nodier avait 18 ans et non 15 comme le dit Quérard ; d'une précocité remarqualjle, comme nous l'avons vu, il s'occupait d'entomologie depuis cinq ans et il a continué à publier sur cette science et à s'y intéresser jusqu'à l'âge de 40 ans ! M. Albert de la Fizelière a, du reste, relevé, comme il convenait, les inexactitudes de Quérard, en rappelant particulièrement les diverses notices, les divers essais sur des questions d'histoire naturelle publiés par Nodier même lorsqu'il ne s'en occupait plus activement et le profit qu'il a pu retirer personnellement (( des connaissances spéciales et de premier ordre de Nodier en entomologie ».

« D'ailleurs, dit-il, il est de notoriété, pour ceux qui ont connu Nodier, qu'il était de première force en entomologie et (jue les coléoptères surtout et les lépidoptères n'avaient point de secrets pour ses observations ingénieuses et sagaces. J'ai eu pour ma part l'extrême bonne fortune de profiter de ses connaissances spéciales à ce sujet et je déclare qu'elles étaient de premier ordre. . . » [XXXIII, mars 1857, p. 131].

Il ne reste donc rien des assertions désobligeantes de Quérard ; Nodier était parfaitement capable de collaborera la rédaction de la fameuse Dissertation et on doit l'attribuer aux deux jeunes entomologistes qui l'ont signée, sans pouvoir cependant distinguer si une part plus considérable dans l'observation des faits ou dans la rédaction du mémoire doit être attribuée à l'un ou l'autre des deux collaborateurs.

i^ 2. La Bibliographie entomologique.

RIBLTOGRAPHIE | entomologique | ou | Catalogue raisonné des Ouvrages rela- 1 tifs à l'Entomologie et aux Insectes, ] avec I Des Notes critiques et rexposition des méthodes | Par Charles Nodier | a Paris | Chez Moutardier, Imprimeur- Libraire I Quai des Augustins. n-^ 28 | AN IX.

Iii-I2, de viij-G4 pages; 90 sur 156"™; juslificatioii du texte, 62 sur 106™'" ; exemplaire du D'" Fabre (de Comineiitry), l)roclié avec couverture en papier et titre msc.

Prix 1 fr. 80 et 2 fr. 50 franc de port, d'après le Magasin encyclopédique, 1801, p. 559.

Nodier a écrit, ou, du moins, terminé cet ouvrage, à Paris, dans les derniers mois de l'année ISOO, en profitant des ressources bibliographiques de la Bibliothèque nationale, comme l'indique ses lettres à Weiss, des i 1 et 26 nivôse an IX('): il l'av^ait probablement commencé à Besançon; mais on ne peut dire, avec certains biographes, qu'il l'ait rapporté de son séjour dans les Vosges (2) ; il aurait eu du mal à y trouver les nombreux ouvrages nécessaires à sa rédaction .

Après des observations préliminaires sur l'utilité et le rôle des Bibliographes, Nodier répartit les auteurs en deux classes : VE7itomologie descriptive et \' Entomologie philosophique.

La Première classe, (jui contient les Historiens, renferme sept sections :

1° Les Archéographes, ou ceux qui ont traité des éléments de la science (par exemple, les Éléments entomologiques de J.-G. Schaeffer, 1766) (3).

2° Les Pangraphes, ceux qui ont traité des insectes en général (Ex. les }fémoires de B.éaumur, 1734; le Sgstema de Fabricius, 1775).

3° Les Polygraphes, qui ont traité de plusieurs espèces (Ex. Histoire des Papillons de E.-J.-G. Espar, 1777).

(ii Voy. plus haut, chap. IV, paragr. 2.

(2; « Il en rapporte un gros livre, intitulé : la Bibliothèque entornologique». Jules Ja.nin, Notice en tête de Francisons Columna{l\\, 10].

(3^ Nous ne citons, à titre d'exemple, qu'un ou deux des ouvrages plus ou moins noinljreux que Nodiei' a répartis dans chaque section.

4" Les Monogrwplics, qui n'ont traité que d'une seule espèce (Ex. Hutoire de la Moaclie commune, par Keller, 1766).

5'' Les Auteur.i nationaux, qui n'ont traité que des insectes d'un pays particulier (Ex. Les Insectes de France, par M. de Villers, 1780).

6" Les Iconograplœs, ceux qui se sont bornés à donner des peintures dinsectes (Ex. Icônes inseclo) u)n de Pallas, 1781).

7" Les Muséograplies, qui ont donné Thistoire d'une collection seulement ou ceux c{ui ont considéré les insectes sous le l'apport de leur valeur commerciale.

La Deuxième classe ou Entomologie pJtilosophique, contient les Observateurs ; ils se divisent en 5 sections :

1° Les Philosophes, qui ont considéré les insectes au point de vue moral et qui ont traité de leurs habitudes (Ex. Théologie ites insecles, de Lesser; Ho^pita floriiln insectorum de Linné).

' 2" Les Physicienb, qui ont observé les insectes microscopiques (Ex. circana miturie de Lee ven Hoeck).

3° Les Anatomisies et les Physiologistes qui ont traité des organes des insectes et de leurs facultés (Ex. Dissertation sur l'usage des antennes, de Luczot et Nodier).

4° Les Economistes, qui ont considéré les insectes sous le rapport de leur utilité et de leur nuisibilité, soit ceux utiles dans les arts (l»"" paragraphe), — dans l'économie rurale (2^), — en médecine (3^, — et ceux nuisibles (4*^) : Ex. Les ouvrages sur 1" la sériciculture, la cochenille; 2'Mes abeilles; 3" les cantharides ; 4" les sauterelles, etc.

5" Les Philologues, (pii ont écrit sur les insectes sous des rapports critiques et littéraires (Ex. Dl-dogus formiez, muscse, aranei et papilionis. de Du Clioul, 1550).

Nodier donne, pour la plu|)art des ouvrages cités, une analyse succincte, quelquefois iilus dévelop[)ée.

\a' plan de cette Bil)liogi-a[)liio est original ; il dil'fére notablement (le la manière ordinaii'e d'envisager la Bibliographie en général et celle des insectes en particulier ; celte originalité lui donne un certain intérêt et justifie plusieurs appréciations élogieuses dont elle a été l'objet.

« Dans cet opuscule, — écrit le D'' Fabre, — le jeune Ch. Nodier fait preuve d'une grande maturité d'esprit et d'une très précoce largeur de vues » [XXXVII, p. 4].

Et M. Bouvier, l'éminent professeur du Muséum, reconnaît aussi que cet ouvrage « n'est vraiment pas mai pour un jeune liomme presque un enfant ; la classification des matières ne manque pas d'ingéniosité et indique une maturité d'esprit peu commune » [XIX, 225-226).

Cependant, ce travail prête à de nombreuses critiques : le plan est artificiel et manque de clarté : le cadre si vaste n'a pas été rem[)li com[)lètement ; on peut y relever de nombreuses omissions, des erreurs regrettables : telle est la conclusion d'une analyse, plutôt sévère, que le Magasin encyclopédique donnait de ce travail, en 1801, peu de temps après sa publication.

Le G. Charles Nodier, dans une courte préface, traite de l'utilité de la bibliographie, pour faire connoître les ouvrages que celui qui cultive une science quelconque, peut au besoin consulter. Mais il porte trop loin l'office du bibliographe, quand il dit que le bibliographe élague les erreurs, concilie les opinions, et tient le fil d'Ariadne. C'est l'auteur d'élémens, celui qui réduit la science en théorie, qui est chargé de cette fonction. Le bibliographe se borne à l'histoire littéraire et bibliographique de la science, à celle des auteurs et de leurs ouvrages, sans se mêler de les corriger.

Haller, dit-il, a rendu le même service à la botanique. Mulier et les auteurs de V Encyclopédie méthodique ont essayé, avant lui, une bibliographie entomologique, mais ils n'ont produit que des nomenclatures incomplètes. Le G. Nodier ne cite ni le cliapiti-e intitidé Bibliothèque dans la Philosophie entomo-

logique de Fabricius, ni la partie <ies insectes dans la Bibliothèque d'histoire naturelle de Boehmer, et dans le (Catalogue de la bibliothèque de M. de Cobres et dans celui de M. Bangks ; probablement, il a jugé ces nomenclatures encore plus incomplètes; voyons donc si la sienne les surpasse.

Sa division nous paraît embrouillée; et le premier principe en bibliographie est d'adopter une distribution méthodique et claire. Il commence par les Historiens et tous les ouvrages mis dans cette section sont élémentaires ; parmi eux, il ('i!e les Fuudametita entomologiae comme de Hladt; ils sont de Linnaeus ; et il n'indique pas qu'on les trouve dans ses Amaenitates academicae, ce qui est fort important, car la dissertation originale est presque impossible à rencontrer. Il ne cite pas la Philosophie entomologique, publiée l'année dernière, à Agen, par le C. Saint-Amans, ni les genres des insectes du savant Latiœille, nilaméthode deCuviER, ni celle de Lamarck, ni celle deDuMÉRiL; il ne parle pas non plus de l'excellent ouvrage de Jablonskv, ni de la partie entomologique de l'excellente Introduclion à Vhistoire naturelle de Forster, traduite en français par Léveillé. A l'article de Fabricius, il ne cite pas ses gênera ; il place ailleurs ga Philosophie entomologique ; il oublie la dernière édition de son Systema, en 4 volumes ; il ne parle que de celle de 1775 en un volume. Il auroit dû ensuite ranger les auteurs qui ont traité des espèces, selon les classes de l'entomologie, parmi les auteurs nationaux ; c'est-à-dire, selon lui. ceux qui ont décrit les insectes d'un pays donné et qu'il auroit dû appeler Faunistes. Il ne cite pas la Fauna etrusca de Rossi, la Fauna petropolilana de Cederhielm, la Fauna groenlandica de Fabricius et d'autres ouvrages semblables, presque entièrement consacrés aux insectes, comme la Fauna carnioUca de Scopoli, qu'il a indiquée. L'article des monographies pourroit être quadruplé.

L'auteur auroit dû, ou ne présenter que le titre de chaque ouvrage ou en donner une notice courte, mais suffisante, pour en indiquer le contenu ; mais ses notices sont inexactes, incomplètes et toujours insuffisantes. L'ouvi'age devroit être terminé par une table des auteurs, qui remédieruit au vice de la distribution, et il n'y en a pas. La DiMiothèque entomologique est donc un ouvrage qui manque encore et qui reste à faire (Extrait du Magasin encyclopédique, 6« ann., t. 0, 1801, p. 559).

Ces critiques chagrinèrent fort Nodier; elles explicjuent sa détermination de détruire l'édition de son ouvrage.

Dans le Catalogue de la Bibliolhèqae^ publié en 18'27, on lit en effet (p. Kî. n" 105), à la suite du titre, Bibliographie entomologique : « Essai fort impartait, mais fort rare, d'un écolier de quatorze ans. J'étais propriétaire de l'édition et je Tai détruite avec tant de soin qu'il n'en reste certainement pas quatre exemplaires. — C. N. ».

Double erreur, sur l'âge et sur la rareté : Nodier se rajeunit de six ans et le nombre des exemplaires échappé à la destruction est plus considérable : Lacordaire en connaissait U exemplaires et Hayen dit qu'il avait rencontré cet ouvrage dans presque toutes les bibliothèques {^) ; nous l'avons cependant demandé en vain à plusieurs bibliothèques publitjues de France : l'exemplaire que j'ai consulté m'a été obligeamment conununiqué par M. li? D"" Fabre (de Commentry).

La Bibliotlièque entomologique doit être jugée moins sévèrement qu'elle ne l'a été par les rédacteurs du Magadn enc]jdopédique ; c'est une œuvre intéressante, au moins, par l'originalité du plan ; et il convient de tenir compte du jeune âge de l'auteur et du peu de ressources bibliographiques dont il a pu disposer à ce moment, même à la Bibliothèque nationale où nous l'avons vu tiavaiUer. C'était l'opinion de Lamai'ckqui, d'après Nodier, avait qualifié son travail « d'ouvrage bien fait et vraiment classique (2; » ; et c'est aussi le sentiment de naturalistes plus récents qui le considèrent comme un essai curieux et méritant qu'on le réédite avec les autres œuvi-es scientifiques du même auteur.

(1) Bibliotheca enlomologica, Leipzig, '186'2-63, t. II, p. 15.

(2) Yoy. lettie de Nodier à Weiss [X, p. 8-9] et Chap. IV, § 2.

;^ 3. Nodier dessinateur d'histoire naturelle.

Dan.-? la lettre écrite de Quintigiiy, probablement en 1812, et que nous avons reproduite dans le Gbap. VI, p. 76, on peut voir des figures d'insectes qui prouvent que Nodier était doué d'un certain talent de dessinateur, ou qu'il savait, du moins, représenter exactement les particularités d'organisation des insectes qu'il observait.

Nodier affirme, du reste, en d'autres endroits de sa correspondance, qu'il est parfaitement capable d'exécuter les figures dont il doit ornerson Muséum entomologicum, figures qu'il avait demandées à Prudent et à Luczot, mais qu'il est décidé à faire lui-même, si on les lui fait attendre : « je me sens en état de les faire assez proprement », dit-il (voy. lettres des 25 avril et 15 mai 1812, Gbap. X, § 2, p. 135, 130).

Cette aptitude de Nodier est, en etfet, confirmée par l'examen des dessins rappelés plus haut et que nous reproduisons ci-dessous :

Ces dessin.s, bien qu'exécutés au courant de la plume, sout cependant remarquables par la vérité du port et la précision des caractères importants : ils permettent une détermination certaine ou très approchée.

Pour la figure a, il n'y a pas de doute ; le pi)rt, les caracières sont ceux de ïOberea oculata.

La figure h. quoique d'une exécution aussi correcte, ne se prête pas à une ideiititication aussi certaine : à première vue,

et en s'uidanl de la descriplioii, ou peut la rapporter au Prionus coriarius, qui répond assez bien au dessin par la taille (la figure est réduKe d'un tiers), le corselet muni de trois épines latérales, etc. ; mais l'habitat indiqué, le Saule, ne concorde plus, les Priones se trouvant sur les Chênes; le ColéopLère habitant les Saides, qui s'en rapproche le plus, est le Lamia textor^ qui est un peu moins grand, noir, mais dont le corselet n'a qu'une épine latérale. Il est probable que Nodier avait cette espèce en vue et qu'il ne s'est pas donné la peine de la figurer avec la précision désirable, Weiss ne pouvant faire confusion avec une autre eii chercliant sur les Saules de Bregille.

Quant à la o">« figure, elle n'est qu'une indication de la manière de piquer les insectes, et il est inutile d'en essayer la détermination ; mais on peut constater que les divers organes sont dessinés avec la précision qu'un naturaliste seul peut leur donner.

^ 4. Observations entomologiques en Ecosse : le " Carabus Hookeri. »

Eli 18-20, Nodier fit dans les montagnes de l'Ecosse, parti culièreinenl dans ia région des lacs, une excursion dont i a donné le c ipLivant récit d.ins l'ouvrage : Promenade de Dieppe aux. m'inlugnes d'Ecosse, paru l'année suivants. Nodier s'était [U'oposé d'y étudier les productions naturelles qui, pensait-il, devaient être spéciales à cette région : « un des motifs qui m'avaient déterminé à circonscrire ma solitude, c'était le désir de reconnaître avec un peu de soin les productions naturelles des montagnes de l'Ecosse, préoccupé que j'étais de la persuasion qu'elles devaient être plus caractérisées et, s'il est permis de s'exprimer ainsi, plus spécialement locales qu'elles ne le sont en effet. » (p. 208). Mais Nodier fut un peu déçu, du moins au point de vue eiitomologique : « mes observations entomologiques, dit-il (p. -i2'2), ont été infiniment moins fructueuses que je ne me

l'étais promis » ; malgré (( l'attention la plus scrupuleuse et l'habitude la plus exercée ». Nodier ne put observer dans cette région, que « deux ou trois espèces de teignes et de pyrales assez vulgaires et une dizaine de coléoptères frileux » ; ces derniers étaient presque tous de la famille des cnrabique» « (}uc je soupçonne devoir être fort riche dans ce pays rai-ement exploré, puisqu'il m'a offert, entres autres espèces très rares, quatre espèces entièrement nouvelles » ; Nodier en dédie une au D'' Hooker, le botaniste qui lui avait donné dutiles indications pour son voyage (Voy. plus haut, chap. VII, !5 % p. 90).

Le Carabus Hookeri est ainsi caractérisé par Nodier : « Afp,nis cerl'e C. atironitenti, sed duplo minor. Apleruts, elytris siilcatis, viridibus, lineis elevatis externis apice tricrenatis. N. »,

La création de Nodier ne paraît pas avoir été conservée par les entomologistes ; Dejean, en relations en ce moment avec Nodier, ne la cite pas dans son Species paru quelques années plus tard (1826), soit au voisinage du C. auronitens (t. II, 118, 119), soit dans le Supplément (t. Vj.

— Hl

Page 1