CHAPITRE II
Rogier, professeur libre. — Ses lectures. — Ses premiers
essais poétiques
Des leçons particulières et des répétitions à des fils de famille presque de son âge, — voilà l'occupation ' de Charles Rogier pendant les années 1817 à 1821.
Les rares loisirs que lui laissait cette tâche aussi rude qu'ingrate, il les consacrait soit à compléter, par ses lectures, les connaissances acquises au collège, soit à faire des vers, soit à ébaucher des études de droit auxquelles il ne put se mettre sérieusement — pecumœ causa — qu'en 1823.
§ I. — SES LECTURES
Rogier a beaucoup lu : il a surtout bien lu.
Nous croyons que le lecteur prendra intérêt à consulter avec nous les cahiers où il consignait les extraits de ses lectures et les réflexions qu'elles lui inspiraient.
Comme épigraphe à cette partie de notre travail, nous pourrions écrire ces lignes que lui-même avait mises à la première page d'un de ces cahiers de citations — et qui sont empruntées à Pline le Jeune ( Epist. V) :
« Plinius major libres legens, adnotabat excerpebat que. Nihil enim legit quod non excerperet. Dicere etiam solebat nullum esse librttm tain nullum, ut non aligna parte possel prodesse. »
SES LECTURES
Il n'y a en effet ouvrage si médiocre dont on ne puisse tirer profit : on s'en apercevra surtout par la reproduction de quelques-uns des extraits faits par Rogier de 1818 à 1821. Nous choisirons de préférence ceux qui peuvent lui avoir suggéré des résolutions dans le présent, ceux qui lui ont inspiré des réflexions dont l'avenir conservera des traces.
Passons rapidement sur les Excerpta ex latinis poetis et scriptoribus (1).
Plus d'un vers d'Horace a dù frapper vivement le jeune homme qui a déjà connu le malheur et qui doit lutter pour l'existence, le professeur à qui l'expérience fait encore défaut.
Il n'oubliera pas que c'est seulement au prix d'un rude labeur, que la vie peut devenir clémente aux hommes, et qu'il est indispensable de se raidir et de porter haut le cœur dans l'adversité :
Nil sine magno
Vita labore dédit mortalibus
Fortia que advcvsis opponiU pcciora rébus! (Sat : I, 9);
que le meilleur des repas est celui qu'assaisonne le travail :
Tu pulmentaria quare
Sudando (Sat : II, 1);
que chacun a ses travers et ses vices, et que le meilleur de nous est celui qui en a le moins :
Nam viiiis nemo sine nascitur ; optimus Me est
Qui minitnis urgetur (Sat : I, 3);
que le maître d'école doit être aimable pour l'enfant
(1) Les excerf ta d'auteurs grecs se réduisent à fort peu de chose : au collège de Liège, comme dans tous les établissements d'enseignement moyen aux Pays-Bas, pendant les premières années de ce siècle, l'étude du grec parait avoir été négligée.
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à qui il donne les premiers éléments de la science :
Quand plus tard il aura un rôle à jouer dans un débat politique, il se rappellera à propos que souvent une saillie piquante est plus puissante que toute la force d'un raisonnement et tranche les plus grandes difficultés :
et si dans un jour de lassitude morale, écœuré de l'injustice et des perfidies de ceux auxquels il a fait du bien, l'homme d'État est tenté de renoncer à une carrière toute de dévouement, il se relèvera vite en
Invidiam placarc paras, virtutc relicta?
ConUtnnere miser ! Vitanda est improba siren Dcsidia : aut quidquid vita meliore parasti Ponendum œquo animo
En fait d'auteurs latins, c'est Horace qui paraît avoir été le livre de chevet de Rogier à la sortie du collège.
Après Horace, c'est Sénèque et Cicéron qu'il lit le plus volontiers (i). Et dans l'œuvre de Cicéron, il s'attache de préférence au De Amicitia, où il
(i) Pas de citations « amoureuses ». Je ne vois guère, à propos de femmes, que la reproduction de cet impertinent conseil de défiance que des déceptions ou des trahisons avaient inspiré à Quintus Cicéron, frère de l'orateur :
Crtdo rattm véntii, auitnum itt crede putllh :
Ridentcm dicere verum
Quid vetat? ut punis olitn dont crustula blandi Doctores, elemaita velint ut discere prima.
(Sat: I).
Ridiculum acri
Fortius ac me lins magnas pUrumque secat res.
(Sat : 1),
songeant à ce passage :
SES LECTURES
cueille, entre autres pensées, celle-ci qui inspirera ses relations (dont nous parlons plus loin) avec son ami Jacques Desoer : « Sic habendum est, nullam in amicitiis pestem esse majorent quant adulationem ».
Dans les extraits qu'il a faits d'auteurs français, on voit que Rogier se- préoccupe presque autant de la forme que du fond. Il fait cas d'une phrase finement ciselée autant que d'une pensée profonde ou d'une observation pleine de justesse. Il note même des mots qu'il n'a pas encore rencontrés dans ses études, ou des expressions qui lui paraissent suspectes : toujours le professeur, l'homme pratique.
Donnons quelques spécimens de ses extraits, en suivant l'ordre des années où il a lu les divers auteurs :
i° Voltaire (Romans) — de 1819 à 1821.
Zadig : L'amour-propre est un ballon gonflé de vents, dont il sort des tempêtes quand on lui fait une piqûre. — Toujours du plaisir n'est pas du plaisir. = Les hommes, insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue. = La première accusation est repoussée, la seconde effleure, la troisième blesse, la quatrième tue. = Le moment où l'on se retrouve et celui où l'on se sépare sont les deux plus grandes époques de la vie. = Il n'y a point de hasard : tout est épreuve ou punition, ou récompense, ou prévoyance.
Candide : En France il y a des villes où la moitié des habitants est folle, quelques-unes où l'on est trop rusé, d'autres où l'on est communément assez doux et assez bête, d'autres où l'on fait le bel esprit : et dans toutes la principale occupation est l'amour, la seconde de médire et la troisième de dire des sottises. = Je sais qu'il faut cultiver notre jardin. = Travaillons sans raisonner, c'est le seul moyen de rendre la vie supportable.
U Ingénu : Eh! mon Dieu, comment se peut-il que les Huions ne soient pas catholiques ! — Voilà comme sont ces maudits Anglais : ils font plus de cas d'une pièce de Shakespeare, d'un plum pudding et d'une bouteille de rhum que du Pcntateuque. = Confessez-vous les uns aux autres. = Vous êtes donc bien de malhonnêtes gens, puisqu'il faut entre vous tant de précautions. Molière l'enchanta : Tartufe préféré ; il trouva les tragédies grecques bonnes pour des Grecs. Il lut
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Rodogune avec des yeux secs. Il lut Cinna, ne pleura pas, mais admira. = Quels lieux communs, pour prouver... qu'il ne faut pas sortir de sa maison quand on ne peut plus y demeurer. = La mode jusque dans la médecine.
Les livres les plus divers se succèdent sur la table de travail de Rogier.
Après les romans philosophiques de Voltaire, les
Considérations historiques de De Pradl sur la Belgique.
Voici ce qu'il y souligne :
Le Belge n'est ni un français, ni un allemand, ni un hollandais. Un Hollandais est un belge perfectionné. = Voulez-vous un peuple bon, franc, hospitalier, laborieux, économe, ami de l'ordre et de la régularité, vous le trouverez dans le Belge : c'est un peuple naturellement moral. ~ La Belgique est un coin de terre dont le travail et l'industrie réunis ont fait un des séjours les mieux appropriés au bonheur de l'homme, qui existe sur la terre : il est inruinabk. — Les révolutions ne se font pas : elles arrivent; c'est un enfantement à terme fixe. = Joseph II commit un anachronisme moral : il fit passer l'action avant l'éducation ; il se montra accompli dans l'art de mal faire le bien. = Quand l'épée est tirée, il faut savoir agir virilement, ou mettre r solution bas. = L'expérience n'est pas fille du temps, mais des faits. = Les alliés étaient en retard d'une idée, d'une année, d'une armée (Rivarol).
C'est en vue de ses études politiques et philosophiques qu'il lisait De Pradt; c'est pour se délasser qu'il feuillette les Lettres écrites par Madame de Graffigny sur son séjour près de Voltaire en 1738 et les quatre volumes que lady Morgan publia sur la France de 1S16 à 181Q. Ni l'une ni l'autre de ces deux femmes ne fait penser. Lady Morgan n'a pas plus compris la nation française que Madame de Graffigny n'avait compris le patriarche de Ferney, mais leur babil et leur caquetage sont assez amusants. Quelques-unes des aventures, des anecdotes, vraies ou fausses, qu'elles racontent, certains mots qu'elles reproduisent, certains portraits qu'elles dessinent ne manquent pas de piquant. Leurs écrits ont fourni des éléments à Rogier qui aimait les anecdotes et qui contait agréablement.
SES LECTURES
Parmi les livres qu'il a lus — la chose est visible — pour se distraire, non moins que pour s'instruire, pour former en même temps une collection de mots et d'histoires, qui sera utilisée bientôt par le rédacteur de Mathieu Laensbergh, on peut encore noter Y Ermite de la Chaussée d'An tin de Jouy, la Correspondance de Ninon de Lettclos, et même les lettres de Dupaty sur Yltalie.
Citons-en quelques extraits des plus topiques :
De Jotty : Varron, le plus savant des Romains, comptait plus de trois cents espèces de bonheur ; il est possible que le progrés des lumières en ait doublé le nombre. = Chacun a son califourchon, son hobby-horse, comme disent les Anglais, sur lequel il est monté, toul en se moquant de celui des autres. = Si jamais je fais un traité d'éducation, je poserai ce principe que les garçons doivent recevoir une éducation publique et les filles, une éducation privée. = En France on est tout prés d'avoir raison quand on a mis les rieurs de son côté. = 11 est beaucoup de gens dont on pourrait avec un peu de soin faire des imbéciles : très peu sont d'étoffe à faire des fous.
De Ninon : La frénésie â bien son mérite et quand on sait dire comme on aime, on ne sait pas aimer. = On disait à Lauzun qu'une femme mettait du blanc. « Tant mieux, dit-il, car si elle mettait du noir, ce serait épouvantable ». = La grâce ne vieillit pas : une femme qui nous plait à 40 ans est sûre de son empire. = Dieu ! que je hais le temps! il coule toujours trop vite ou trop lentement.
De Dupaty : Il n'y a point de mendiant à Gènes qui ne soit sûr de boire et de manger tous les jours ; l'artisan n'en est point sur. = Les Goths croyaient que le grand était le beau et que l'énorme était le grand. = Il est difficile qu'une femme très sensible soit parfaitement belle.
Les œuvres de Jean -Jacques Rousseau ont attiré l'attention toute particulière de Rogier, surtout Y Emile qu'il a étudié la plume à la main pendant plusieurs mois (il indique dans ses cahiers l'époque où il a commencé et celle où il a fini son travail).
Arrêtons-nous ici un peu plus longtemps que nous ne l'avons fait pour ses autres études. N'oublions pas que Rogier, journaliste ou avocat, homme politique ou précepteur, ne s'est jamais désintéressé de l'étude des
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questions d'enseignement. En même temps qu'il rédigeait le Mathieu Laensbergh, il collaborait (nous le verrons) à un journal pédagogique.
L'homme d'État se préoccupera surtout de l'éducation et de l'instruction de la jeunesse belge. Une des meilleures lois qui soient dues à son intelligente et féconde initiative est la loi sur l'enseignement moyen en i85o. Il peut donc être très utile de rechercher ce qui, dans Y Emile, l'avait dès 1820 le plus vivement impressionné. Les sages conseils et les observations justes, les critiques injustes ou les paradoxes absolument insoutenables, il note tout. Il admire les uns, qu'un jour, précepteur ou ministre, il lui sera permis de mettre en pratique : il désapprouve et se propose de combattre les autres.
Cueillons quelques - unes ( elles sont extrêmement nombreuses) des phrases de Y Emile où s'est arrêtée la pensée de Rogier, quand il débutait dans l'enseignement :
Le gouverneur d'un enfant doit être jeune. Les enfants flattent quelquefois les vieillards, ils ne les aiment jamais. = Un même homme ne peut faire qu'une éducation. — Faites que de toute part l'enfant n'aperçoive autour de lui que le inonde physique. = La plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute l'éducation n'est pas de gagner du temps : c'est d'en perdre. = Le blason, la géographie, la chronologie, les langues, toutes études si loin de l'homme et surtout de l'enfant, que c'est une merveille si tout cela peut lui être utile une fois en sa vie. = Emile n'apprendra rien par cœur, pas même des fables. = Il n'y a pas un seul enfant qui entende les fables de La Fontaine; quand ils les entendraient, ce serait encore pis. La première fable (Le Corbeau et le Renard) est pour l'enfant une leçon de la plus basse flatterie ; celle de la seconde une leçon d'inhumanité, de la troisième une leçon d'injustice, de la quatrième une leçon de satire, de la cinquième une leçon d'indépendance. = La lecture est le fléau de l'enfance : à peine à 12 ans Emile saura-t-il ce que c'est qu'un livre. = L'habitude la plus salutaire est certainement de se lever et de se coucher avec le soleil. = Le moyen le plus convenable pour gouverner les enfants est de les mener par leur bouche. = Ne substituons jamais le signe à la chose, que quand il nous est impossible de la montrer. = Vous
SES LECTURES
voulez que l'enfant soit docile étant petit ; c'est vouloir qu'il soit crédule et dupe étant grand.
Il y a beaucoup moins de danger à satisfaire la curiosité de l'enfant qu'à l'exciter. = Un enfant qui n'est pas mal né et qui a conservé jusqu'à 20 ans son innocence est à cet âge le plus généreux, le meilleur, le plus aimant et le plus aimable des hommes. = Les pires historiens pour un jeune homme sont ceux qui jugent. Les faits! les faits! = Il y a toujours à parier que le plus savant de sa classe deviendra le plus joueur et le plus débauché. = Il faut toujours se faire entendre, mais il ne faut pas toujours tout dire. = Les femmes n'ont point de collège : grand malheur ! Eh ! plût à Dieu qu'il n'y en eût pas pour les garçons ! = J'ai grand'peur que toutes ces petites saintes qu'on force de passer leur enfance à prier Dieu, ne passent leur jeunesse à toute autre chose. = J'aime encore cent fois mieux une fille simple et grossièrement élevée qu'une fille savante et bel esprit qui viendrait établir dans ma maison un tribunal de littérature dont elle se ferait la présidente (1). = L'abus du livre tue la science.
Il ne faudrait pas croire que les conseils pédagogiques de V Emile avaient seuls attiré l'attention de Rogier. Il y a également noté avec le plus grand soin des pensées philosophiques, des observations de Tordre politique ou de Tordre moral comme celles-ci :
La liberté n'est dans aucune forme de gouvernement : elle est dans le cœur de l'homme libre, il la porte partout avec lui. = Ce sont les grandes villes qui épuisent un Etat et font sa faiblesse. — Il ne dépend pas de nous d'avoir ou de ne pas avoir de passions : mais il dépend de nous de régner sur elles. «= Consulter le goût des femmes dans les choses physiques et qui tiennent au jugement des sens, celui des hommes dans les choses morales et qui dépendent plus de l'entendement. = Quand je n'aurais d'autre preuve de l'immortalité de l'âme que le triomphe du méchant et l'oppression du juste en ce monde, cela seul m'empêcherait d'en douter. = Il ne dépend pas de l'homme le plus ferme d'empêcher qu'on ne l'insulte, mais il dépend de lui d'empêcher qu'on ne se vante longtemps de l'avoir insulté. = Il y a moins d'obligés ingrats que de bienfaiteurs intéressés. = C'est le peuple qui compose
(1) Cf. le mot de Martial ;
Quarit cur nolim te Juetre, G alla ? — Diurta ci.
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le genre humain; ce qui n'est pas peuple est si peu de chose que ce n'est pas la peine de le compter. = Jusqu'à certaine heure la persévérance supplée au talent. = Presque toutes nos erreurs viennent de nos jugements. = L'homme qui a le plus vécu, n'est pas celui qui a compté le plus d'années, mais celui qui a le plus senti la vie.
En lisant les autres écrits de Jean-Jacques, Rogier s'est également arrêté de préférence aux réflexions morales, philosophiques, historiques. Il ne paraît prêter qu'une médiocre attention aux théories de la Nouvelle Héloïse sur la passion, ou aux tirades amoureuses que Jean-Jacques met dans la bouche des héros de son roman. Il ne se préoccupe guère des détails intimes, — trop intimes hélas ! — que les Confessions prodiguent sur la vie de l'auteur. Seules les anecdotes le retiennent quelquefois, à la condition qu'elles touchent à l'histoire.
Le goût qu'avait Rogier pour l'histoire est attesté par des extraits considérables, faits dans Lacretelle, dans Ségur, dans Rollin surtout : il y a là un côté utilitaire, un côté pratique qui est bien caractéristique.
Nous retrouvons ce goût du sérieux et de l'utile dans les cxcerpta qu'il fait des ouvrages de Montesquieu : Causes de la grandeur et de la décadence des Romains et Esprit des lois. Est-ce un instinct secret? il s'attache à comprendre les causes des révolutions, à étudier les principes qui doivent présider à la création des États et à leur sage administration. VEssai sur les mœurs et l'esprit des nations et les Considérations de Mœc de Staël sur la Révolution française l'attirent par des raisons semblables. Pour ce dernier ouvrage ses préférences s'expliquaient d'ailleurs bien naturellement : il voulait savoir comment s'était faite cette Révolution qu'avait servie son père.
SES LECTURES
Son esprit fin et si discrètement narquois, sa prédilection pour les aimables gauloiseries (il avait du sang gaulois et du sang wallon dans les veines), le désir d'exercer son langage et d'affiner son style se remarquent dans le choix des extraits de la Correspondance et du Dictionnaire encyclopédique de Voltaire, des Dialogues de Diderot (qu'il fait suivre de citations de Vauvenargues, et de La Bruyère), des écrits de Rivarol, de Beaumarchais, du Tableau de la Littérature française de Chénicr, etc.
Les ouvrages de pure imagination ont moins de succès près de lui : nous ne trouvons guère que la Delphine de Madame de Staël, dont il ait cru devoir prendre quelques passages.
Ce qu'il importe aussi de faire remarquer, c'est qu'il émaille ses cahiers de réflexions personnelles sur ses lectures. Ainsi il trouve outré — et il a bien raison — le portrait que fait Madame de Staël, de Wellington et de l'empereur Alexandre de Russie. Il loue beaucoup par contre le chapitre VII du tome III de ses Considérations, où elle étudie la politique extérieure des Anglais.
Souvent il marque d'un astérisque les passages qui sont le plus conformes à ses idées ou ceux qui s'en écartent le plus : nous avons de préférence reproduit les premiers.
Ajoutons enfin que, chaque fois qu'au cours de la lecture d'auteurs modernes, il rencontre des mots qui ne lui sont pas familiers, il s'empresse de les noter — avec explications à l'appui. Il fait de même lorsqu'il se trouve en présence de quelque difficulté orthographique ou devant une locution contestable.
Bref, l'ensemble de ces Excerpta atteste une application constante au travail, un goût déjà sûr et un jugement très délicat.
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La poésie eut toujours des charmes pour Rogier.
Elle le consolait aux rudes heures de sa jeunesse ; elle Fa distrait parfois de ses graves occupations politiques ; elle fut le délassement et le charme de ses dernières années.
Son frère Firmin et lui s'amusaient, pour célébrer Tune ou l'autre fête de famille, à se proposer et à remplir alternativement des bouts rimés. Nous donnons en note un spécimen de ces jeux poétiques parce qu'il s'y rattache un souvenir ému, celui des malheurs de la famille, qui commençaient enfin à se dissiper (i).
Nous avons le véritable début poétique de Rogier : c'est une épitre très affectueuse à Firmin, qui porte la date du i3 mai 1818 :
(x) A maman, la veille de sa fcte, 14 juillet 1817.