Charles van Lerberghe
Charles Van Lerberghe collabora, à ses débuts, à la Jeune Belgique, au Parnassse de la Jeune Belgique, à la Pléiade, à la Wallonie,
Dans ses portraits d'auteurs iSL Victor Kinon Tapprécic en ces termes :
<( Charles Van Lerberghe appartient à la seconde génération de la Jeune Belgique. Avec Maeterlinck, El&kamp, Le Roy, il apporta dans notre renaissance littéraire une note d'idéalisme et de mysticité, contrastant singulièrement avec le coloris brutal et la sensualité rubénienne des «Jeunes-Belgique» de la première génération.
Très lié avec Maeterlinck, dont le rapprochaient une imagination un peu vaporeuse et une sensibilité inquiète du mystère, Van Lerberghe eut peut-être, Avant lui, Fidée de
faire de la Mort, invisible et présente pourtant, le principe d'un tragique nouveau.
En même temps. Van Lerberghe essayait de formuler en petits vers flous et fluides, le rêve imprécis de son âme, Fémoi mystérieux de sa vie intérieure. Ces poèmes furent réunis dans les Entrevisions. Rien n'est plus raffiné que ces strophes menues, hésitantes et frêles, où d'idéales images, chargées d'émotion subtile et pénétrante, s'évoquent un instant dans le brouillard voulu, cherchent à suggérer ce qui ne se peut dire, ce qui se rêve à peine et constitue pourtant la vie profonde de l'âme.
Les Entrevisions font l'effet de ces heures laiteuses du crépuscule du matin, où l'on sent trembler dans la rosée, des branches que l'on distingue à peine, où des serpolets invisibles embaument l'air, où des voix d'oiseaux, à moitié endormis encore, risquent des notes pures et voilées...
Mais peu à peu le brouillard se dore et devient translucide ; des coins d'azur nacré sourient entre les branches ; des genêts s'allument, des coquelicots éclatentf; des palombes roucoulent dans les bois, la caille claqua dans les blés ; l'alouette, comme une
fusée de sons, jaillitîdans la lumière, et c'est Taurore, et c'est la Chanson d*Eve. Ici tout est fraîcheur, grâce, coloris de pastel, musique surtout! Ce livre est un ravissant rosaire de cantilènes aériennes, que Ton dirait écrites pour les anges. Jamais peut-être la langue française ne se fit plus souple, câline et cristalline, ne fiança, selon une incantation plus pure et plus gracieuse, les sons de harpe aux battements de,;cœur et le parfum des roses au murmure des fontaines.
La Chanson d'Eve, est le plus beau poème qui ait été écrit en vers libres, je dirais plutôt en vers quasi libres ; car, bien qu'ils ne soient pas construits d'après le principe syllabique de la prosodie traditionnelle, leur rythme musical les y amène presque toujours » .
La poésie de Charles Van Lerberghe, disait M. Francis de Miomandre, était la véritable poésie essentielle. Elle ne devait rien h la rhétorique, mais tout à l'ingénuité de l'imagination. Elle était suave et pure, puisée aux sources mêmes où s'alimente le lied. Nulle perversité en elle, nul faisandage, mais une naïveté délicieuse servie par une habileté si consommée qu'elle en était devenue inconsciente : le dernier mot de l'art.
* En prose Charles Van Lerberghe apportait cette même musique que dans ses vers, ce même charme, cette même perfection.
Ajoutons qu'il fut un des très rares éciivains à pratiquer encore le style épistolaire. Les lettres qu'il écrivit à des amis formeraient un recueil des plus intéressants.