PARIS
IHPBIMERIE DE JULES OLAVE
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Il y eut un homme qui fut l'élève et l'acteur préféré de # Molière, son camarade pendant quatorze ans, l'orateur, par son choix, et le chef en second de sa Troupe, le premier éditeur autorisé de son Théâtre complet, inséparable ainsi de sa mémoire, et qui mérita tous ces bonheurs par son talent, par son caractère, par l'attachement le plus dévoué : cet homme fut Charles Varlet de La Grange.
En relevant, de 1659 à 1685, le programme de tous les spectacles donnés dans les trois salles du Petit- Bourbon, du Palais-Royal et de Guénégaud, avec le chiffre de la recette et celui du partage; en ajoutant çà et là une courte mention des principaux incidents qui intéressaient la Compagnie, La Grange, sans y prendre garde, s'est trouvé faire une histoire inappréciable des origines du Théâtre-Français, ce Registre ou ce Livre de La Grange que la Comédie-Française présente au public, et dont la première partie n'est rien moins que le journal de la Troupe de Molière.
Du reste, historien à son insu ou bien à son escient,
que La Grange tienne au courant son Extrait des receptes, ou qu'il écrive pour le Molière de 1682 la vie du 7 maître dont il a recueilli les œuvres, on le reconnaît toujours au même procédé exact et sérieux. 11 dit les choses telles qu'elles sont, nettement, sobrement ; attentif à ne parler que de celles qui ne sont pas confidentielles, discret sur lui-même et sur les autres : sur les autres par une délicate réserve, sur lui-même par l'effet d'une modestie naturelle qui le porte d'abord à s'oublier.
A force de s'oublier, le comédien célèbre, orateur de trois Compagnies, n'a laissé aucun souvenir à peu près certain de sa naissance et de sa première jeunesse.
Bordelon 1 a écrit et l'on a répété que La Grange était né à Amiens. M. Jàl, qui ne s'en tenait pas volontiers aux redites, s'en est pourtant tenu à celle-ci, faute de rencontrer mieux. 11 admet donc la version qui fait naîfre La Grange au chef-lieu de l'ancienne Picardie, encore ne l'ad met-il que par complaisance, et sa prudence semble justifiée, s'il est vrai que les archives du département de la Somme, récemment consultées, n'aient fourni aucun renseignement sur La Grange, ni sur sa famille*.
Ce qui est vrai, c'est que le père de La Grange s'appelait Hector Varlet' et non pas Beauvarlet, comme dit Bordelon ; sa mère, Marie de La Grange.
Hector Varlet et Marie de La Grange habitaient Paris