‹ Charles Vertel, Nathalie Oudot et Sainte-BeuveChapitre 11 sur 72 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

UNE AMIE d'enfance DE SAINTE-BEUVE

Comment, le 10 novembre 1825, le capitaine Vertel, chevalier des ordres royaux deSaint-Louisetdela Légion d'honneur, qui avait alors quarante-trois ans et se trouvait en garnison à Briançon, épousa-t-il à Paris Thérèse-Josèphe-Nathalie Oudot qui venait à peine d'atteindre sa majorité, comme étant née au Havre le 24 nivôse an XI (14 janvier 1803), c'est ce qu'il faut essayer d'expliquer.

Le général Oudot avait épousé une compatriote d'Ornans, sa cousine germaine

i6 LA FAMILLE OUDOT

Jeanne-Françoise Saulnier (1777-1832)^ De ce mariage étaient nés trois enfants : l'aînée Nathalie, la mère de Charles Vertel dont nous allons parler; le puîné, Jules Oudot (1804-1864), le futur professeur à la Faculté de droit de Paris, connu aujourd'hui encore par ses ouvrages justement réputés, intitulés : Philosophie du droit; Conscience et science du devoir et proclamé en son temps, par ses collègues et ses élevés, a lechef de l'école philosophique^ »; enfin la cadette Elisa (1813-1887), qui épousa Pierre Jovinet.

Dès la mort de son mari, Mme Oudot, sans autre ressource qu'une pension de veuve dégénérai, réduite en 1819 à la pen-

1. Jeanne-Françoise Saulnier avait deux sœurs : la puînée, Julie, épousa Ambroise Bastide ; la cadette, Sylvie, épousa Régis Courbet, le père de Gustave Courbet, le maître peintre d'Ornans qui était ainsi, par sa mère, le cousin de Charles Vertel.

2. La fille de Jules Oudot, Marie, épousa Ed. Vuatrin, professeur de droit administratif à la Faculté de droit de Paris.

sion de veuve de colonel, se voua à l'éducation des trois enfants dont elle avait la charge.

Nathalie qui, du vivant même de son père, avait été placée dans la « maison impériale Napoléon de Saint-Denis », y resta quelque temps encore. Elle était à la fois, paraît-il, très jolie et très sérieuse. Au cours de ses campagnes, son père lui adressait des lettres qui sont conservées et où il manifestait, avec les témoignages d'affection les plus touchants, Testime qu'il avait pour la précoce maturité de sa fille. De Paris, Mme Oudot écrivait, le 27 avril 1<S13, une lettre pleine de sages conseils, dans laquelle elle lui disait notamment :

Fais-toi aimer : tu en connais le chemin en pratiquant les principes que je t'ai donnés. Fais des petites amies. Recherche celles qui ont des peines, celles éloignées de leurs parents ou qui n'en ont pas. Sois-leur agréable : tu en éprouveras une satisfaction intérieure... Quand j'aurai des nouvelles de ton papa^ je t'en donnerai.

iS JULES OUDOT

Ta petite sœur* se porte bien ; je ferai mon possible pour que tu puisses la voir dimanche.

Jules Oudot fut placé au collège Gharlemagne où il remporta de brillants succès scolaires. Or, pendant que Jules Oudot était élève au collège Charlemagne, un jeune provincial, orphelin de père dès sa naissance, né en 1804 comme Jules Oudot, était mis à rinstitution Landry dont les élèves suivaient les cours au collège Charlemagne^. Ce jeune provincial était Charles- Augustin Sainte-Beuve, que sa mère avait amené de Boulogne-sur-Mer, où il était né, à Paris pour y parfaire ses études. Jules Oudot et Sainte-Beuve se lièrent d'amitié, ils furent reçus dans la famille l'un de l'autre Le fait était vraisemblable; il est établi.

Nous disons que le fait est d'abord vraisemblable. Oudot et Sainte-Beuve étaient.

!. Élisa, qui était née quelques semaines plus tôt. 2. D'Haussonviile, Sainte-Beuve^ sa vie et ses œuvres, p. i6.

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