CHARLES PENDANT LA COMMUNE
rusa. Comme ses cheveux et sa barbe grisonnaient déjà, malgré ses trente-deux ans, et que, d'autre part, ses longs travaux professionnels au bureau avaient voûté son dos, il s'appliqua en passant dans les rues de son quartier à se courber encore plus, afin de paraître presque un vieillard.
Voici comment dans une lettre au crayon, du 23 mars 1871, Charles raconte à sa mère le premier voyage qu'il fît de la rue Relier à la mairie du l*' arrondissement :
Ma chère maman, je t'envoie de la mairie du I*"" arrondissement où je suis bien en sûreté, entouré de tout le bataillon, réuni à d'autres du V arrondissement, je t'envoie, dis-je, l'expression de ma bien vive amitié pour toi, et de mes constantes pensées.
Je me suis rendu à l'endroit de la convocation, en vrai flâneur, par le chemin que nous avions résolu de prendre. J'ai traversé les Halles centrales qui exhalaient une odeur de verdure bien caractérisée. Je n'ai pas rencontré peut-être plus de dix gardes nationaux en armes : tu vois maman, que ce nombre est désoire. Aussi, n'ai-je pas été l'objet de la curio-
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site publique. Beaucoup de monde dans les rues : on va faire ses emplettes; beaucoup de dames et un temps doux et sec qui te ferait du bien si tu pouvais sortir en voiture. A propos de voitures, j'en ai vu sur les places, six sur la place de la Bastille et huit ou dix, autre part. Les omnibus, plus craintifs, ne sont pas sortis.
M. de Senueville vient de me parler afiectueusement. M. Pérard aussi. Les deux premières figures que j'ai aperçues en arrivant sont celles de MM. Lallier et Berthelot. Puis j'ai serré la main de M^L Duhamel, Luard, Berson, etc., etc. Le commandant Prétet est là; c'est, je crois, le lils d'un général. Notre capitaine Merlin, retour de Pau avec sa femme, est aussi présent. J'ai causé avec le gendre de M. Lazare, M. Dubois, lieutenant.
Je suis voisin des bureaux du Journal des Débats. Si, par hasard, j'étais encore là demain matin, j'irais en acheter un numéro. Point de fatigue jusqu'à présent. Si j'apprends une bonne nouvelle, je te la ferai savoir de suite. Pour me rendre où je suis, j'avais un quart d'heure de marche de moins que pour aller à mon bureau. Je t'assure que tout autour de moi, et je ne parle pas seulement de mon bataillon, on est bien dévoué à la cause de Tordre. N'ou-