ACTE II, SCÈNE II
Vous avez pu des yeux y suivre à tous momens Son espoir, ses désirs, ses vœux, ses sentimens... Eh bien , la jeune fille en son âme légère Eût-elle un seul penser qui ne fût pour sa mère? Dites-le.
LE CHAPELAIN
Pas "un seul.
BERENGERE.
Et depuis que ma main Fut engagée au Comte, et qu'après cet hymen. Vous vîntes près de nous comme en votre famille , Pour que le père encor pût veiller sur sa fille ; Soit que dans ce château le comte fût présent , Soit que vous priassiez pour mon époux absent , Que mon œil fût en pleurs ou ma bouche rieuse, Que mon âme fût triste ou qu'elle fût joyeuse , Dites si dans cette âme... et vous le savez, vous... Il fut un seul penser qui ne fût pour l'époux; Dites-le hautement.
LE CHAPELAIN
Pas un seul , je l'atteste.
BÉRENGÈRE
Et s'il n'eût été pris de ce désir funeste
De rompre nos liens , et qu'un constant amour
Au mien eût répondu jusqu'à mon dernier jour,
Croyez-vous que de Dieu l'exigence jalouse
Eût osé demander à la fille, à l'épouse,
Plus qu'elle n'avait fait, et que tranquillement
J'aurais pu lui répondre au jour du jugement ?
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