‹ Charles VII chez ses grands vassaux (volume 2)Chapitre 47 sur 82 · acte ni, SCENE ill · texte numérisé non relu

acte ni, SCENE ill

Un instant avec moi regardez dans les cieux

Ce soleil, si brillant qu'il fait baisser les yeux :

Eh bien ! il s'est levé voilé par un nuage :

A peine y pouvait-on distinguer son passage ;

Tout était triste et froid sur la terre; il semblait

Qu'avec peine aujourd'hui le monde s'éveillait,

Que tout était souffrant, décoloré, sans àme,

Et pour vivre attendait un rayon de sa flamme...

Voilà que tout renaît où tout mourait sans lui:

Eh bien! mon doux seigneur, je songeais aujourd'hui,

En le voyant vainqueur du nuage et de l'ombre ,

Que si, semblable au sien, votre matin fut sombre,

Il doit aussi venir un jour où, radieux ,

L'éclat de votre front fera baisser les yeux...

Car déjà, comme lui, sur la terre ravie,

Montrant Yaqoub.

Vous aussi paraissez, et rendez à la vie.

LE ROI

Ah! oui... Je reconnais l'esclave condamné.

AGXES.

Farlons-lui, voulez-vous?

LE ROI , faisant signe à Yaqoub,

En quels lieux es-tu né?

YAQOUB.

Loin d'ici.

LE ROI

Mais comment nomme-t-on ta patrie?

YAQOUB.

Le désert.

CHARLES Vil

1 1 d il.'

11 i "i ( )ni : c'est dans la S\ rie.

1 hartier souvent na'a parle d'un pa\s \ l'Orient, bien loin, ou le saint roi Louis l allé guerroj er. . . Tu le souviens , esclave , D'un roi qui v^ us vainquit , d'un roi pieux et brave...

\ \OOl B.

Mon aïeul à mon père a raconte qu'un jour,

I n du r na/. h < « h au por! «I Vbou-Mandour

II I : ma, conduisant des galères aux voiles

Plus nombreuses qu'aux cieux , la nuit , sont les ('toiles. Ils roulaient , disaient-ils, conquérir au Saint lieu

tombeau de Jésus, qu'ils nomment fils de Dieu;

i \ll.ili seul i -i grand! \ la voix du prophète, 1 ni son aide appela la tempête :

Le Simoun s'élança comme un lion sue eux, I ',[ les enveli >ppa de ses ail< s de feux... ! \ ut fut lui : le désert immense, infranchissable, Couvrit leurs ossemens de son linceul de sable... Le chef nazai éen j périt sans renom ,

i écho de Tunis ne m'a pas dn son nom.

il ROI.

l'.li bien, ignés, voilà ce qu'on appelle gloin \ ois quelle trace elle a laissée en sa mémoire!

pi] , connue .i fait mon aïeul ,

\ll( i .m }j chercher au déseï I "" linceul ;

^ conduire 3 ma mite, ainsi qu une hécatombe,

\«,Ti: III, SCENE III.

Trente mille soldais pour mourir sur ma tombe;

Et l'on eut dit ici que c'était grand et beau !...

Mais j'aime mieux, vois-tu? me coueber au tombeau,

Vers le soir d'un beau jour, les yeux sur mon étoile;

Avoir pour mon linceul le tissu qui te voile,

Et trouver quelqu'ami qui grave avec regrets

Sur ma pierre : « Ci git Cbarles, aimé d'Agnès. »

AGNÈS

Monseigneur ! . .

LE ROI, à Yaqoub.

Laisse-nous.

Yaqoub se retire.

N'est-ce pas que la vie , Si lente à nous venir et puis sitôt ravie , Ce sourire de Dieu, ce céleste bienfait, Appartient au bonbeur, Agnès, et n'est point fait Pour en jeter les jours, ainsi qu'une fumée, A ce vent de l'orgueil qu'on nomme renommée?.. Or, Agnès, ici bas qu'appelle-t-on bonbeur? Serait-ce , par hasard , ce chimérique honneur De s'éveiller enfant sur les marches d'un trône, De fatiguer son front du poids d'une couronne , De voir les courtisans empressés à nos vœux , De ne parler jamais sans dire : « Je le veux! m Non; n'est-ce pas, Agnès? le bonbeur, c'est la joie Où, mille fois le jour, ton doux regard me noie; C'est mon front fatigué s'inclinant sous le tien; C'est ton souille abaissé qui se confond au mien ; C'est ce frisson ardent qui se glisse au cœur même ; C'est le son de ta voix quand elle dit : « Je t. aime ! »

:ii RIIAR1 i S \ Il

Tant que voua i 1 1 voua penserai ainsi,

Mon dou - i ur.

1 i ROI.

( esfl moi qui mus à ta merci !.. .

Que ne puis-je avec toi, dans quelque coin «lu inonde . Ensevelir mes jours dans une paix profonde!. •< (..ii dans certains instana, j'ai peine à rassembler

Al. > espi us , el je mus ma raiaon ae troubler

i n i il qu'en frissonnant que je pense à mon père!... Que me veulent-ila donc avec leurs cria de eu erre ? : moi ne j»as laisser nu mi épée au fourreau?.. i déjà l»i« a as i du »ng d<- Montereaul

\ « . m sa .

iseigni ur, aur mon ^< in reposez votre tri»-.

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