ACTE V, SCENE H
Le soleil élargi se balance et s'endort. Tandis que l'on tirait le lait de leurs mamelles , Vous entendiez sonner les grelots des chamelles Au son de votre voix toujours obéissans ;
Vos fidèles chevaux accouraient hennissans
Auprès de vous assise, une femme étrangère,
Que ceux de l'Occident appelaient Bérengère ,
Entourait votre cou de ses bras amoureux ,
Et vous disait : « Yaqoub, vous trouvez-vous heureux? »
YAQOUB.
Oh! d'écouter cela me croyez-vous le maître?
Ce songe, dites-moi, vous l'avez fait peut-être?
YAQOÎJB.
Mille fois î mille fois!...
BÉRENGÈRE
Et lorsque quelque daim , Passant auprès de vous avec un bruit soudain , Venait rompre le charme , et que de votre sonp-e Tout , à l'enlour de vous, attestait le mensonge, Que vous vous retrouviez esclave, pauvre et nu... Si quelqu'un, tout-à-coup près de vous survenu , Vous eût, par le pouvoir d'un démon ou d'un ange, Fait la réalité de votre rêve étrange , Et n'exigeât de vous en retour, seulement Que votre obéissance un seul jour, un moment; Mais une obéissance aussi que rien n'émoilsse, Comme celle du fer à la main qui le pousse ,
l\- Ml Mil I S VU
\;i [»i:\ de oe moment , auriez-vous liésilc D'acheter du bonheur pour une éternité?
rAQOi a.
I ut- seule peisonne aurait eu la puissance D soumettre mon cœur à cette obéissance :
C i -i celle que je vois dans ce songe si doux ; El je n h p.i^ besoin de dire que c'est nous.
Il I I M.!
Kli bien, écoutez donc!.. Voulez-vous que oe rêve Par la réalité quelque matin s'achève?
Voulez-vous retrouver votre désert natal , La caravane assise à l'ombre <lu nopal ,
chevaux si légers à la course inconstante , Vos cent chameaux couchés autour de votre tente , Cette fi mme «lu Nord dont les bras amoureux? —
taqoi a
Vous m'allez demander quelque chose (1 alïreux, N i st-ce pas?.. Mais n'importe !
MM M,l I !
Yaqoub , si vos paroles Pie vous échappent pas comme des sons frivoles, Vous m'avez <ln ers mots : " S'il était par hasard ! n homme dont l'aspect blessât votre regard; Si ies jours sur vos jours avaient cette influence, < in.- son trépas pût seul finir votre souffrance ; h Mahomet lui-même eûtril reçu ce droit , Quand il [»;ism\ il faudrait me le montrer du doigt.*.. » \ mus avez dit cela.