DENOMBREMENT
En 1720.
des habitations de la seigneurie de notre
Dame des Anges, des fiefs dOrsainville,
Saint-Joseph or l'Epinav, Saint-Ignace,
Hubert et Saint-Gabriel.
Avant de donner cette Aveu et Dénombrement des habitations des fiefs.
Il ne sera pas inutile de connaître ce qu'en dit M. Joseph Bouchette, arpenteur général du Bas-Canada, dans sa description topogi'aphique du Bas-Canada, éditée à Londres en 1815.
"Notre-Dame des Anges (la seigneurie de), dans le comté de Québec, est située entre D'Orsanville et Beauport- ; elle est bornée en front par les Rivières St.
Charles et St. Laurent, et au fond par le township de Stoneham ; elle a une lieue de largeur sur quatre de profondeur ; elle fut accordée le 10 Mars, 1626, à l'Ordre des Jésuites, et comme leurs
autres propriétés, elle est retournée à la couronne. Dans cette seigneurie, la plus grande partie de la terre est d'une qualité supérieure, et également distinguée par sa fertilité : vers le front on trouve une bonne terre grasse mêlée d'argile et de sable ; au-delà et plus vers l'intérieur, il y a un beau terreau noir beaucoup plus sec et plus friable que la précédente, et dans le fond une bonne marne domine : la surface est inégale, et après avoir présenté un beau terrain plat près de la rivière, elle s'élève en chaînes de collines par degrés jusqu'à la limite du fond vers laquelle elle devient brisée, rude, et montagneuse. Environ les deux tiers de toute la superficie sont dans le meilleur état de culture et extrêmement bien habités. Le terrain plat près de la rivière s'appelle La Canardière, et il est entièrement employé en prairies et en x^âturages ; les premières produisent d'abondantes récoltes de foin d'une qualité supérieure.
Les terres labourables sont très-fertiles en grain de toute espèce, et il y en a en outre une quantité considérable qui est employée en jardins, oii l'on cultive
toute sorte de légumes d'une excellente' qualité, pK)ur rapprovisionnenient de la capitale. Lew parties les plus cultivées sont très-peu Ijoisé^s, et présentent seu-^ lenient de temps en temps des ré.serves^ où les arbi'es sont d'une dimension inférieure et de peu de valeur, mais ilsembellissent assez agréaljlement le pays ; vers le fond le bois est abondant^ et le terrain est concé<lé aux habitansen petite"^ portions pour leur chauffage" et leui's usages domestiques, et outre leur propre consommation, il& en fournissent une giTinde quantité pour l'usage de Québec. Le rivage du St-Laurent,en front de cette seigneurie, sert de chantier, et il est pourvu de vastes perches et de tous les moyens nécessaires pour assurer le bois de construction.
Le village de Charlesbourg est agréablement situé sur une éminence d'une hauteur considérable, à environ une lieue au nord de Québec, et il est composé d'environ quarante maisons bien bâties qui la plupart ont une apparence respectable, et dune belle église et d'un presbytère. Un bon jardin et un petit verger forment les dépandances de
cliaque habitation. On y tient toujonrg les élections des membres dn parlement pour le comté. Un peu au-dessous du village, sur le penchant d'une petite éminence située au nord d'une route de concession ou de traverse, se trouve un petit groupe de belles maisons, appelé ordinairement le Petit Village, qui ne le cède point à l'autre par la beauté de sa situation. Des deux routes qui conduisent du pont de Dorchester, l'une à main gauche s'appelle le Chemin de Charlebourg, et l'autre La Canardière, ou le Chemin de Beauport. Sur la dernière il y a une suite de belles maisons, d'excellens jardins, et de fermes trèsbien cultivées. Deux maisons d'une élégance supérieure, qui appartiennent à l'Honorable P. Debonne, attirent ordinairement l'attention, par les avantages d'un bon style d'architecture et d'une excellente situation, par leurs beaux jardins, et par les arbustes et les plantations qui les entourent. Il y a aussi une maison très-spacieuse qui appartient aux Ecclésiastiques de Séminaire de Québec, généralement connue sous le nom de La Maison des Prêtres :
ils la retiennent entre leiii's mains eonime ferme, et elle sert aussi de lieu de récréation ]>oiTr tous les membres de cet établissement une fois par semaine^
" DOrsaxville (autre fief), au nordest de l'Epinay, est une petite concession, qui ne contient qu'une su^^erficie de- 3575 ai'pens, faite en Mai, 1(>75. par lettres^ patentes du Roi. aux Religieuses de l'Hôpital Général de Québec, de qui elle n'a jamais été aliénée. Le sol dans ces deux pièces porte le même caractère, étant composé d'une terre légère et sablonneuse, entremêlée d'argile vers lefront ; en avançant vers Tint éi*ie lire, elle se change en ten*eau noir, et dans le voisinage des montagnes c'est une lx)nne manie jaune : depuis la Rivière- St. Charles, la surface est inégale et s'élève de oollines en collines jusqu'au fond, oii elle est plus escarpée et plusbrisée. Près de la rivière, il y a dans^ les deux consessions de belles prairies et de beaux pâturages ; environ la moitié des terres labourable est en trèsbonne culture, et produit du froment et d'autres gi^ains en abondance, aussi bien qu'une grande quantité de dilîérens
regumes pour la consoniination de la ville. Les parties basses sont assez peix boisées, mais sur les éniinences et sur lepenchant des montagnes, on trouve en profusion de beau hêtre, de l'érable, du bouleau, et d'autre bois de la meilleure qualité. La petite Rivière jaune et plusieurs petits courans qui tous se jettent dans le St. Charles, arrosent abondannnent les terres cultivées.
" L'Epinay (fief), dans le comté de Québec, joint St. Ignace, et e.st borné par la Rivière S. Charles en front, et le township de Stoneham au fond ; il a onze arpens de largeur sur quatre lieues de profondeur : il fut accordé le 28 Février^ 1626, à Louis Hébert.
" St. Ignace (la seigneurie de), dans le comté de Québec, est bornée en front par la Rivière St. Charles, au sud-ouest par Silleiy et St. Gabriel, au nord-est par L'Epinay et le township de Stoneham, et au fond par la seigneurie d'Hubert ; elle a une denlie-lieue de front, sur dix lieues de profondeur ; elle fut accordée le 20 Octobre, 1652, à la communauté de l'Hôtel Dieu, à laquelle elle appartient encore. A l'égard de la
qualité do la terre et des particularités du sol, il y a une jj^rande ressemblance entre cette seii^neurie et celle de 8t. Gabriel ; la partie basse est grasse, fertile, et bien cultivée, pendant plus de deux lieues vers le Lac St. Charles, et dans cette étendue, plusieurs fermes produisent abondamment du grain de toute espèce. Sur quelques terrains, on cultive le lin avec grand succès : sur la Rivière St. Charles, les pâturages et les prairies sont si beaux, qu'ils ne le cèdent presque à aucun autre dans- la province : au-delà du lac, le pays prend un caractère montagneux et stérile, et ne présente x^oint de terre sur laquelle l'industrie puisse exercer lagricuiture avec esjDoir de succès. Dans la partie basse de la seigneurie, le peu de bois de construction qui reste est d'une dimension inférieure, et se borne à quelques pièces de terre boisée, éparses ça et là ; mais dans le voisinage du Lac St.
Charles, et plus loin vers le fond, on en trouve une grande quantité de la plus belle espèce. Les Rivières Jacques Cartier, Ste. Anne, et Batiscan, la traversent dans les intervalles qui
séparent les différentes rangées de montagnes, et la partie cultivée est parfaitement bien arrosée par la Rivière et le Lac St. Charles, ainsi que parplusieurs petits courans. Le Lac présente une des scènes les plus délicieusement i>ittoresques de toute la province ; sa forme est étroite et irrégulière, et il a un peu plus de quatre milles de longueur : vers le milieu, une i^ointe de terre saillante s'étend presque d'un côté à l'autre, et ne laisse qu'un petit détroit par lequel se communiquent les eaux presque séparées : situé dans un pays bas et plat, il est entièrement entouré de collines d'une élévation considérable, couvertes de bois épais : celles-ci sont couronnées par des montagnes plus, éloignées qui s'élèvent très-soudainement au nord. Le bord du lac présente une apparence à la fois sauvage, romantique, et délicieuse : le cours irrégulier de ses rivages bas forme de nombreuses petites baies et des pointes de terre où les arbres qui viennent jusqu'au bord de l'eau, complètent par la variété de leur feuillage, et leur différente hauteur à mesure qu'ils s'élèvent sur les diverses
ooUinos, une des vueB les plus riches qui puissent flatter l'ceil d'uii admirateur qui pn'tere une ])erspective ornée seulement par la main de la nature à celle qui est end^ellie par les elîorts de l'art. Ce charm^mt panorama est à un peu plus de quatre lieues de Québec, et pendant le printemps et l'été il est fréquennnent visité à raison de sa beauté rustique : la route qui y conduit passe entièrement le long de la Rivière St. Charles, et par ses embellisseinens, elle augmente beaucoup la satisfaction de ceux qui font ce voyage dont personne ne revient sans une grande satisfaction.
" Hubert (la seigneurie d'), dans le comté de Québec, est située sur les derrières des seigneuries de St. Gabriel et de St. Ignace, et à raison de son éloignement, elle est entièrement entourée des autres côtés par des terres en friche de la couronne ; elle a deux lieues de largeur sur autant de profondeur ; elle fut accordée le 10 Juin, 1698, au Sieur René Louis Hubert. Etant si loin au nord de toutes les terres cultivées, la qualité ou la valeur de cette seigneurie
est entièrement inconnue, et même le bois de construction qui s'y trouve ne paraît pas avoir été regardé comme un objet digne d'attention.
" Saint Gabriel (la seigneurie de), dans le comté de Québec, est bornée au sud-ouest par Gaudardville, Faussembault, et des terres en friche de la couronne, au nord-est par St. Ignace, en front par Sillery, et au fond par des terres en friche de la couronne ; elle a deux lieues de largeur en front, mais comme les bornes latérales ne sont point parallèles, sa largeur au fond est de plus de quatre lieues ; sa profondeur est de dix lieues : elle fut accordée le 16 Avril, 1647, au Sieur Giffard, et c'est à présent une projDriété de la couronne.
Deux lieues et demie de ce terrain furent accordées le 13 Mars, 1651, aux Hurons qui habitent le village de la Jeune Lorette, et le reste fut transféré par donation le 2 Novembre, 1667, à l'Ordre des Jésuites, par le Sieur Giiïard. La partie basse de cette seigneurie ofPre une terre bonne et fertile, le sol est en général une belle terre noire : près des premières montagnes, et dans le voisi-
iin<^e du Lac St. Cliarles, c'est une Jiiai'iie létrore ; le reste, qui forme de beaucoup la plus grande partie de la concession, est si extrêmement rude et montagneux qu'il n'est nullement pro- I)re à l'agriculture. Vers le front, le bois de construction est assez rare, •d'une grandeur inférieure et de peu de valeur ; mais sur les flancs des éminences et dans l'intérieur, le hêtre, l'érable, et le bouleau sont abondans, et Ton y trouve du pin, et de temps en temps un peu de bon chêne. La Rivière St.
Charles y serpente d'une manière trèspittoresque du .sud-est au nord-ouest, pendant près de deux lieues, le long de la partie ba-sse de la seigneurie, et reçoit le tribut des eaux de plusieurs petits courans qui servent à l'arroser complètement. Les Rivières Jacques Cartier, Ste. Anne, et Batiscan, la traversent sur difPérens points entre les montagnes, A une distance d'environ six milles du front, toute la terre est dans un état florissant de culture, et parsemée partout de maisons bien bâties, de bons jardins, et de fermes bien meublées : audelà de cette partie on ne trouve
partout qu'un triste désert qui n'est fréquenté par aucune créature humaine, excepté par les Indiens dans leurs parties de chasse. L'égKse et le presbytère de St. Anibroise, l'église de la Vieille Lorette, l'église et le village de la Jeune Lorette, un moulin à grain et une scierie, sont tous dans cette concession : des routes communiquent dans toutes les directions avec Québec et les seigneuries d'alentour. Le village Indien de la Jeune Lorette est à huit ou neuf milles de Québec, situé sur la rive orientale de la Rivière St. Charles, sur une éminence qui domine une vue trèsintéressante, très- variée, et très-étendue ; la ville et les environs de Québec, qui sont toujours superbes de quelque côté qu'on en voie l'ensemble, forment la principale partie de cette vue : mais elle s'étend très-loin sur la rive méridionale, et elle se termine seulement par les formes radoucies des montagnes du sud.
Le nombre des maisons est de quarante à cinquante, lesquelles ont à l'extérieur une certaine apparence de propreté ; elles sont princii^alement bâties en bois, quoiqu'il y en ait quelques-unes de
pierre. Le« habitaiis, au iioiiihre cTen- A'iron 250, descendant de la tribu de Hurons, autrefois si formidable même aux puissans Iroquois, juscju'à ce que par un stratajj^ème en quoi les sauvages font consister la plus grande partie de leur gloire et de leur mérite, les ^lerniers, sous le prétexte spécieux d'une alliance, gagnèrent la confiance de leurs adversaires, et alors par un massacre général presque toute la race de ceux-ci fut anéantie. Le peu qui purent s'échapper, fuirent vers les habitations des hommes civilisés, et s'établirent dans les forêts sur les derrières de Québec, à plusieurs centaines de milles de distance de la terre de leur ancienne tribu sur les bords du Lac Huron : par les efforts des Jésuites, ils s'approchèrent insensiblement de Québec, et l'on employa tou5 les efforts ]30ur les retirer de la vie sauvage. A présent ils r ssemblent à peu près aux autres tribus dont nous avons déjà parlé, quoiqu'ils aient peutêtre fait de plus grand progrès dans la civilisation ; mais cet avantage se trouve balancé par les occasions nombreuses que leur fournit le voisinage de
la capitale de se livrer à plusieurs de leurs inclinatioDs vi^neuses, et dont ils s'empressent assez de profiter. Le Curé de St-Ainbroise fait auprès d'eux les fonctions de missionnaire, et il a acquis une influence considérable dans les affaires religieuses. Dans leurs affaires temporelles, comm« ils parlent assez couramment le français, iLs sont passablement rusés, et savent prendre soin de leurs propres intérêts. L'église de la Vieille Loretta est agréablement située sur la rive occidentale d'une petite branche de la Rivière St-Charles, ,sur tine émin^nce, et elle est presque ^«ntourée par un bosquet de pins, petits mais beaux. Le presbytère est la résidence à Mr Descnenaux, Grand Vicaire, -et Curé de cette paroisse : cet ecclésiastique, qui est bien <?onnu et très-estimé '<i'un cercle nombreux d'amis, tant Catholiques que Protestans, du premier rang, a fait un usage très-avantageux <ie son bon goût reconnu, dans les jardins et les autres embellissemens de cet endroit, qui offrent un air de profusion qui ^'accorde parfaitement
avec son caractère généralement liospitalier.
Paroisse de Saint-Zéphikin.
Charlesbourg vient d'avoir une nouvelle voisine, Monseigneur l'Archevêque de Cyrène a érigé une paroisse sous le vocable de Saint-Zéi)hii'in, en l'honneur du Révd M. Zéphirin Charest, premier curé de Saint-Roch de Québec. Elle est sur les bords des Hvières Saint-Charles et Lairet, et se comx:>ose du village Stadacona et de l'ancien terrain du Foit Jacques-Cartier et de la première Résidence des Jésuites à Québec, (1625.) Mgr a nommé pour son premier cviré. le Révd M. Louis-Philippe Delisle, jeune prêtre, né le 3 juin 1857, à N.-D. de Lévis, fils de PieiTe-Célestin Delisle et de Julie Lacroix ; ordonné le 13 juin 1886 ; vicaire à N.-D. de Lévis ; 1891, à Saint-Roch de Québec ; 1896, premier curé de Saint- Zéphirin de Stadacona. Il a chanté la première messe paroissiale le jour do Pâques,le 5 avril 1896, le Révd M. P.-H.- A.
Bernier tenait l'orgue. On avait décore la petite église et pavoisé les rues pour la circonstance. Ce doit être dans cet endroit que fut dite la première messe dans la Nouvelle-France.