LE CIMETIERE
Le cimetière ! voilà un mot qui îiùt rêver, j'ajoute : voilà un mot qui devrait
— loi —
faire rougir plus d'une paroisse cana* dienne. Ma bonne petite paroisse a fait son devoir : elle a rougi. Expliquonsnous.
L'an dernier encore, nous en avions une pitié de cimetière: un vrai pâturage ! Je flatte le tableau : un vrai marécage !
En plein été, à chaque enterrement, il fallait faire sombrer, au moyen d'une perche, le carcueil du pauvre défunt qui s'en allait ; l'eau, en effet, tenait victorieusement tête au fossoyeur. Je vois encore quelle pénible impression cela faisait, sur la figure des paroissiens^ h ces enterrements où il y a toujours quelques étrangers.
On n'avait qu'à s'y résigner lâchementj et au jugement général, tous mes paroissiens ressuscitaient du milieu d'une grenouillère. Le bel honneur, d'entendre chuchoter à ses oreilles, dans la A'allée de Josaphat : " Mais, ces braves gens de Saint-Eiouard, c'étaient donc des wowarons, de leur vivant I "
D 3S wow'arons î Des castors, liasse encore ; mais des ^^owarons ! Brrrrr !
C'est justement C3 beau frisson d'horreur qu'a éprouvé maparoisse, l'automne dernier, un dimanche midi.
n faisait un tein|>s superbe, uuef délicieuse joiirnés de saleil d'automne.
Au sortir de l'office, j'fisseniWe ma.
paroisse a^i cimetière. Lii, et ce fut le sermon du jour, je traite au long la question du cimetière catholique.
Les tombes, oh ! la voilà la belle tribune, pour vous in,spirer I J'entendais^ qui me soufflaient sous le gazon ce que je devais dire, mille voix chères et sacrées. A la fin, tous ces braves habitants pleuraient de pitié, j'allaisdire pleuraient de remords: on s'étonnait d'avoir été si lent à resj>e-cter ses défunts.
Et quinze joui's plus tard — honneur à mes habitants — il y avait, à sept pied& de profondeur, partout sous le cimetière, un excellent drainage en pierre^ et quatre mille cinq cents voyages de beau sable de jetés à la surface : notre ancien marécage s'était transformé en.
un plateau qui, le printemps, verdoie et sourit au soleil quinze joui's avant la plaine environnante.
Il fallait voir l'entrain, la bonne humeur avec lesquels toutes cette corvée a été enlevée : l'habitant canadien.
quand il lui en tient, fait tout av^êc bonne humeur, jusqu'à la demeure de ses morts. Pas un seul n'est resté en arrière : c'était à qui mettrait le plus de voyages. Près de la porte était un zélateur qui tenait registre, qui soufflait, au passage, sur les courages comme sur la braise. Il marquait ainsi, sur chaque tombereau, avec un morceau de craie, le chiffre des vovages, et plus d'un cheval, jusque là ré]3uté fine rosse, s'est refait une réj)utation avant le premier coucher du soleil.
C'était toute une organisation ; les chariots, dans l'armée de Darius, ne se mouvaient pas avec plus d'ordre ni d'ensemble. Seul, un original, un indépendant outre mesure, mon ami Philippe Bel, n'avait pas voulu obéir au grand commandeur : je le vois encore, avec son grand fantôme de cheval blanc, faire bande à part deux jours durant. Après tout, plus fier que bien des journalistes, il ne voulait i^as s'enrégimenter. Bien des péchés lui seront pardonnes !
Et aujourd'hui ?
Ah î aujourd'liuî : c'est bien autre chose ! Notre cimetière fait parler d& tui dix heues à la. ronde. Il attire nonseulement les morts, mais les vivants r en vient le visiter de trois paroisses^ environnantes. Et fi'anchement, pour la canipiigne, c'est tout à fait joli, je veux dire convenable. Si vous trouvez que je fais forcément mon élog-e en faisant celui de ma paroisse, je vousréponds modestement : comment faire autrement ? D'ailleurs' le zèle de ma paroisse a tout fait, de sorte que mon éloge est foii: indirect. Que celui qui n'a que des péché indirects me jette la première pierre.
Donc, nous voilà avec un cimetière charmant. Nos allées surtout, bordées de beau gazon, donnent envie d'y marcher. D'abord, allée tout autour longeant la clôture à l'intérieur; puis, grande allée de huit pieds de large, en croix, couchée sur le cimetière comme le ijrophète sur le cadavre qu'il voulait ressusciter : cette croix est encadrée d'une haie vive en sapinage. Puis des allées plus étroites, parallèles aux bra&
cfe cotte grande croix, permettant de; lire, sans descendre des allées, les épitaphes qui se trouvent dos à dos, de façon que chacun puisse cultiver, entre l'épitaplxe et l'allée, un tout petit parterre. Nous avons copié à peu près nn cimetière de Trinidad, dans les Antilles : nous aurons du moins le mérite d'être allés cherclier loin nos modèles ! Un détail pratique : toutes ces allées sont en relief sur le cimetière^ de sorte qu'au sortir de n'importe quel orage, vous vous y promenez à pied sec. On marche là-dessus comme sur l'asphalte : on se croirait dans les rues de Paris, même ceux qui, comme moi, n'y sont jamais allés.
Au milieu, nous avons, qui flambe au soleil et qui étend ses bras au-dessus du dortoir sacré, mie grande croix noire dorée aux extrémités, ornée d'une gloire également en or.
La porte d'entrée est superbe, sur un devis de M. Emile Tanguay. Elle nous a coûté quatre-vingts piastres et a été payée par les habitants dont on n'a pas eu besoin pour charroyer la terre. Elle est d'un goût sévère et imposant : c'est
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l'arc de triomphe sous lequel passe le chrétien avant d'aller recevoir Tiinniortelle couronne.
On y monte ])iiT un large chemin, haut de deux pieds, bordé de gazon et de jeunes arbres. Ce chemin exhaussé part du coin de l'église et se courbe aisément, comme une moitié d'arcen-ciel.
Et sur toute la surface du cimetière, dès la fonte des neiges, la paroisse cultive des fleurs. On y dessine, avec des fragments de quartz blanc comme du cristal de roche, des dessins sévères, mais consolants, des Maria, des ancres, des croix, des étoiles, les initiales de Jésus, Marie, Joseph, autant de symboles où respirent la foi, l'amour, l'espérance. On a fait ainsi du cimetière un jardin funèbre : c'est le jardin de la Mort. On regarderait comme un vol sacrilège d'en détacher une fleur. Seul, le curé a l'autorisation d'y cueillir ce qu'il lui faut pour parer ses autels. De cette façon, les fleurs de l'enclos bénit, après avoir honoré la tombe, s'en vont prier et mourir pour les défunts que la tombe renferme.
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Depuis que notre cimetière a ainsi chang'é de physionomie, la touchant© dévotion des monuments commémoratifs a prfs de l'élan. Maintenant, on y voit pousser tous les jours, à la place d^s hautes herbes sauvages et des buissons incultes, quelques nouvelles épitaphes, les unes en fer avec un peu de dorure, d'autres en pieiTe ou en marbre : quelque chose de simple, à la portée d'une bourse de paysan, mais au niveau du respect que l'on doit au parent disparu.
Il nous manque encore deux ornements : un chemin de croix qui attire âur nos morts une pluie d'indulgences, et une plantation de beaux arbres qui répande sur les tombes cet ombrage recueilli, ces chuchotements mystérieux, cett^ mélancolie profonde si bien en harmonie avec les pensées graves dont se sent pénétré le visiteur qui chemine à travers un cimetière.
Ces ornements ne sont qu'ajournés.
Les arbres surtout ne tarderont pas :
déjà, dans le meilleur coin de son jai'din, le curé a jeté eh terre quelques centaines de petits noyers noirs, de jeunes érables
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Ttegundo. Nous aurons à l'automne une ijuinzaine de jeunes peupliei's argentés, un arbre fait e vprès pour les cimetières.
Il nous semble que c'est déjà beaucoup pour de pauvres habitants.
Est-ce trop pour le respect que l'on doit à ses morts, qu'on se doit à soimême? Evidemment non.
Tous les peuf)les, le^ plus pauvres, les plus barbares, ont connu et pratiqué religieusement le culte des morts.
Les Egyptiens embaumaient leurs cadavres.
Les Turcs et les Romains avaient, pour protéger leurs foyers, pensaient-ils, leurs dieux Lares (1), ces prétendues divinités domestiques, qui n'étaient rien autre chose, dans la naïve croyance de ces peuples, que les âmes des ancêtres— les Mânes, comme on les appelait.
Honte et malheur à qui osait violer la tombe : le profanateur était condamné aux mines, à la fustigation ; la loi allait jusqu'à lui faire couper les deux mains.
(i) ^-Enéide, VI.
n n'était permis de réparer un sépulcre qu'à la condition de ne pas troubler les cendres des morts (1).
Quelle leçon |)our nos Solidaires modernes, qui veulent faire de la fosse un trou ^^lî<^aire destiné à ne recevoir qu'une vile charogne î Et les Vandales de la Révolution française, qui se faisaient gloire de jeter au vent les cendres des cimetières déA'astés ? Ils auraient mal passé leur temps, sous la loi de ces Romains qu'ils prétendaient avoir choisis pour modèles.
,Mais c'est le catholicisme surtout, qui a donné au culte des morts sa vraie signification, qui lui a donné place d'honneur dans le sanctuaire, qui en a fait ce que Dieu en avait fait dès l'origine du monde — le côté le plus touchant et l'un des côtés les plus sacrés de la religion.
Pour en avoir une idée, il suffirait de jeter un coup d'œil sur les cérémonies qui entourent la bénédiction d'un cimetière, une fonction réservée auxEvêques, aux princes de l'église. Inutile d'en
(i) Lee VII, apud Greg. Tholosan Lib. XXXII.
faire ici la description détaillée : qui n^en a. pas été, une fois dans sa vie, le témoin iittendri ? Quelle ^and«ur ! quel merveilleux symbolisme I Et les cérémonies d'une sépulture catholique ? Rappelezvous seulement le départ de l'église pour se rendre au cimetière, au chant du texte : In paradisuin deducant te Angeli, avec ce redoublement das pleurs de la famille, qui briserait des âmes de bronze. Pour ma part, je ne connais rien de plus saisissant ni de f)lus solennel.
Ah I c'est que le cimetière, aux yeux de l'Eglise, n'est pas le royaume du néant, mais un auguste dortoir comme le dit son nom. Le cimetière, par l'organe de l'Eglise, nous répète tout bas : " Xon, mes enfants, non : je ne suis pas un lieu maudit. Je ne suis pas une terre monstrueuse qui dévora ses habitants, mais plutôt un reliquaire ami qui conserve avec tendresse votre dépouille.
Quand vous prononcez mon nom, vous murmurez le dogme le plus consolant des nations civilisées I "
L'Eglise appelle encore le cimetière Terre Sainte, Champ de Dieu — Cainpo Santo, Campus Dei,
Pleins de cette appellation, on a vu des peuples, — les habitants de Pise par exemple, — équiper une flotte, traverser les mers, aller chercher au bout du monde, pour former leur cimetière, la terre de la Palestine.
Ces croyants du moyen âge, ils étaient remplis de cette idée : notre corps est le chef-d'œuvre de Dieu.
Notre corps est, de son vivant, le temple du Saint-Esprit. Donc, pour préparer à nos enfants, à tous nos parents trépassés un lit qui soit digne, ce n'est pas trop faire que d'aller chercher la terre qui fut sanctifiée par les pas, par les larmes, par le sang du Fils de Dieu !
Campus Dei. En effet, le blé du bon Dieu, c'est le chrétien : frximentuin Christi sicm. Le Temps, c'est l'époque des semailles, et au premier jour de l'Eternité, tout le genre humain se lèvera comme une moisson vivante, désormais immortelle !
Après les avoir conduits avec honneur à leur dernière demeure, plaçons, plaçons nos chers morts comme l'Eglise le demande, le visage en haut, pour que ces yeux, éteints en apparence, re-
l^nrdent jour et nuit, jusqu'à la fin des siècles, à travers les voiles du trépas et les ti;"azons fleuris, le beau ciel qui nous attend, qui nous sourit là haut î
La résurrection ! voilà en effet le dernier mot du cimetière catholique.
Donc, embellissons nos cimetières.
Embellissons nos cimetières par respect pour nous-mêmes.
Embellissons nos cimetières afin que les vivants ne perdent pas le souvenir des morts. Pour cela, laissons nos cimetières à leur place naturelle, à l'ombre de l'église. " Loin des yeux, loin du cœur." Ah î ce douloureux proverbe, chers amis, il est plus connu qu'on ne croie dans les brasiers du Purgatoire !
Embellissons nos cimetières pour que Ton 2)cnse à pt^iei^ 2Dour les viorts.
Embellissons nos cimetières, pour que la mémoire des morts ne s'envole pas avec les derniers tintements du libéra 1 pour que le dernier coup de bêche du fossoyeur n'enterre pas jdIus tard, avec notre cadavre, notre propre souvenir!
Embellissons enfin nos cimetières, pour que nos enfants, trop enclins à rémigration, n'aillent pas mourir indif-
ïéreninient sur un sol étranger ; pour qu'ils préfèrent au contraire dormir le dernier sommeil à l'ombre du clocher natal, au milieu des leurs, dans un endroit sacré oîi Ton se souviendra d'eux, ^u milieu de ces larmes, de ces bénédictions, de ces prières émues qu'ils trouveront là, mais qu'ils espéreraient en Tain peut-être trouver sous une terre -d'exil i
L'abbé A. Gixgras.
7. Habitation, à Ange Prévost, (m. à Marie Brisson,) fils de Louis, noyé en 1686. Cette habitation a passé aux Alard,
8. Habitation, à Simon Réome, (m. en 1724, à Madeleine Julien.) Ils achetèrent deux petits nègres, Joseph, «n 1730, et Marie, en 1740. Ils furent baj)tisés à THôpital-Général. (P. a. Alphonse Guilbault.)
9. Habitation, à René Réome, (m. en 1665, à Marie Chevreau,) premier ancêtre canadien de tou,s ceux qui portent ce nom. Il avait 5 garçons qui sont les souches du même nom dans les autres parties du pays :
Maurice, (1 ni. en H>8î), k Anne Vivier; 2' m. en 1705, à Madeleine Giroux, veuve de Pierre Chorest.) Il s'éta))lit à St- Bernard de Charlesbourg. C'est lui qui a donné les Pionniers du lac St-Charles.
René a été s'établir au Château- Richer, (m. en 1094. à Marie Guyon.)
Eobert, (m. en 1096, à Elisabeth Brunet-Belhunieur.) S'établit à Montréal.
Jacques, (m. en 1707, à Marguerite Proteau,) resta à Cliarlesbourg.
Simon, (m. en 1710, à Thérèse Cotin.) Il était marchand à Montréal.
Costé Sud est.
1. Habitation, aux héritiers de François Blondeau. fils de Daniel Blondeau et de Françoise du Veau, de Xantelle, évêché de Saumur. (m. en 1055, à Québec, à Nicole Roland dite Gabrielle d'Assonville.) inhumé à Charlesbourg le 5 avril 1702, sa femme le 24 septembre 1094; premiers ancêtres canadiens de tous les Blondeau répandus dans tout le pays.
Il avait trois terres, l'une près de Fautre, Il avait quatre garçons et quatre filles,
Josej^li s'est marié 3 fois : (1° en 1686, à Marie Roy-Audy; 2° en 1688, à JMarguerite Trudelle, sœur de madame Pierre Lefebvre ; 3° en 1701, k Agnès Oiguère, veuve de Charles LreMarquis.) En 1715, il était seigneur de la Rivière <iu Loup (en bas),
Maurice, (m. en 1696, à Suzanne Charbonnier,) s'établit à Montréal.
Jean, (m. en 1696, à Marie Hot,) s'établit à Charlesbourg,
Thomas, (m. à Anne Gagnon,) père de M. Thomas Blondeau, prêtre.
Catherine (s'est m. au Dr Nicolas Sarazin.) Les Blondeau se sont succédés jusqu'en 1821 ; Geneviève Blondeau, (m.
en 1821, à Frs Binet,) et Louise sa sœur, (m. la même année, à Gabriel Binet,) sont devenus les possesseurs du bien.
2. Habitation, à Charles et Jacques Villeneuve, 2 lots, cette terre n'a jamais <îhangée de nom. Successeurs en ligne directe : Charles, fils de Mathurin du Oros-Pin, (m. en 1708, à Renée Alard,) Pierre-Chs, (m. en 1738, à Marguerite Bédard,) Joseph-Frs, (m. en 1763. à
Elisabeth Jobin,) Franoois, (ni. en 1S02, â Thérèse Jobin,) Pierre, (m. en ISiiS, à Louise Jobidon.) (P. a. Louis, ni. à Marie Rainville.)