‹ Charlet, sa vie, ses lettres, suivi d'une description raisonnée de son œuvre lithographiqueChapitre 115 sur 184 · Un ouvrier ivre, appuyé contre une borne, veut faire · texte numérisé non relu

Un ouvrier ivre, appuyé contre une borne, veut faire

arrêter une voiture de corbillard qui passe devant lui, et comme le cocher continue son chemin , notre ivrogne le suit

du doigt , disant en riant : Y ri veut pas m mener chez Desnoyers (1).

559. — Ma femme est morte (fait historique)! A ces mots, un gros

conducteur de diligences , assis sur ses ballots , rit de tout son cœur en voyant la mine grotesque du veuf annonçant cette triste nouvelle d'un air réjoui, appuyé sur son parapluie, et portant, avec des bas noirs et des guêtres blanches, un énorme crêpe à son chapeau gris.

560. rrr. — Première idée de la pièce précédente. H. dtf veuf, 166.

Dans ce croquis, le veuf seul est indiqué; il tient son chapeau dans ses mains élevées vers le ciel, et porte sous le bras droit un rifflard.

561 . — Ça vous porte des chapeaux , et ça ri a peut-être pas de che-

mises. C'est la réflexion d'une vieille portière voyant rentrer et monter chez elle une jeune femme avec ses deux enfants.

562. — Trois jeunes fantassins attablés se livrent à la joie et à la

chanson ; vient à passer près d'eux un hussard qui les regarde avec dédain, et leur jette ce compliment: Fantassin, je ri aime pas ta musique, non plus que ton physique. Un fantassin se lève, qu'aviendra-t-iï ?

563. — Un grenadier a quitté son régiment en marche pour venir

s'asseoir à une table près d'un cabaret. Pendant qu'un petit enfant joue avec son fourniment , une jeune fille lui apporte un bouillon et une bouteille de vin, en lui disant: Faut soigner les anciehs.

564. — Un grenadier, complètement ivre, serait déjà par terre , s'il

n'était soutenu par une borne. Son fusil , échappé de ses mains, est tombé sous ses pieds; cependant il prend courage, disant: Enfoncé! troupier; mais toujours Français I et cruellement Français

565. — Un grenadier est au cabaret buvant avec un jeune soldat;

et comme ce dernier se lève et paye le garçon : 77 est vraiment Français , s'écrie le vieux soldat.

566. — Au cabaret de la Carotte-Française , deux jeunes, soldats

sont à boire. Survient un caporal-tambour ; nos conscrits se lèvent et lui offrent à boire avec empressement. La politesse est fille de l'honneur ; c'est vous dire quelle est Française , leur répond le caporal, en arrondissant les bras.

( \ ) Célèbre cabaretier du temps.

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567* — Deux conscrits, le sabre à la main, vont vider leur querelle, quand surviennent un soldat d'infanterie et un grenadier. Pendant que le soldat tient un des conscrits dans ses bras , le grenadier dit à l'autre : Je suis Français , tu es Français , il est Français , nous sommes tous Français. Chauvin ! l'affaire peut s'arranger. Chauvin parait réfléchir. Cette scène se passe devant le cabaret de Y Union, et sur un mur voisin on voit une carotte dessinée, avec ces mots : Ici on tire des carottes soignées L'affaire s'arrangera.

568. — Vive les pommes de terre! s'écrie joyeusement un jeune

soldat, assis à cheval sur un banc; il montre devant lui une gamelle de pommes de terre dans laquelle quatre cuillères restent debout*

569. — Un jeune soldat du 76e est au corps de garde, assis à une

table. Il nous semble un malin philosophe, car il a pris une cruche dans ses mains, et, la regardant en riant: Y en a toujours eu , dit-il, y en aura toujours des cruches!

570. — Deux savetiers en ribote, leurs hottes sur le dos, passent

devant un poste de pompiers. Interpellés par l'un d'eux, assis sur un banc, ils répondent, portant les armes avec leurs bâtons : Camarade , nous sommes deux paroissiens qui venons de pomper.

571. — Un pompier en grande tenue, le fusil dans la main droite,

s'est approché d'une jeune marchande de volailles, et lui débite des galanteries. Il semble avoir touché juste, car la jeune femme, la main sur son cœur, a fait cette réflexion : Pour la tenue et l'amabilité , aux pompiers le pompon.

572. — Conscrits !!!. vous vous devez un coup de sabre , soyez

Français! Cet avis, donné par un grenadier à la figure sévère , ne semble pas sourire à deux conscrits dont les gestes indiquent qu'ils aimeraient mieux l'échange de quelques coups de poing. L'affaire s'arrangera, car on aperçoit un second grenadier qui s'avance, et d'ailleurs le cabaret est là avec son enseigne : A la Carotte-Supérieure.

573. — Ne bois pas un litre, si tu n'as que la monnaie de chopine,

a dit Fénelon. Cette sage réflexion est faite par un vieil ouvrier assis au cabaret. Il a lu Fénelon, et prend gaiement son parti de n'avoir devant lui qu'une chopine de vin.

574. — L'AMPUTÉ FARCEUR. Un vieil invalide, ayant une jambe de

fantaisies.-— 1824 A 4827. 297

bois, est dans un jeu de quilles. Il a saisi la boule , et au moment de la lancer, il regarde en riant trois hommes placés devant lui : Perdre une quille...., leur dit-il, c'est rien! mais la boule I c'est tout III

575. — Je vous présente madame mon épouse. L'épouse est vieille,

grande et sèche ; l'époux est un tambour de petite taille. La présentation est faite à trois soldats d'infanterie ; l'un d'eux se détourne , et cache sa tête dans ses mains pour rire plus à son aise.

576. — LA BONNE CHASSE. Surpris par un orage , mais abrités par

un parapluie, deux bons bourgeois reviennent de la chasse; ils rapportent, l'un un poisson , l'autre un gigot.

577. — MARI HONNÊTE. Agenouillé près de la cheminée, il soigne le

pot au feu, pendant que Madame, au lit, parcourt un roman.

578. — LES BONNES VOISINES. Au bruit d'une querelle sur un palier,

les voisines sont accourues, armées de balais. Il s'agit du petit Azor qui s'est permis des malpropretés sur le carré ; sa vieille maîtresse à chapeau l'a pris prudemment dans ses bras. Deux commères lui font de vifs reproches, et l'une d'elle lui dit, tout en ramassant les ordures sur sa pelle : Votre Azor n'en fait pas d'autres ; ça n'est certainement pas régalant... mais, s'il revient, on le tuera!... oui, madame , on le tuera!!... d'ailleurs , la loi est pour nous

579. — II fait t admiration de la grande Catkelaine et de la petite

Borgnotte. Les deux jeunes filles regardent en effet avec admiration un grotesque conscrit qui marche devant elles.

580. — Les hommes font les décorations , et les décorations ne font

pas les hommes. Cette leçon est donnée par un vieux peintre décorateur à un haut personnage chamarré de rubans qui est entré dans son atelier.

584. — LES OUVRIERS FRANÇAIS. Bureau de souscription pour les Grecs. Un vieillard en bonnet de police vient y porter son offrande. Un ouvrier, avec une jambe de bois, réfléchit avant de déposer la sienne; mais il a bientôt pris son parti : les Grecs sont Français, dit-il, le malheur parle, faisons une bonne action de plus , et buvons une bouteille de moins.

582. — J'ai été riche! j'ai eu des chevaux! j'ai marché sur les malheureux!... et me voilà... philosophe!... Ce sont les réflexions d'un vieux décrotteur nettoyant une paire de bottes. Il a vu devant lui un jeune homme à cheval qui , après avoir

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renversé un malheureux, se détourne pour saluer galamment une dame qui passe en voiture près de lui.

583. — Un vieil ouvrier, qu'à sa tournure et à sa figure martiale on

reconnaît pour un ancien militaire, au milieu de son travail, a vu passer son tils. Il l'arrête , et lui montrant ses outils : Quitte , lui dit-il, le galon de la servitude, et reprends la pioche de l'indépendance/ Le jeune homme paraît honteux, et a déjà déposé à terre son habit et son chapeau galonné.

584. — Première idée de la pièce précédente. Croquis à peu près

terminé, en h., sans aucuns noms. Ici, le père est un chiffonnier en casquette, la hotte sur le dos et le crochet à la main.

585. — Un vieux soldat , qui a perdu une jambe et gagné la croix,

s'est arrêté près d'un gendarme assis à une table , et en a accepté un verre de vin. Mais avant de le boire , il s'aperçoit que le gendarme a dans la main une carafe d'eau. Il fronce le sourcil et dit : Le camarade met de Veau dans son vin!... Suffit;... assez causé...

586. r. — Un vieillard assez grotesque lit à quatre autres grotesques

vieillards , assis dans un jardin , le journal des Débats. Il s'agit de cette loi de conversion du 5 p. 0/0 en 4 p. 0/0. Tout en faisant sa lecture , cette judicieuse réflexion lui échappe : « Le rentier, dit-il, bien pensant , tranquille à 5 p. 0/0, peut devenir un diable à A.

La police n'ayant pas voulu autoriser la publication de cette piquante plaisanterie, peu d'épreuves ont été tirées avec cette légende, et toutes sur papier blanc. Sur la masse des épreuves, sur papier blanc et sur papier de Chine, on a substitué ces mots : Ca va bien l

587. — Un sapeur de la garde nationale en grande tenue revient sur

ses pas, et s'adressant au maître du cabaret où il vient de boire: J'ai perdu ma barbe, lui dit-il;... si elle n'est pas chez vous, elle est au Gros-Raisin, ou au Broc-d' Argent. Le cabaretier fait signe qu'il n'a rien trouvé. Il faudra donc aller chercher au Broc-d' Argent ou au Gros-Raisin.

588. — Ow il y a de la gêne , il n'y a pas de plaisir, doit sans doute

ajouter un gros garde national qui , pour monter sa faction , s'est complaisamment arrangé sur deux chaises , son bonnet à poil sur ses genoux, et son fusil entre les jambes.

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