LA RÉVOLUTION FERA LE TOUR DU MONDE. En effet , dans
la classe d'une école chrétienne, un enfant est monté sur une table, et pérore. Ce discours doit être révolutionnaire ; car un Frère, s'àvançant vers l'orateur un martinet à la main, est assailli par les écoliers en insurrection qui lui ont attaché sur le dos un écriteau injurieux.
777. — 16. Devant une école mutuelle passe un Frère enveloppé dans
son manteau, l'air soucieux. Un petit drôle, sorti de la classe, s'avance sur lui, croisant la baïonnette avec un bâton Vil se retourne et crie: Caporal, hors la garde/ c'est un ennemi/... Cré nom a19 un petit bonhomme!... je vas faire feul f vas lâcher V chien I... A ces paroles, deux autres écoliers accourent armés de bâtons.
Fantaisies par Charlet. (1831.)
Cahier de cinq pièces, le N° 4 en h., les autres en t. Numérotées et encadrées.
778. — 1. Deux soldats au corps de garde sont assis devant une ga-
melle de haricots. Survient un camarade, armé d'une cuillère , et disposé à en prendre sa part. Mais après avoir jeté un coup d'oeil sur le repas: C'est toujours les mêmes qui tient l'assiette au beurre, dit-il en riant, ça fait que la Révolution n s'a pas encore introduit dans les z' haricots.
779. — 2. Un vieux sapeur du génie, décoré, et portant trois che-
vrons , est à boire avec deux conscrits. On cause probablement du pillage des églises, car le sapeur se levant, une bouteille à la main, dit avec autorité : Moi, j' le respecte, mais j'm'en sers pas, du culte, quoiqu'il peut être bon en soi-même pour les gens faibles de son être ; comme aussi pour un tas de vieilles bonne» femmes, qu'elles sont mauvaises comme la gale (1).
780 — 3. * CROQUIS. Au milieu de la feuille un vieillard, devant une chaise, appuyé sur une béquille; devant lui, un enfant debout. Au haut, à gauche, le portrait de Billoux, etc. etc.
781. — *. UN ANCIEN DES ANCIENS. Général républicain sur un che-
val au galop, franchissant un obstacle. Il est coiffé d'un chapeau à plumes, en redingote ceinte d'une écharpe tricolore, une cravache à la main.
782. — 5. * CROQUIS. Au milieu, trois hommes âgés autour d'une
table. Celui de gauche est ivre; celui de droite, debout, tient
(!) Remarquons que cette pièce était faite le lendemain du pillage de l'Archevêché, et dans une intention honnête ei généreuse. Toute la pensée de Charlet est dans ces mots : Moi j'ie respecte (le culte).... et ia suiie toute plaisante de la légende est destinée a' la rendre populaire.
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un pot à la main. Au dessous, un homme, couché à plat ventre, pèche à la ligne et retire un sabot , etc. etc.
Album lithographique par Charlet. (1832.)
Douze pièces numérotées et encadrées. Les Nos 2, 6, 8, 10, en h. les autres en t.
783. — 1. LE CHARBONNIER. Très-joli paysage; au milieu de l'es-
tampe, un charbonnier à cheval, précédé d'un chien, trotte de gauche à droite.
784. — 2. Deux enfants sont à voler des pommes près d'une ferme.
L'un est dans l'arbre, et l'autre ramasse le butin. Mais un chien survient , saisit ce dernier par la fesse , et le mord à belles dents. L'autre petit drôle, dans l'arbre, a peur du chien, et du fermier qui a suivi son chien. Il perd l'éqiiilibre, et Dieu sait ce qui arriverait , s'il n'était retenu par sa blouse à une branche.
Notre philosophe Charlet dit à cette occasion : Fortune , voilà de tes coups !
785. — 3. Un vieil officier supérieur de la République est assis sur un
tertre, fumant tranquillement sa pipe. Un sergent d'infanterie s'est arrêté près de lui, et faisant un geste héroïque: Où est le fléau de t armée? lui dit-il... // est dans le maraudeur,.,, dans le fricoteur,... tous brigands qu'il faudrait faire fusiller ! Et pendant qu'il débite cette blague, un camarade donne à manger à une oie , dont on voit passer la tête par une ouverture de son sac.
786. — 4. Un bandit espagnol s'est assis dans une forêt , en com-
pagnie d'un camarade et d'une vieille femme. Apercevant devant lui un homme pendu à ime branche d'arbre, îl se retourne vers ses compagnons: Voilà peut-être, leur dit-il, comme nous serons dimanche.
787. — Intérieur d'une salle d'hôpital : un vieux troupier, sur son
séant, dans son lit, appelle la Sœur: Sœur Ursule, lui ditil , je sens qu'il faudra bientôt passer l'arme à gauche , attendu que le Père éternel ne veut pas prolonger mon permis de séjour. » Espérons que ce permis sera prolongé; car si l'on voit sur la table un pot de tisane avec un verre, on voit aussi, cachés sous son oreiller, une bouteille de vin et un pâté.
album, — i 832. 329
788. — 6. LE MISANTHROPE. Un cuirassier en grande tenue, mais sans
casque, complètement ivre, est soutenu à grand'peine par un jeune paysan. Apercevant des vendangeurs dans une vigne -, à gauche, il lève les yeux au ciel : On peut, s'écrie- Wl , mépriser souverainement t espèce humaine, mais cracher sur les vendanges ! jamais.
789. — 7. Trois jeunes paysans en voyage ont frappé à la porte
d'une ferme, pour demander leur route. Une vieille femme met la tête à une lucarne, et leur répond avec humeur: Quand on ne sait point son chemin, on n'se met point zen route.
790. — 8. Un jeune soldat , déjà chargé de ses armes et bagages ,
porte suspendu à son bras un panier contenant une potée de chiens. Leur mère les suit, et une jeune cantinière commodément assise à cheval vient après. Charlet en peignant cette scène, ajoute : 0 amour VA
791 — 9. LE PETIT PHILOSOPHE. Un petit Savoyard s'est construit une niche contre un fragment de rocher, avec de la paille et des pierres. Assis dans son réduit, son geste et sa figure expriment sa satisfaction.
792. — 40. Sur une montagne aride, par un temps de neige, un gre-
nadier est en faction , l'arme au bras. Cette situation parait lui plaire médiocrement, aussi l'entend-on dire : Tonnerre de Dieu ! en voilà de c'te noble misère , et pas cher (1) /
793. — 11. Un franc gamin en costume du genre, les pieds dans
des savates de satin blanc , une main dans la culotte , fait de l'autre main un geste menaçant à un petit tambour auquel il cherche noise: Oui, lui dit-il, méchant môme, t'es t'un intrigant, c'est c'qui fait qu t'es c'que t'es l
(\) Que nos lecteurs nous permettent un petit cours de philosophie. Charlet dit quelque part : La vie est un bdton , il s'agit de le prendre par le bon bout... Le bon bout , c'est le caractère établi sur de bonnes et solides bases philosophiques.
Le grognard qu'ailleurs (n° 848) Charlet définit ainsi : Un vieux brave qui est toujours mécontent et qui veut l'être parce que cela lui fait plaisir* et auquel il fait dire (n> 59 4 J : Je grogne , c'est mon idée... ça n'empêche pas les sentiments , n'en est pas moins un digne soldat qui , vienne l'ennemi , fera solidement son métier ; mais il a pris le mauvais bout du bâton.
Le bon , suivant nous , est tenu par ce lancier qui , lui aussi , en faction par un aussi triste temps , se console en se disant : Chauffé, éclairé par son gouvernement , c'est une grande douceur (n° 834) . Voila le vrai Français , qui rit même dans sa misère.
Dans un des moments les plus critiques de la retraite de Russie , un pauvre diable ne s'avisait-il pas de consulter notre chirurgien-major Thérin (de l'artilleiie de la Garde)? Notre facétieux docteur, lui làlant le pouls et lui faisant tirer la langue , disait : « Ce ne sera rien , mon ami ; tenez-vous bien chaudement et nourrissez-vous bien. »
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Et Charlet, toujours fort en histoire naturelle, ajoute en note : Le môme est parmi les gamins le dernier de la couvée. (Buffon.)
794. — d2. Le hussard brigadier, Champin, est à boire avec un ca-
marade à la cantine du régiment ; voyant près de lui un jeune hussard armé d'un balai, il l'appelle, et avec un geste grave : Tu as le droit de faire ta corvée, lui dit-il, un ministre na pas même le droit de t'en empêcher, car tu as le droit de lui dire : je ne vous connais pas I je ne connais que mon brigadier Champin, que j'honore et que je respecte.,., et qui me veut du bien.
Fantaisies par Charlet. ( 1832. )
Quatre pièces numérotées et encadrées; les deux premières en t., les deux autres en h.
795. — 1. LA COPIE EST ORIGINALE. Cette copie est un petit gar-
çon coiffé d'un chapeau à la Napoléon. Un camarade un peu plus grand l'a mis à cheval sur un chien, et le tient encore dans ses bras.
796. — 2. Dans une chambre se trouvent réunis huit personnages,
dont deux enfants et un petit chien. Un homme tenant un livre sur ses genoux vient d'y trouver un passage intéressant, le voici: Napoléon disait/... Un instant, les voisins!... faut pas quceux qui vont au feu tournent la broche, pendant que les fénéants mettront la patte sur l'rôti et que les travailleurs se brosseront le ventre.
797. — 3. Un fantassin avec armes et bagages se repose de sa route,
assis sur un tertre. Passe un vieux bourgeois long et sec portant des guêtres et des bas blancs avec une culotte noire; et comme il s'est arrêté pour causer avec le troupier, celui-ci, à l'aspect de ces jambes si grêles , lui dit en riant : Vous feriez un joli tambour -major, si vous n étiez pas greffe sur du martin sèche.
798. — Un invalide ayant deux jambes de bois est assis, au cabaret,
à une table où vient s'asseoir un jeune soldat. Il interrompt la lecture de son journal pour causer avec notre militaire, et lui faire part de ces excellentes réflexions. Vois-tu , Méret,\xn dit-il, voila l'histoire. Supposition ! t'est rien... c'est bon... Ah l
le bon garçon. C'est très -bien... vive Méret... Présupposons { qutu deviens caporal , alors , c'est plus ça... fest un chien,
un gueux; à bas Méret ! Tu (fais casser, bien, alors tu redeviens le bon garçon, t'est une victime ; vive Méret! C'était l'père de t 'escouade , l'ami de la chambrée, le modèle des caporaux ; la France est trahie !
Souvenirs de V armée du Nord par Chàrlet. (1833.)
Vingt pièces numérotées et encadrées : les N0â 5, 9, 12 et 17 en h., les autres en t.
799. — 1 . PETIT POSTE AVANCÉ. A la droite de Festampe , une ri-
vière coule au milieu d'un pays boisé. A gauche, un poste d'infanterie est établi près d'une chaumière. Plusieurs soldats entourent une cantinière qui leur distribue de Peau-de-vie. La vivandière est chérie de toute l'armée.
800. — 2. LA RECONNAISSANCE. Une patrouille de chasseurs à cheval
s'est arrêtée dans une forêt , et demande quelques renseignements à un homme et à une femme qu'ils viennent de rencontrer. L'homme leur montre un petit monument religieux entouré d'une grille.
801. — 3. MARCHE DE CAVALERIE LÉGÈRE. Sur une grande route qui
traverse un bois , on voit circuler des cavaliers , des fantassins, et même des femmes et des enfants. Sur le premier plan, au milieu de l'estampe, des lanciers vus par le dos.