IL EST VALET DE PIED CHEZ LA BARONNE DE LA BRE
TONNIÉRE. La baronne était dame de charité et présidente d'une société chrétienne et maternelle. Les mauvaises langues du quartier prétendaient qu'elle n'était dans les sociétés de charité que pour s'éviter de rien donner de sa poche ; on h disait bigote et dure aux ouvriers... elle aimait beaucoup les chiens... elle avait fait faire son mari baron, etc. etc. On voit passer la baronne, les mains dans son manchon et de l'air le plus indifférent, devant deux pauvres, un vieillard et son fils , à genoux , lui demandant l'aumône. Valentin , affublé de la livrée d'un grand laquais, est chargé d'un panier, des chiens et du ridicule de la baronne.
921. — 8. Je deviens sèche comme une hareng , se disait Valentin;
les vigiles, jeûnes, quatre-temps et autres exercices me dété- I riorent ma pauvre estomach ; je vois qu'on veut me faire j gagner la vie éternelle en me faisant mourir de faim... Ahl je suis bien malheureux!... Le dur métier que de servir des personnes administrativement vertueuses et charitables!... On voit en effet le pauvre Valentin , réduit à une maigreur extrême, tomber au pied d'un tronc pour les indigents ; et la baronne, à genoux, entend dévotement la messe.
922. g. VALENTIN CHEZ LE BON RICHE. Il distribue sur un perron
des pains à de nombreux malheureux. Son maître, le bon riche, caché derrière une persienne, paraît ému et heureux.
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Ce vieillard modeste faisait V aumône sans ostentation ; il n'était décoré , ni de croix de bienfaisance , ni de petit manteau de charité ; tout en lui était simple et vrai (1).
923. — 10. Valentin a changé de condition : les mains jointes, il
demande grâce à son nouveau maître. Celui-ci , coiffé d'un chapeau à larges bords, revêtu d'un ample carrik, a entendu aboyer son chien. Menaçant le pauvre Valentin de sa canne : Vous lui avez marché sur la patte I... (lui dit-il). Cet homme à principes ne tutoyait jamais son domestique afin de lui conserver sa dignité d'homme ; mais il le rossait d'importance ; et pourtant il était d'un libéralisme remarquable dans ses écrits; il luttait contre la traite des nègres... et portait des cheveux et un chapeau de philosophe.
924. — 41. Valentin préfère la survivance du caniche d'un aveugle
à la triste condition de serviteur du philosophe au chien de chasse et à la canne à pomme d'or. L'aveugle , raclant du violon et laissant derrière lui son chien mort, est conduit par Valentin.
925. — 12. Valentin est devenu industriel, pittoresque et drama-
tique. Il montre Polichinelle à un grand nombre d'enfants qui, par leurs gestes, témoignent leur admiration. Le parterre se garnissait quelquefois , mais de spectateurs qui n'avaient pas de poches. . . L'administration devait donc succomber.
926. — 13. Le pauvre Valentin, réduit à la misère, est assis sur
une pierre, ayant près de lui les débris de son théâtre. Une bonne Sœur Ta vu et lui apporte une écuellée de soupe. 0 adversité ! c'est au moment où tu parais nous accabler que tu te plais à nous lancer sur la route du bonheur... Bonne Sœur Adélaïde , femme de courage et de vertu , décorée par l'Empereur Napoléon (1814, campagne de France) , pour avoir pansé des blessés sur le champ de bataille.
Charlèt ajoute en note : J'en sais plus d'un décoré pour avoir pensé... le contraire.
927. — 14. La Sœur Adélaïde présente Valentin à un tambour-ma-
(4) Paris s'est entretenu longtemps d'un petit homme , toujours vêtu d'un petit manteau. Aussi ne le connaissait-on que sous le nom de l'Homme au petit manteau. Tous les hivers il faisait faire , au pont Saint-Michel, des distributions de soupes , auxquelles il assistait le plus souvent. Cela était bien, très-bien même. Mais ne voilà-t-il pas qu'un beau jour, on lit dans tous les journaux une pétition à Louis-Philippe pour lui demander la croix , et cette pétition signée Champion dit l'Homme au petit manteau. S'il faut en croire Charlet, cette croix aurait été obtenue.
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jor qui se découvre respectueusement devant elle : Vénérable Sœur/... quel est de^f jeune homme? — C'est un pauvre orphelin qui demande à servir son pays... — Très-bien II il est honorable de lui-même par ce sentiment fit
928. — 45. Valentin est tambour; appuyé contre un arbre, il reçoit
ces conseils du caporal-tambour, qui joint la théorie à la pratique : Papa, maman... papa, maman... Arrondis-moi z un peu ce poniet z'avec grâce ; deux coups de la main droite , et vivement z'au pareille de la gauche ; soyons lastique.
Cet exercice de papa, maman, réveille des souvenirs dam le cœur de Valentin; il reverra son père adoptif... il le peut sans rougir... il porte l'habit de la nation.
929. — 16. Valentin, soldat, entre dans la cour du père Fraumont;
le chien Ta reconnu et accourt près de lui : Azorl... ahl c'est bien mon vieux père I Valentin, permissionnaire, avait fait sa route gaiement , en chantant : Je vais revoir mon vieux père adoptif..... sa chaumière et son vieux chien sa chaumière et sa femme aussi. •
930. — M. Le père Fraumont, suivi de son chien et donnant le bras
à Valentin, lui fait visiter sa ferme : Tu seras mon légataire universel , lui dit-il ; j'ai eu le bonheur de faire un héritage et de perdre ma femme ; je suis heureux ; conduis-toi bien , sers avec honneur, et tout ça sera pour toi.
931. — 18. Au moment où Valentin allait retourner au régiment,
le père Fraumont . s'était attendri, et' la larme d'adieu avait produit cinquante francs. A peine est-il en route qu'il rencontre une pauvre fenime entourée de quatre misérables enfants. Valentin se dit : j'ai connu le malheur ; secourons la veuve et les orphelins... Tiens, mon enfant (mettant son aumône dans la main d'une petite fille), voilà dix francs...; marche!... après moi la fin du monde.
932. — 19. IL RÉSISTE A LA CAROTTE PÉRUVIENNE. Valentin s'est
arrêté au cabaret portant pour enseigne : A la rencontre imprévus (c'est un homme nez à nez avec un lion). A la même table que lui vient s'asseoir un particulier portant à sa boutonnière une large décoration : Jeune brave, dit-il à Valentin, je suis le marquis de Las Blagueras, général en chef des armées péruviennes.., quarante -sept blessures... des vie* toires... des lauriers... l'exil... pas de pain...; pourriez-vow me prHer quinze francs sur ma décoration en brillants ?... —
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Désespéré, général de l'armée des perruches.., je viens de placer mes fonds.
933. — 20. Tout en continuant sa route , Valentin a bu avec des
militaires ; deux sont encore à table. Il paraît qu'on a voulu • lui tirer des carottes ; mais Valentin n'entend pas de cette oreille-là ; et , faisant présenter la carte par un garçon à un sapeur qui se tient debout les bras croisés : Sapeur, lui dit-il, parez tierce et payez carte; allongez votre cuivre... f suis pas l'ami Chauvin de M. Horace Vernet et de M. Charlet, des farceurs ! qui nous font rapporter des serins dans des cages, et régaler messieurs les sapeurs... Allongez le billon.
Dans le fond , à droite, un gendarme conduit en prison le marquis de Las Blagueras.
934. — 21. Le sapeur a payé... mais il na pas paré. Sapeur, dit
Valentin, sans rancune, vous avez votre affaire, voilà la chose ; maintenant , je me fends d'un litre. Valentin accompagne sa proposition d'une cordiale poignée de main, tandis qu'un camarade enveloppe d'un mouchoir le bras du sapeur.
935. — 22. 29 juillet 1830. Valentin, le sabre à la main, un pisto-
let à la ceinture, est au milieu de peuple armé; il couvre de sa main un vieux grenadier de la Garde Royale désarmé : // était à la Bérésinaî... s'écria Valentin; et le peuple respecta le vieux soldat.
936. — 23. 29 juillet 1830. Nous retrouvons ici le marquis de Las
Blagueras dans une triste situation : à genoux et les mains jointes , il implore la pitié de Valentin et de quelques hommes du peuple qui vont le fusiller au commandement d'un vieux soldat décoré : // a volé, s'écria le vieux Grondard (ex-caporal au 1er de grenadiers de la Garde Impériale) ; et le peuple fit prompte justice. Charlet ajoute en note : Ces vieux caporaux de la Garde ne badinaient pas avec la probité. Ils ne se permettaient de voler... qu'à la victoire (\).
937. — 24. Nous trouvons Valentin au cabaret. Il accepte un verre
de vin d'un individu qui déjà a vidé une douzaine de bouteilles avec deux compagnons : Volons à la frontière !
(1) On a eu la prétention de faire les journées de Juillet pures de tout attentat contre les propriétés. Notre ami Charlet connaissait mieux leur histoire. On a volé , beaucoup volé, et les marquis de Las Blagueras ont été plus communs qu'on ne voudrait le faire croire.
Je ne sais qui a dit avec esprit et justesse (Ch. de Bernard, je crois) : le premier jour, on fusille les voleurs; le second jour, on se relâche; le troisième jour, on laisse faire; le quatrième Voila pourquoi les révolutions ne durent que trois jours.
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sY'crie avec enthousiasme Finconnu, s'adressant à Valentin; mais celui-ci, par un geste de réticence, semble partager les idées de Charlet, qui dit : Il y a des gens qui volent partout, excepté au combat ; ces fricoteurs-là chantent depuis vingtcinq ans: Volons à la frontière; mais ils trouvent plus agréable de voler dans Paris. Et il ajoute en note : Les gaillards y voleront encore longtemps.
938. — 25. VALENTIN REJOINT LE 25™ DE LIGNE , A CAMBRAI. Tout
le long de la route , il est fêté par les habitants que la révolution de Juillet a remplis d'enthousiasme ; on trinque à la liberté l... Enfin, la France va donc reprendre son rang et sa dignité... On ne verra plus de garde royale tirer sur le pauvre peuple !... puis, on aura une charte qui sera une vérité véritable/... On s'embrasse , on s'étrangle !... on est heureux... en espérance (1).