SCÈNE V
CHARLOTTE, VENFANT.
Viens, mon enfant ! —Bonjour, figure blanche et rose !
Ma vue avec bonheur sur ton front se repose.
— C'est étrange ! toujours les enfants vont à moi ;
Je les attire tous, je ne sais pas pourquoi.
A Caen, c'était le fils d'une pauvre ouvrière, 1830
Qui s'était pris pour moi d'amitié singulière;
Il me suivait partout, et, dans les prés voisins.
J'ai souvent crayonné pour lui quelques dessins.
\La petite fille^ appuyée sur les genoux de Charlottey prend le couteau dont le manche parait ; en le tirant du sein de Charlotte^ elle le laisse tomber par terre, — Charlotte le ramasse promptemetit et le remet dans son sein.'\
Qui croirait qu'exerçant sur l'enfance un tel charme
Je m'apprête à tuer un homme avec cette arme! 1S35
l'enfant.
Pourquoi faire avez-vous ce couteau de boucher? — Faites-moi voir.
CHARLOTTE, repoussant Venfant.
Non pas!
\p^un ton plus doux.']
Il n'y faut pas toucher.
— Comment vous nommez-vous?
l'enfant.
Je me nomme Louise.
Oh donc est votre mère?
l'enfant, montrant la jeune femme assise au fond du
théâtre.
Elle est là-bas, assise.
[V enfant joue avec les graviers^
Que la voix des enfants, que l'aspect de leurs jeux 1S40 Rendent vite le calme à nos cœurs orageux!
C'est comme un pur matin dont la fraîche rosée Descendrait lentement sur ma tête apaisée.
[Elle se lève et fait quelques pas,"] — Comme le ciel est bleu! — Derrière ces maisons Comme on doit découvrir de vastes horizons! 1S45
Voici l'heure, où, frappant le pied de la muraille, Le soleil occupait le banc oh je travaille.
— Ah ! ma cour solitaire ! — Ah I mes vallons normands. Pleins de lumière, d'ombre et de mugissements! Vents du couchant, perdus dans ces rares ombrages, 1850 M'apportez-vous l'odeur de nos verts pâturages?
[Elle regarde l'enfant qui la tire par sa rofie,]