‹ Charlotte Corday: A TragedyChapitre 83 sur 161 · ACTE IV. SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE IX

Pâlir, au bruit que fait ma plume en écrivant.

[// va vers sa fable et y prend sa plume qi^il regarde

avec orgueil^ C'est mon sceptre !

[// regarde autour de lui.]

— ^Voilà mon palais de Versailles !

[// montre les journaux épars sur sa table,] — Voilà les escadrons qui gagnent mes batailles !

[// va vers la fenêtre et P ouvre.] — Et voilà mes États: la rue! — A son réveil, 2300

Chacun me lit; partout j'entre avec le soleil, Et, comme sous le vent la moisson balancée, Tout un peuple onduleux frémit sous ma pensée. [// regarde longuement dans la rue^ et tend les bras au dehors comme si le peuple était là.] Bon peuple ! il me chérit. — D'autres lui font la cour ; D'autres ont son caprice, et moi, j'ai son amour. 2305 Il sent que ma croyance est plus qu'une doctrine, Et que ses passions battent dans ma poitrine.

[// revient sur le devant de la seine.] Oui, je suis son ami; je ne souffrirai pas Qu'il s'élève aucun front au-dessus des plus bas. Je nivelle. — Attila de la démocratie, 2310

Je brise et foule aux pieds toute aristocratie; Je promène, le fer et la flamme à la main.

Mes barbares du nord dans l'empire Romain.

Je suis grand ! je peux tout !

[// pose la main sur sa poitrine.]

— Ah ! la fièvre me brûle, Un poison enflammé dans mes veines circule; 2315

— C'est la mort

[// se traîne vers la cheminée, y prend un miroir

et s'y regarde.]

Il8 CHARLOTTE CORDAY.

— Quel bonheur pour mes rivaux secrets.

Si du mal qui me tue ils savaient les progrès! Déjà des espions comptent, d'un doigt avide, Les signes du trépas sur mon front plus livide. — A moi, ma fermeté ! Domine la douleur, 2320

Et défends à mon front de changer de couleur !

[Mouvement de souffrance?^ Je dissimule en vain, et Danton tout à Fheure A lu dans mes sueurs la lèpre intérieure.

[77 va tomber assis dans son fauteuil, prh de la table qui est à droite.^ — O mort! je laisse trop de traîtres ici-bas; Quelques têtes encore, et puis tu me prendras I 2325

O mort, attends un peu ! Pour peu que tu retardes. J'enverrai devant moi de belles avant-gardes.

A Tœuvre ! hâtons-nous ! Par un travail forcé Doublons le peu de temps qui m'est encor laissé 1

\Il ouvre la porte de F antichambre; entrent un prote, des afficheurs y des porteurs de journaux, des brocheuses, et Laurent Basse, commissionnaire de Marat^

[Au prote, en lui remettant une épreuve.] Qu'on corrige l'épreuve, et qu'on me la renvoie. 2330

[Ze prote sort à droite,]

[A un afficheur en lui remettant des placards!]

Pour afficher.

[IJafficheur sort à droite.]

[Aux brocheuses.]

J'ai vu ces feuilles; qu'on les ploie,

Et qu'on mette l'adresse aux bandes du journal

[Les brocheuses sortent à droite,] [A Laurent Basse.] — Toi, citoyen Laurent, va-fen au tribunal; I^emande ce qu'on fait de ceux que \t, àétiotvce.

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