‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 167 sur 174 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

R«é No 4132.

Bordeaux, le 41 messidor an II de la République une et indivisible.

Il commence par exprimer l'espoir que ses opérations achèveront de révolutionner Bordeaux; puis il continue ainsi :

« Il y a quelque temps, ici, un silence morne était

I Ces mois sont écrits sur l'adresse de la lettre de la main de Jullien.

II en est de même pour la seconde et la troisième lettre, qu'il a aussi cotées de sa plume.

dans les séances de la Commission militaire, la réponse du peuple aux jugements de mort contre les conspirateurs. Le même silence les accompagnait à l'échafaud; la commune entière semblait gémir en secret de leur supplice. Aujourd'hui des acclamations unanimes et les cris mille fois répétés de Vive la République! sanctionnent et la condamnation et l'exécution des ennemis de la patrie... L'égoïsme et le modérantisme s'efTaceni, les esprits prennent une teinte républicaine et révolutionnaire.

» Les Agens que j'avais envoyés à la recherche des conspirateurs n'ont rien négligé pour les atteindre tous, et Petion, vivant, devait être conduit à Paris pour y venger par sa mort le peuple qu'il avait lâchement trahi. Mais Petion et Buzot se sont soustraits à l'échafaud en se tuant eux-mêmes, et leurs cadavres pourris ont été trouvés dans un champ de blé. On avait, par celui qui les avait recelés, la connaissance exacte de leur signalement, de leur costume, et il a été facile d'acquérir la certitude qu'ils s'étaient réellement détruits.

» Barbaroux, qui s'était manqué, fut découvert trois jours avant les autres, et a été guillotiné ici.

» Ce n'est que par une espèce de siège fait à Saint- Émilion qu'on a pu arrêter Guadet et Salle, qui même y avaient diné dans plusieurs maisons. J'ai fait arrêter tous ceux qui avaient concouru à favoriser leur recèlement, et si la plupart n'ont pas encore satisfait à la loi, c'est qu'il existe d'autres conspirateurs sur lesquels j'acquiers tous les jours d'autres renseignements. )>

a Baptiste Trocart, chez lequel avait logé Petion, a déclaré que Louvet y était aussi venu, qu'il était parti dans une voiture de roulier, caché sous des bottes de

foin, et qu'il devait maintenant être à Paris chez une femme qui avait été sa maîtresse. J'attends à cet égard de la femme Guadet, qui est convaincue d'avoir apporté des passe-ports sous des noms supposés, pour Guadet, Buzot et Salle, des dépositions plus positives et plus détaillées. »

(( J'ai différé de vous envoyer les papiers de Salle et de Guadet, parce que j'en ai reçu d'autres depuis, et je comptais en recevoir encore. J'ai cru d'ailleurs ne devoir vous les adresser que par des mains sûres.

«Veuillez me faire savoir si, pour imprimer un grand exemple à des contrées que je puis appeler contrerévolutionnaires (je parle de plusieurs communes du district de Libourne qui servaient de retraite aux plus grands ennemis du Peuple, et les ont vu arrêter avec indifférence, pour ne pas dire avec peine), il ne conviendrait pas de faire raser les trois maisons de Saint- Émilion où logeaient Petion, Buzot, Guadet, Salle et Barbaroux, qui, tous cinq, ont enfin délivré la patrie de leur funeste existence ' -

' Dans une lettre particulière adressée le même jour à Robespierre, qu'il appelle son bon ami, Juliien le prie d'obtenir du Comité (de salut public) une réponse sur les objets suivants, dont il ne lui offre qu'un court résumé, pour ne point abuser de ses instants : « . . .Faire raser les maisons où étoient Salle, Petion, Buzot et Barbaroux; transférer la Commission militaire à Saint-Émilion, pour y juger et faire périr sur les lieux les auteurs ou complices du recèlement des conspiiateurs... Veuille me répondre. Je t'embrasse.

» Signé : Julliex. »

(Courtois, Papiers trauvés chez Robespierre, p. 336.) Cette manie de démolitions expiatoires était alors poussée si loin, qu'après le 9 thermidor, Fréron proposa de détruire l'hôtel de ville, CE LOUVRE DL TYRAN. [Moniteur du 4 8 thermidor, n° 318, an 11.)

» Peut-être aussi, sur la place où Petion et Buzot se sont tués, on pourrait graver sur une pierre l'inscription qui transmettrait à la postérité leur crime et leur mort, bien propre à exciter l'horreur de quiconque voudrait les imiter.

» Salut et fraternité, Jullien. »

Lettre de Jullien, du \% messidor an II de la République^ au Comité de Salut public.

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