‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 52 sur 174 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

DANTON, BARRERE, AMARE.

BARRERE.

Le ciel nous a servi : le traitre est découvert;

Avec Raffet, sans doute, il agit de concert;

Son cœur, à notre aspect plein d'une horreur soudaine.

En feignant d'être calme a révélé sa haine.

Malgré lui, son dépit eclatte dans ses yeux;

Il trame contre nous quelque complot affreux :

Ses pas dans cette Enceinte ont devancé l'aurore.

72 CHARLOTTE CORDAI.

AMARE

J'ai sans cesse veillé; j'en ai vu plus encore. Une autre fois ici RatTet a pénétré; Je l'en ai vu sortir d'un pas délibéré, S'arrêter, observer, comme si, par surprise, Il eut voulu sur nous tenter quelqu'entreprise. Nombre de citoyens, sans doute ses agens, Paroissoient de ces lieux sortir en même temps. J'ignore toutes fois s'ils avoient pu s'y rendre; Mais un pareil concours a droit de nous surprendre.

DANTON

Sechele nous quitter! l'aurions-nous jamais cru? De tous les coups du sort, c'est le plus imprévu; C'est le seul dont mon cœur ressente quelque peine; S'il parle, il peut fixer cette foule incertaine Qui déjà nous échappe, et qu'il faut contenir; Il a tous nos secrets. •

AMARE

Ne pouvons nous punir?

Quoi! tu peux balancer? c'est Danton qui diffère?

DANTON

* Oui, j'hésite; et pourtant, jamais cette ame altiere

Ne porta plus de haine à tous ses ennemis.

Dans la poudre, à mes pies, que ne sont-ils soumis?

Vous verriez si la foudre ecraseroit leur tête.

Mais qu'en notre sein même un complot se projette !

Qu'il faille se venger sur ceux qu'on a choisis!...

Se venger!... vos soupçons sont-ils bien eclaircis?

BARRERE.

Quoi! tu peux en douter, lorsqu'à l'instant, peut être.

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