‹ Charlotte de CordayChapitre 5 sur 89 · NOËL PATRIOTIQUE · texte numérisé non relu

NOËL PATRIOTIQUE

(décembre 1792.)

Air : Toaj les bourgeois de Chartrei.

Dieu se fait Sans-Culotte

Pour nous ouvrir les cieux :

D'une vierge dévote

Il naît en ces bas lieux.

De sa conception vous savez la méthode : Le mari très peu s'en mêla ; Il en jura ; l'on en glosa.

Aujourd'hui c'est la mode.

Dans une étable obscure

Jésus a pris le jour;

Et la pourpre et la bure

Vont lui faire la cour.

Législateurs et rois , à l'exemple des Mages , Viennent avec empressement Aux pieds de ce divin enfant

Apporter leurs hommages.

« Je suis votre vicaire , Dit le Pape en entrant , « Et même sur la terre » Votre représentant. » — « Qui , mon vicaire , toi! dit Jésus en colère. " Quitte donc l'or et la gi'andeur.

» Mais attends! Anselme et sa sœur (i ) » Te rendront mon vicaire. »

On vit entrer ensuite

Frédéric et François ;

Brunsw ick est à leur suite ,

Brunswick vengeur des rois (2).

« Vous aurail-on ravi là haut votre couronne , Dit le héros au petit dieu?

» Parlez ! mon bras vainqueur , dans peu ,

» Vous remet sur le trône. »

« Le trône , ah ! cria Georges , » N'en... n'en... n'en parlons plus.

» Les rois ont fait leurs orges; » Ils sont... ils sont f...ondus. »

Jésus lui repartit : « Dans l'empire céleste » Retirez-vous , mes chers messieurs , » Puisque le royaume des cieux » Est le seul qui vous reste. »

« L'enjambée est trop grande (3) , Dit la catau du Nord ;

(1) Le général Anselme, à la fin de 1792 , s'était emparé de Nice et de plusieurs places voisines. Il avait sa sœur pour aide-decamp. C'était le temps des héroïnes guerrières : on connaît mesdemoiselles Fernig, aides-de-camp du général Dumouriez.

(2) On sait que ce vengeur des rois fut , après l'insolence de son manifeste, forcé de se retirer honteusement devant nos troupes victoiieuses ; vaincu de nouveau à léna , en 1 806 , il mourut , peu de temps après , de ses blessures et de ses chagrins.

(3) La grande Catherine, que Vollaiie appelait plaisamment sa catau, avait laissé échapper le secret de ses vastes projets

» Je ne suis pas friande

» D'un si sublime sort .

» Règne là haut qui veut; nous, restons où nous sommes. » Je veux encor pour mon plaisir , » Mon doux Jésus , faire périr » Deux ou trois cent mille hommes. »

Les rois partent , leur place

Est remplie aussitôt.

Jésus fait la ginmace,

Voyant avec Chabot Le parti Cordelier ennemi des despotes , Qui les poursuit avec ardeur , Mais pour être leur successeur

Et gagner leurs culottes.

Jésus crut voir Pilate

Sitôt qu'il vit Danton ;

Joseph , franc démocrate ,

Le maudit sans façon.

La sainte Vierge eut peur , apercevant Rovère ; Le Bœuf vit Legendre , et beugla ; L'Ane vit Billaud , et trembla

Pour son foin, sa litière.

Suivi de ces dévotes , De sa cour entouré , Le Dieu des Sans-Culottes, Robespierre est entré.

contre les Turcs, en disant que, de la Crimée , dont elle était devenue maîtresse, il n'y avait plus qu'une enjambée à Constantinople.

66 CHABLOTTE DE COBDAY.

« Je vous dénonce tous , » cria Torateur blême ; « Jésus , ce sont des intrigans ; » Ils le prodiguent un encens u Qui n'est dû qu'à moi-même. »

Tout près de Robespierre

Joseph vit Desmoulin :

n Ah ! bonjour, cher confrère, »

Lui dit le saint malin.

« Ah! bonjour, cher pati'on, » lui répondit Camille On rit... Mais, ô soudaine horreur!

Qui pourrait peindi'e la terreur

De la sainte famille ?

Marat entre... A sa vue

Le bon Dieu Brissotin

De sa mère éperdue

Se cache dans le sein.

« Pèi-e éternel , » dit-il , « quel être épouvantable î « Ah ! fais-le rentrer en enfer.

j) Attends que je sois au désert

u Pour m'envoyer le diable. ^

" Par ma barbe ! elle est belle , ^

Dit Chabot, et soudain

Il lance à la pucelle

Un coup d'oeil capucin.

'< Quels sont vos ennemis, » cria-t-il , « ô Marie? )) Je suis grand-frère surveillant ; i> Et je vous les fais à l'instant

V Coffrer à Tabbaye, «

« Tu parles comme un livre , »

Interrompit Panis.

•« Vite! allons! qu'on les livre « A nos braves amis.

PIÈCES JtSTIlICVTIVES. 67

,. Un beau soir nous pi unons , pour divertir madame , » En faire un petit suppléinonl . Au deux septembre , jour charn)ant , « Jour bien cher h mon ame. »

Mais qui paraît ensuite ?

C'est Clootz l'universel , Espion, parasite En face d'Israël.

,. D'un bon dîner, » dit-il , « Dieu! je suis h la piste; » Hâtez-vous de me le donner.

» Qui ne donne pas à dîner » Est un fédéraliste. »

Émigré , démocrate , Feuillant , républicain , Fougueux aristocrate Et cordelier enfin.

Homme d'esprit, grand sot, charmant , insupportable., Mais déjà chacun à ses traits S'écrie : « Ah! voilà Lauraguais! »

On le vit dans retable.

Vous aussi dans l'étable Vous fûtes, ô Merlin!

O Robert admirable!

Bentabole divin!...

.. Ciel ! entre des larrons s'il faut que je périsse , » Dit Dieu , « je subirai mon sort ; « Mais c'est trop tôt avant ma mort » Commencer mon supplice. »

Mais j'oubliais Basire , Tallien , Ruamps, Fréron , Saint-André que j'admire , Démosthènes-Bourdon .

Vous , Châles! vous, Simon ! et vous , Monfaut l'étique ! Et toi , pauM'e Dubois-Crancé , Par les Brissotins repoussé , Et cordelier par pique !

Un couple dramatique Marche après Thuriot :

C'est Fabre le comique , Et le sobre Col lot.

Pour bercer l'enfant-Dieu CoUot lit l'Inconnue... On sifïle , on bâille , l'on s'endort , Et l'Ane seul veillait encor Quand la pièce fut lue.

GiREY nr Pré.

l'IKCES .ILSTIHC.V'riVKS. 6M

MARAÏ.

Les trois extraits suivans du journal que rédigeait Marat donneront une idée de ses doctrines et de son style. Dans le Calvados surtout, ces doctrines n'inspiraient que de l'horreur.

Après les évènemens sanglans du Champ-de-Mars, eu juillet 1*791 , Marat s'exprimait ainsi dans son Ami du Peuple :

« Peuple , que faites-vous ? tous vos chefs vous trahissent. Armez vos mains de poignards ; égorgez le perfide Mottié (1), le lâche Bailly ; courez ensuite au sénat, arrachez-en les Pères Conscrits ; empalez ces représentans vendus à la cour, et que leurs membres sanglans, attachés aux créneaux de la salle, épouvantent à jamais ceux qui viendront les remplacer. »

Voici un passage du N° 80 (14 décembre 1792), du Publiciste de la République française , que Marat publia pour faire suite à son Ami du Peuple : « Sauvez donc la patrie avec des hommes de cette trempe (les députés de la Convention nationale) , presque tous sans lumières , sans lalens , sans judiciaire, sans vertus, sans civisme; et

(») Le général La Fayette, commandant de la garde nationale de Paris; Bailly, maire de Paris.

70 CÎIABLOTTE DE tORDAY.

voilà les léjjiiilateurs de l'empire français! Je désire que le ciel rilluiniue et le convertisse. Quant à moi , je n'en attends rien de bon. Jamais la machine ne marchera que le peuple n'ait fait justice de deux cent mille scélérats ; il doit réduire au quart ses mandataires et ses agens.»

Extrait du Publiciste , du 25 février 1793: «Dans tous pays où les droits du peuple ne sont pas de vains titres consignés fastueusement dans une simple déclaration , le pillage de quelques magasins , à la porte desquels on pendrait les accapareurs , mettrait bientôt fin à ces malversalions,... Les députés du peuple ne sauront-ils donc jamais que bavarder sur ses maux sans en présenter jamais le remède (*)?

(*) Le même jour où parut ce numéro , la populace pilla les magasins des épiciers dans tous les quartiers de Paris.

PIKCKS Jl STIKICATUliS. 71

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