‹ Chartes, Manuscrits autographes, documents historiques sur la Bourgogne, faisant partie d'une collection particulièreChapitre 237 sur 275 · Environ 100 lettres autogr. signées · texte numérisé non relu

Environ 100 lettres autogr. signées

Députés de l'Yonne. — Deux lettres de Maure aîné, conventionnel suicidé, — de Boilleau l'aîné, conventionnel condamné à mort et guillotiné avec les Girondins (3 pièces), — de Regnaud de Saint-Jean-d'Angely, — de Fourcade, du conseil des Anciens (3 lettres), — Alexandre Villetard, membre du conseil des Cinq-Cents et plus tard du Sénat conservateur, 9 lettres à Carnot, une réponse de Carnot, — A. Villetard est auteur d'une comédie qui n'a été tirée qu'à 2 exemplaires. — Lettres des représentants Paradis, Précy, Moreau, Housset, Menu de Chomorceau, de Villcncuve-le-Roi; de Megret-Serilly, de Guichard, de Le Pelletier de Saint-Fargeau, de Soufflot aîné, d'Auxerre, de Jacguinot-Pampelune, et de la plupart de nos députés qui ont figuré dans la Révolution.

Nous donnons ici deux lettres de ce dossier : « La liberté ou la mort.

« 21 ventôse 2e année républicaine.

« La société populaire de La Ferté Loupierre aux citoyens administrateurs du district de Joigny.

« Frères et amis,

« La société a vu dans les papiers publics, il y a quelque temps, que Brichard, notaire public à Paris, a été condamné à la peine de mort, comme convaincu d'avoir ouvert un emprunt en faveur du tyran Georges. Ce Brichard possède sur cette commune environ cent arpens de bois ; comme il est possible que l'administration l'ignore, la société a cru qu'il était de son devoir de l'en informer.

« Elle profite de cette occasion pour inviter l'administration de faire mettre en vente les biens de Villaines, émigré ; plusieurs de ses membres ont vu avec peine que les fermiers de la prairie se préparent à en faire la récolte, puisqu'ils y ont fait faire quelques réparations. Cette récolte est d'autant plus à craindre pour les cultivateurs de cette commune, qu'ils pensent que les foins de cette prairie leur seront enlevés comme l'an dernier, si les fermiers venaient à faire cette récolte, ce qui les mettrait dans la plus grande pénurie. D'ailleurs la loi du 3 juin dernier enjoint au procureur syndic de chaque commune de faire diviser et mettre en vente ces sortes de biens le plus promptement possible.

« La société espère donc, frères et amis, que vous voudrez bien prendre en considération son invitation.

« Salut et fraternité, « Couturier.

« Alexandre Villetard, membre du conseil des Cinq-Cents,

« Au citoyen Carnot, membre du Directoire exécutif. « Citoyen Directeur,

« Les renseignements que me fournit ma correspondance avec le département de l'Yonne sur le grand nombre de déserteurs qui s'y trouvent sont si alarmans que je ne puis vous laisser ignorer ce désordre scandaleux.

« La commune de Villeneuve-La-Guiard a écrit, le 26 vendémiaire dernier, à l'administration centrale du département de l'Yonne, que les militaires rentrés dans son arrondissement avec armes et bagages s'étaient tellement accru par la désertion, qu'il était impossible d'y remédier, qu'elle employé-

rait toutes les voies possibles, mais que celles coercitives lui manquaient, que la gendarmerie est insuffisante.

« L'administration ajoute que ce désordre prend sa source dans les congés partiels que le gouvernement accorde.

« Déjà de pareils renseignements m'étaient venus du canton de Saint-Florentin et les environs; on ajoutait que ces déserteurs se montraient ennemis des loix et du gouvernement.

« L'administrateur remplaçant le commissaire du Directoire exécutif, près le département de l'Yonne, a écrit pour cet objet au ministère de la guerre le 2 du présent. Il déclare que plusieurs militaires étant revenus dans leurs foyers sans autorisation ont été recherchés par les commissaires dans leurs cantons, conformément à la loi. Ils ont fui à Paris et se sont procuré les moyens d'obtenir des congés absolus, eux qui étaient déserteurs de leurs postes !

(Suivent les noms de ces déserteurs.)

« Ces hommes revenus dans leur commune publient la facilité avec laquelle ils obtiennent leur congé. L'espérance des autres se ranime, ils résistent à la loi, et font la comparaison scandaleuse de leur utilité quelquefois réelle avec l'inutilité de leurs anciens camarades qu'ils regardent comme privilégiés. La douleur de leurs père et mère s'accroît à la vue de ceux qui, sans être utiles chez eux, sont dispensés de rejoindre, et souvent la tranquillité est troublée.

« Le nombre de ces déserteurs est en ce moment dans le département de l'Yonne de trois à quatre cents hommes.

« En vain, l'on emploierait la gendarmerie nationale, elle est trop faible et trop peu sûre. Il est impossible pour ce service de compter sur les colonnes mobiles. Elles ne feraient point ce que la gendarmerie n'a pu faire. D'ailleurs ces colonnes sont composées de parents de ceux qui sont forcés de rejoindre, et des parents de ceux qui en sont dispensés. La partialité arrêterait l'effet des mesures, heureux si la jalousie ne produisait pas quelqu'excès coupable.

« Je vous invite, citoyen Directeur, à prendre cet objet en grande considération. Quant à ceux des déserteurs qui sont dans le département de l'Yonne, je laisse à la sagesse du

Directoire exécutif à examiner quels sont les moyens de les faire rejoindre, soit en employant la troupe de ligne, soit de toute autre manière.

« Salut,

« Alexandre Villetard.

[au bas]

« Renvoyé au ministre de la guerre pour être pris en considération.

« 10 brumaire an 5 Rep.

« CA.RNOT.

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