‹ Chartes, Manuscrits autographes, documents historiques sur la Bourgogne, faisant partie d'une collection particulièreChapitre 249 sur 275 · Dossier de lettres autogr. signées · texte numérisé non relu

Dossier de lettres autogr. signées

Ces lettres de Fourier sont trop curieuses pour que nous n'en citions pas une partie. L'une d'elles est adressée au maire du 1er arrondissement de Paris, le 21 février 1816.

« Monsieur le Maire,

« Dans la lettre que vous m'avez adressée en date du 20 février 1816, vous m'invitez à concourir au service de la garde nationale. J'ai l'honneur de vous représenter ci ce sujet qu'une infirmité notoire et très ancienne me met dans l'impossibilité absolue de faire ce service. Je suis atteint depuis onze ans et demi d'un rhumatisme chronique qui, étant devenu plus grave, me prive depuis sept ans du libre usage des deux bras.

« J'avais eu dès ma première jeunesse des attaques de cette maladie qui est héréditaire. Elle s'est développée surtout à mon retour d'un long et pénible voyage. Etant revenu en France dans l'hiver de 1802, après avoir souffert en Afrique des chaleurs excessives, j'ai contracté un rhumatisme violent dans les muscles des épaules, et il m'est entièrement impossible depuis plus de quatre ans de soutenir mes bras à quelque distance du corps. Cette maladie exige de moi pour pouvoir écrire l'usage d'un meuble particulier ; et ce qui est bien plus incommode, elle m'oblige de conserver pendant la nuit une position douloureuse.

« J'ai pris pendant quatre années de suite les eaux minérales d'Aix, et pendant deux ans, celles de la Motte en Dauphiné. Pendant mon séjour à Paris, j'ai fait usage des eaux

minérales artificielles de Tivoli. J'ai été traité habituellement par les médecins de Grenoble et de Genève, et à Paris par M. le docteur Lherminier.

« D'après les faits que j'ai l'honneur de vous exposer, il est évident qu'il me serait absolument impossible de faire aucun service dans la garde nationale. J'ai toujours été disposé à participer aux charges publiques, et je suis bien éloigné de repousser une obligation dont je connais toute l'importance. Je me conformerai donc avec empressement à tout ce que les règlements administratifs peuvent prescrire à ceux que leur invalidité empêche d'effectuer aucun service. Je suivrai à cet égard, Monsieur, toutes les directions que vous voudrez bien me donner. Je me suis retiré des fonctions publiques sans aucune fortune, et cela n'est pas moins notoire que mon infirmité et mes longs services. Mais chacun de nous doit, selon sa position, s'acquitter de ses devoirs envers l'Etat.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

« J. Fourier, « ancien préfet du département de l'Isère. »

Mercredi matin.

« Monsieur et ancien collaborateur,

« Je suis extrêmement reconnaissant de l'intérêt que vous mettez à l'affaire dont je vous ai entretenu, et j'y trouve un nouveau témoignage du zèle bienveillant que vous m'avez accordé dans d'autres circonstances. Je ne pourrais point profiter aujourd'hui de l'offre que vous m'avez faite de nous réunir chez le ministre de l'intérieur, le procès-verbal de l'élection lui a été envoyé, mais ne lui serait pas encore connu. Je craindrais que cette démarche ne lui parût anticipée, et je me borne à désirer qu'il soit favorablement prévenu, par quelques mots que vous auriez la complaisance de lui dire, s'il s'en présente une occasion facile. Je vous prie donc, si toutefois les circonstances vous le permettent, de lui témoigner qu'il serait agréable à vous-même et aux personnes quionteu avec moi d'anciens rapports d'administration, d'apprendre que le

roi approuvât ma nomination, comme il Ta fait à l'égard de ma première élection, et sur la demande de monsieur votre oncle et des députés du département de l'Isère.

« Le procès-verbal ayant été envoyé, je vais m'adresser à monsieur Capelle et j'apprendrais avec beaucoup de plaisir que vous avez l'entention de le prévenir à cet égard. Je vous prierai de m'indiquer le moment où je pourrai l'entretenir, et je suis persuadé que d'après nos anciennes relations, et surtout d'après l'intérêt que vous y prenez, qu'il sera à mon égard dans des dispositions très favorables. Il me les a témoignées dans plus d'une occasion, et c'est à lui principalement que je dois la détermination relative aux six exemplaires du grand ouvrage d'Egypte.

« Je n'ai pu, comme je me l'étais promis, vous informer dès le soir même du résultat de l'élection. Il a surpassé toutes mes espérances. J'ai réuni 38 suffrages dès le premier tour de scrutin, le nombre des votants était de 48. M. Biot a eu les dix autres voix. Six de mes amis étant absents pour cause de maladie grave, ou en voyage par ordre du gouvernement, ils m'ont écrit en route que je suis autorisé à dire très positivement qu'ils auraient voté pour moi, mais leurs voix n'ont pu être comptées. Toutes les personnes disposées en faveur de M. Biot étaient présentes sans aucune exception. Toute la soirée du lundi, je n'ai pu me dispenser de recevoir les personnes qui venaient de voter et qui s'étaient réunies cbez moi. L'extrême exiguité de mon logement a rendu ce concours assez embarrassant. Je désirais beaucoup avoir l'honneur de vous voir et de vous écrire, je n'en ai point eu le loisir.

« Vous me connaissez assez pour croire que je ne prétends jeter aucune défaveur sur M. Biot, mais je suis obligé de dire que les motifs qui l'ont fait échouer d'une manière si complète sont uniquement puisés dans son caractère personnel. Il aurait dû s'abstenir dans une concurrence avec une personne plus âgée que lui, dont il a été l'élève, et auquel il doit une partie de ses succès dans les sciences. Il réunit plus de vingt-deux mille francs de traitement annuel pour des places qu'il ne peut remplir toutes. Je m'arrête parce que des détails personnels

sont désagréables à rapporter, et je n'ai pas cité les motifs les pins décisifs qui proviennent de son caractère. Il serait injuste et absolument faux de supposer que l'esprit de parti a déterminé cette élection. Il se trouve au contraire que des personnes dont les opinions sont très connues, et qui ont avec le gouvernement des rapports continuels ont voté ouvertement pour moi. Je me bornerai à citer parmi celles-là le docteur Portai, premier médecin du roi. Je pourrais aussi citer au nombre des dix personnes qui ont voté pour M. Biot des personnes d'opinions entièrement différentes; mais vous pensez qu'une pareille désignation n'est pas un moyen que je puisse employer. Je n'ai d'ailleurs aucun ressentiment contre ceux qui n'ont pas voté pour moi. La plupart n'ont pas dû faire autrement. Ils s'étaient engagés envers M. Biot depuis très longtemps. Leurs fils ou leurs parents ont été ses élèves, et il est facile de voir que dans un corps où il est depuis vingt ans environ, il a dû contracter des liaisons habituelles; il est même surprenant qu'il n'ait pu réunir que dix suffrages.

« Je n'ai aucun motif de prévoir qu'il y ait le moindre obstacle à cette confirmation. Si quelque difficulté avait dû survenir elle aurait sans doute précédé l'élection, car les noms des candidats ont été connus quinze jours d'avance, la commission nommée pour les présenter était connue aussi, et les journaux avaient rapporté les noms des commissaires.il eût été facile de les prévenir et de me prévenir moi-même: car assurément je me serais retiré, si on m'avait fait prévoir quelque difficulté.

« Peut être vous rappelez-vous l'opposition qui eut lieu à ma première nomination; j'annonçai alors la résolution de ne me présenter de nouveau que si le roi m'y faisait autoriser par le ministre »

Nous trouvons aussi dans ces lettres de Fourier une épitaplie assez singulière faite par lui en latin et en français pour Mabillon, Monfaucon et Descartes. De ces épitaphes écrites de sa main, nous ne rapporterons que la version française:

ICI REPOSENT DEUX SAVANTS ET UN PniLOSOPUE

mabillon, montfaucon l'honneur de la congrégation de saint-maur; ils excellèrent dans une société de savants illustres i et descartes, l'honneur DU GENRE HUMAIN, PHILOSOPHE, IL SURPASSA ARISTOTE PARCE Qu'lL DOUTA, ET APPRIT A DOUTER.

IL EUT ÉTÉ PLUS GRAND s'iL EUT DOUTÉ DAVANTAGE. PHYSICIEN

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