‹ Chartes, Manuscrits autographes, documents historiques sur la Bourgogne, faisant partie d'une collection particulièreChapitre 270 sur 275 · Cahier in-12, papier, d'environ 50 pp · texte numérisé non relu

Cahier in-12, papier, d'environ 50 pp

Souvenirs d'Antoine-Edme Rathier, de Chablis, qui fut successivement membre du conseil général du district d'Auxerre en septembre 1791, l'un des directeurs du département en juin 1792, président de l'administration départementale en l'an 8, premier sous-préfet de Tonnerre, et l'un des douze candidats désignés au choix du Sénat pour le renouvellement de la députation de l'Yonne au corps législatif, en l'an 13.

Ces souvenirs relatent des détails pleins d'intérêt sur les personnages avec lesquels l'auteur avait été en rapport. Il rappelle de curieux faits sur le général Barbuat de Boisgérard, sur la jeunesse du maréchal Davout, qu'il avait connu assez

intimement, sur le mariage de ce dernier avec mademoiselle Seguenot, de Stigay ; sur son divorce. Ces anecdotes inédites sont très piquantes et leur vivacité ne permet pas de les re< produire toutes. Elles ont d'autant plus de valeur qu'elles sont rapportées par un contemporain et un ami. Nous en détachons seulement cette anecdote relative à la jeunesse de Bonaparte :

« Lors de la suppression des ordres religieux, les moines de Citeaux ne furent pas d'accord avec l'abbé au sujet de la dépouille de la maison. Le district de Dijon informé que quatre tonneaux remplis d'argenterie allaient être enlevés y envoyèrent des commissaires dont l'autorité fut méconnue par les moines. Les commissaires ayant demandé main forte au département, j'y fis passer une compagnie du régiment d'artillerie alors en garnison à Auxonne, dont Bonaparte, alors lieutenant, avait le commandement. Pendant que les commissaires soutenus de cette force militaire faisaient l'inventaire du mobilier et évacuer la maison par les moines, Bonaparte ennuyé de ce séjour maussade au milieu des bois, laissa le commandement à son sergent major, et se rendit àSeurre, petite ville voisine.

« Le jeune officier y fut accueilli et bien venu dans les meilleures maisons; il s'attacha surtout à la société de madame Prieur, dont le mari câgé avait été président du grenier à sel. On a la certitude que la dame assez jeune et jolie ne lui fut pas cruelle. Bonaparte obligé de retourner à sou corps et laissé depuis dans les armées semblait l'avoir oubliée. Cependant à son retour d'Italie, en l'an 5, et ramenant avec lui madame Murât, sa soeur, encore fille, et qu'il venait de retirer d'une maison d'éducation, il ne put s'empêcher de se détourner de sa route, et se rendit à Seurre dans une auberge, d'où il fit dire à madame Prieur qu'un de ses intimes amis, fatigué du voyage et ne pouvant se transporter chez elle, désirait qu'elle vint le voir. Madame Prieur hésita beaucoup à se rendre à l'invitation. Elle ne fut pas peu surprise de reconnaître Bonaparte, et surtout de le trouver dans la compagnie d'une jeune personne qu'elle croyait toute autre qu'une sœur. Bientôt elle

fut mise au fait et une tendre reconnaissance eut lieu entre eux.

« Madame Prieur devenue veuve ne put que suivre en idée son héros dans son voiage d'Egypte, et ne put se trouver en position de le revoir que lors de son retour de Marengo passant à Chalon-sur-Saône, où elle s'était retirée après avoir quitté Seurre. Elle crut pouvoir profiter de cette ancienne liaison pour faire la fortune de sa famille, et se placerelle-môme auprès de madame Bonaparte. Elle n'a pu réussir qu'à obtenir une conservation pour un de ses frères, et a échoué sur le reste, notamment à obtenir une place de receveur général pour Ligeret, receveur particulier à Semur, frère de Ligeret, percepteur d'Aisy. »

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