‹ Chasse et pêche au CanadaChapitre 31 sur 115 · LE CHEVREUIL · texte numérisé non relu

LE CHEVREUIL

duit à sa perte. Le chasseur expose, dans le devant de son canot, sur la lisière du lac, une torche d'écorce enflammée ; lé chevreuil allant s'abreuver, s'arrête, s'approche, fixe l'objet : une balle l'atteint. On le leurre également au moyen d'une bougie ardente, fixée à l'intérieur de la cavité d'un bonnet d'écorce de bouleau, qui dérobe la figure de celui qui le porte ; les yeux du cerf reluisent dans l'obscurité comme des globes de feu, — points de mire pour le chasseur qui peut difficilement manquer le cible.

Dans les Etats du Sud, où le cerf fréquente de vastes plaines (1) on le pourchasse à cheval avec des lévriers

(1) "II vient de se produire un incident curieux sur la ligne du chemin de fer du Pacifique, à l'endroit où les premières ondulations du terrain, au sortir des prairies annoncent le voisinage des Montagnes- Noires, dans l'Amérique du Nord.

" Au point du jour," raconte le Matin, " la locomotive entraînant une longue file de wagons, chargés de voyageur d de colis, pénétrait dans une petite vallée où coule doucement une eau pure et fraîche venue de la montagne.

" Sur les bords de ce ruisseau se tenait un nombreux troupeau de cerfs s'y désaltérant avec délice*, loin de tout danger apparent. Les timides animaux, épouvantés pur l'apparition de ce cheval de fer au milieu d'eux, s'élancèrent pour se dérober par une course furieuse à cet ennemi inconnu.

" Le mécanicien, voulant ajouter à leur effroi, fit entendre le sifflement aigu et strident de ses jets de vapeur. C'en était trop pour les pauvres bêtes : toutes, afin d'échapper au monstre qui les menaçait et semblait suivi d'une armée, s'enfuirent dans la direction même que suivait le train.

u La lutte commença entre la locomotive et les cerfs.

M Lancée à toute vapeur, la formidable machine, dont les roues tournaitnt avec une rapidité vertigieuse, semblait dévorer l'espace, mais les cerfs, à qui la frayeur donnait vraiment des ailes, touchaient à peine la terre et fendaient l'air avec des élans désespérés.

" Fer et vapeur contre poumons et muscles, qui l'emporterait ? Le mécanicien chauffa a la plus haute pression, aux hourras des voyageurs qu'intéressait vivement ce singulier steeple-chasé.

« On estime <i^ sur un parcours de p fus de six milles (près de 10 kilo-

iii «:

(stag hoands.) Du golfe du. Saint-Laurent, à travers le Canada et les Etats-Unis, jusqu'aux Montagnes-Kocheuses, tel est le parcours du chevreuil. Il n'habite pas à l'ouest des Montagnes Kocheuses, excepté au Mexique. On Fa remarqué bien rarement au nord du Saint- Laurent, plus bas que Québec; à l'ouest de Montréal il se rencontre ; dans toute la province d'Ontario, on le trouve au nord de l'Outaouais. Dans le district adjacent aux lacs Nippising et Témiscaming, on voit, de temps à autre, des bandes éparses de chevreuils. On l'a vu, ces années dernières, dans le comté de Eenfrew, sur les rivières Madawaska et Bonnechère. Il existe dans tous les Etats de l'Union. Fort commun au Texas et à New Mexico, il ne se trouve pas dans les Etats d'Orégon ou de Californie.

Ceux qu'Audubon et Bachman rencontrèrent, à Niagara et au Maine, leur semblèrent deux fois aussi gros que ceux qu'ils avaient vus dans les îles de la Caroline du Sud, où Ton va chasser ce bel animal, si facile à apprivoiser.

Ovide nous a laissé une riante description des malheurs du chasseur Acteon, métamorphosé en cerf ; en voici une traduction libre.

" Au temps où l'île de Délos flottait à la surface du bleu océan, une jolie dame grecque, du nom de Latone, y donna le jour à un fils nommé Apollon et à une fille: jumeaux

mètres), les cerfs affolés tinrent constamment têtu ; mais ils faiblissaient et allaient succomber quand la gorge qu'ils suivaient, s'élargissant tout à coup, leur livra un espace ouvert de chaque côté. Ils s'y jetèrent et y achevèrent leur course effrénée, ne s'arrêtent qu'à une distance qui défi lit locomotive et carabine.

" Alors, tremblant sur leurs jambes flageolantes et aspirants par la bouche et par les naseaux l'oxigène qui manquait à leur poitrine, ils regardèrent avec leurs grands yeux dilatés l'étrange apparition qui semblait fuir en remplissant l'air de bruit et de fumée.

" La force musculaire avait vaincu la puissance mécfcanique. "

LE CHEVrtEUIL

issus de son (légitime ?) mariage avec un grand seigneur des mieux posés de l'époque, le sieur Jupiter. Avec le temps, la petite devint une grande, une belle princesse, si gentille, si modeste, si rangée, que bientôt on la surnomma la chaste, la blanche Diane. Elle raffolait de la chasse et se fichait des amoureux. On la trouva, néanmoins, si adorable, que les fashionables d'Ephèse allaient l'adorer en un temple magnifique, qui passa pour une des sept merveilles. la belle demoiselle! Les mauvaises langues prétendaient que ces messieurs faisaient encore plus de cas de sa beauté que de sa chasteté !

"Un jour, où, avec ses chiens, mademoiselle avait lancé un cerf, l'animal prit l'eau ; la chasseresse en fit de même.

" Passe un jeune fat, du nom d'Acteon, lequel ajusta son lorgnon pour voir quelle mine feraient sur Tonde une crinoline flottante et un Grecian Bend (1). Sa curiosité ft;t bien punie, car la chaste demoiselle, qui avait étudié la magie blanche, lui fît une passe magique ; et de suite on vit à la place de l'indiscret Acteon un cerf timide, que l'inhumaine laissa même croquer vif par ses chiens."

(Courrier du Canada).

( 1 ) Caprice de mode, où des talons fort hauts jouaient le principal rôle : avis aux antiquaires, nos neveux, qui étudieront les modes changeantes du passé.

CHASSE AU CHEVREUIL

lie chasseur, en Amérique, a recours à trois modes différents pour capturer le plus gracieux de nos ruminante — dirai-je, le plus rare autour de Québec — le chevreuil (Ked Deer) : M. William T. Porter, dans son intéressant journal du sport, New-York Spvrit of the Times a décrit avec beaucoup d'entrain ces méthodes, sous la rubrique 1° Still Hunting, 2° Fire light Hunting 3° Driving. Le premier mode est usité surtout par les vieux trappeurs des frontières de l'ouest, comme moyen d'existence. Il requiert une science consommée des habitudes et des mouvements du cerf, non seulement aux diverses saisons, mais encore à toutes les températures et à toutes les heures du jour et de la nuit.

Le vétéran des forêts, vêtu de sa chemise en cuir, armé de sa longue carabine, (1) de son grand couteau de

( l ) A propos de carabines, un sportsman distingué de New-York, M. Geo. M. Fairchild jr. nous communique la note suivante :

"The following are the best known american sporting rifles i Winchester, Coït, Bemington, Bullard and Ballard.

" The Winchester is undoubtedly the most popular as it possesses many advantages over the otherg. Ii is a magazine rifle carrying fronx

CHASSE AU CHEVREUIL

chasse et de son casse-tête, solidement liés à sa ceinture en baudrier, s'aventurera hardiment dans les sentiers presqu'impénétrables de la forêt, en quête des traces de chevreuils, faciles surtout à reconnaître aux premières neiges d'automne et plus tard. Tantôt, le cauteleux coureur des bois s'avance à grands pas ; tantôt, il s'arrête, se faufile derrière une souche, ou rampe comme un serpent dans les savanes, ou se blottit derrière un arbre. Là, il scrute à l'horizon, il écoute le moindre bruit.

Ah ! voyez- vous, là bas, dans la plaine, la victime qui broute sans défiance, mais à portée de fusil. Il épaule son arme, le coup part...

— Ami, qu'avez- vous abattu ? je ne vous demanderai pas ce que vous avez visé ; car, se serait laisser planer un doute sur la justesse de votre tir.

six to 13 cartridges Whitis known as the haif magazine rifle is the one most affected by Eastern sportsiiien, it is the six cartridge rifle. The calibres are 40x60— 4f>X "5 — 50x90. For ail gaine found in the Ganadian wilds the 40x60 is the most effective weapon. Its low trajectory and powerful pénétration up to 300 yards commends it to Eastern sport smen where a shot in the dense woods is rarely obtained atanything beyond 200 yards. M. Wakeman Holberton the well known sportsman while in the Âdirondacks last year killed a bear with this rifle at 100 yards, the bail penetrating the thick skull and ranging into the neck, severed the verterbrae,showingthe fine pénétration of this calibre. The cost of this rifle is about $20.00. 4

The Coït and Ballard are magazine rifles, the latter the finest finished and most expensive rifle made. It is priced at about $33.00.

A popular weapon among the Adirondack guides is the combination rifle and shot gun. They are two shôt gun barrels with a rifle barrel beneath. Where a camp is dépendant upon the game killed, this gun commends itself, as the sportsman is always ready for any thing that runs or flys.

The Winchester model of 18%, is the latest improvement, as the càrrying block is of bronze which heats Yery iittle and does not rust. Its lightness, freedom from recoil it a great disiderotion to the Eastern sportsman. The full chambered rifle is only used today in the far weit for large game at long nmfce.

— Ilien qu'un chevreuil, dit-vous ?

— Mais où donc est-il ?

— Oh ! il a fait quelques bonds ; on le trouvera bientôt couché au sein d'un fouillis d'épinettes ou de vinaigriers ; car, il a dû être frappa au cœur. On le trouve en effet. Alors, le trappeur tire son long couteau de sa gaîne, lui ouvre la jugulaire, lui lève la peau, dépèce la carcasse, se réserve les jambons et laisse le reste aux bêtes fauves et aux oiseaux de proie.

Si la température eut été plus chaude, le trappeur aurait exploré le versant ombragé des collines.

Si c'eut été au printemps, il fut allé guetter le gibier, dans quelque savane, ou près des bords d'un lac solitaire, où le chevreuil a habitude de se réfugier dans l'onde, pour se soustraire aux piqûres djs moustiques.

A la saison des grands froids, le trappeur exploreia les ^vallées humides où l'animal va brouter les mousses et les lichens qui enlacent le tronc des arbres. Puis, il vous indiquera l'endroit où le chevreuil se sera frotté aux branches, pour enlever l'enveloppe veloutée de sa ramure, le lieu où il se sera airêté pour gratter le sol de son pied ; ou bien, il vous signalera un arbre que l'animal aura dégarni des fruits de la saison précédente.

Il pourra, au besoin, vous dire comme il sait imiter au printemps, le bêlement de la mère, quand il désire faire venir à lui ses faons, ou comment il s'y est pris pour attirer à portée de fusil, le reste de la bande, en exposant dans les hautes herbes la tête d'un chevreuil.

Je n'ai qu'une faible admiration pour cet infatigable chasseur, qui menace, avec le temps, de dépeupler nos forêts de leurs hôtes les plus intéressants.

2° La chasse au chevreuil au flambeau — Fvre light

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CHASSE AU CHEVREUIL

hunting — se fait à cheval pendant l'obscurité. La nouveauté du spectacle, cette course de nuit, sous le dôme de forêts sombres, les dangers de la route pour chevaux et cavaliers, contraints d'éviter mille obstacles, des ravins, des troncs d'arbres renversés, des cours d'eau a quelque chose de saisissant pour le novice : l'émotion souvent se mêle à l'effroi. Voici comment on en agit :

Un cavalier, porteur d'un flambeau ardent de pommes de pins, etc., précède dans le bois celui qui doit tirer. Le flambeau illumine tous les objets aux environs. Bientôt le Nemrod distingue deux points lumineux : ce sont les prunelles du chevreuil, immobile et comme paralisé par la curiosité ou la surprise. Le chasseur vise droit entre les deux et atteint l'animal au milieu du front ; il quitte Alors sa monture pour dépecer la pauvre bête et continue .souvent avec succès sa chasse jusqu'au jour naissant.

Il y a cependant un grave inconvénient à ce mode : d'autres habitants des bois, mus par la curiosité, ont pour habitude de fixer du regard le chasseur et de rester immobiles pour recevoir son coup de feu. On tire et au lieu d'un chevreuil, l'on trouve gisant à terre, dans les trances de l'agonie, un cheval, une vache, quelquefois un loup. Notre ami, M. J. U. Gregory, a décrit une de ses chasses en Floride, où son compagnon en tirant, atteignit une vache, heureusement, sans la tuer. Il ajoute qu'il est difficile de se tromper, pour peu que le chasseur soit habitué à cette chasse, " vu que les yeux des bestiaux sont plus éloignés, les uns des autres, que ceux des chevreuils. — (En racontant, p. 129).

3° La méthode connue comme Driving, ressemble fort à la chasse à cor et à cri du vieux monde. Elle est en faveur, surtout parmi les riches propriétaires de la Virginie, un peu même, à l'ouest dans la province d'Ontario.

Une escouade d'alertes chasseurs, bien montés, se donnent rendez- vous, suivis de leur meute bruyante et de leurs rabatteurs expérimentés (Drivers) dans une clairière, à l'orée d'un grand bois fréquenté par les chevreuils. Le cor de chasse réveille les échos d'alentour, les chiens bondissent, hurlent de joie. On fait halte: chacun de descendre de son cheval, qu'il attache à un arbre. Le chasseur prend son poste en silence, à l'endroit qui lui est indiqué, masqué par un arbre on par l'angle d'un rocher. Les chevreuils ont pour habitude, de père en fils, de suivre dans la forêt les sentiers connus ; alarmés par les rabatteurs et les chiens, ils prennent la course. S'ils s'écartent un peu de la voie, les rabatteurs les y ramènent ; de cette sorte, ils tombent devant les balles des chasseurs, de faciles victimes. Les rabatteurs leur donnent le coup de grâce, les dépècent. On sonne du cor de chasse. On repart : un copieux repas clora la journée. Ajoutez au spectacle, la présence de belles dames et l'on croirait revoir presque les chasses de jadis aux forêts de Fontainebleau : le royal amant de la blanche Diane de Poitiers, et ea brillante cour, escortant, au son du cor, sa belle maltresse.

Il passe, il passe, le clairon du roi, mes damée. Il passe, il passe, le clairon du roi joli.

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