CHA8SB
à deux, à la fin de mars, avant de quitter ses quartier» d'hiver.
C'est un animal omnivore : légumes, racines, pois, raisin sauvage, fruits, glands, faînes, miel sauvage, avoine verte, jeune maïs, larves d'insectes, frai de poisson, vers de terre, insectes recueillies sur l'onde des lacs, où il nage la bouche ouverte pour mieux les saisir : tels sont ses mets en été* Tout lui va : sa digestion est vraiment admirable.
Les dégâts que maître Martin, commet pendant la belle saison, dans les champs d'avoine : ce qu'il avale, ce qu'il piétine, lui attire la vindicte des cultivateurs. Pressé par la faim, il ne se fera aucun scrupule de happer, en passant à la brunante, un jeune cochon dans la basse cour, près de la forêt, ou un veau lâché dans les chaumes. La nuit venue, il explorera les avenues de la bergerie, y pénétrera pai une trouée, qu'il pratiquera dans le fenil ou dans le, toit, se gorgera de la chair des agneaux les plus tendres, massacrera sans pitié le reste du troupeau, sans oublier le bellier cornu ; (1) puis, il détalera, sans trompette : car, lui aussi, comme son petit collègue en rapine, le renard, est un rôdeur nocturne. Il n'est pas aussi astucieux, aussi fertile en ressources ; mais, il sait s'esquiver une fois traqué. On a vu un vieil ours poursuivi par des chasseurs pendant dix-huit jours et finalement capturé, dont les pattes lésées et Wcérées, par cette longue course, accusaient des efforts, une persévérance inouïe pour se soustraire au sort qui le menaçait.
L'ours, traqué par des chiens, court une petite distance ;
(1) J'ai souvent oui-dire par nos paysans, que l'ours capture les moutons dans les prés au moyen du stratagème suivant : Martin se couche de son long, sur l'herbe ; les moutons d'abord effrayés de sa présence r ■e laissent aller à la curiosité ; ils s'approchent peu à peu de l'objet noir . qui fait le mort et quand une brebis s'est approchée assez près, le mort ressuscite et l'empoigne.
l'ours noir
a*U rencontre, en chemin, un arbre qu'il puisse empoigner^ il s'y hissera : là le chasseur le trouve et le tire. En août, il se gorge de bluets; <n septembre, il s'instale au sommet d'un chêne ou d'un hêtre, cassera sans façon les
rameaux garnis de glands ou de faînes dont il fera un eopieux repas, laissant au haut de l'arbre, un amas de branchettes que de loin l'on prendrait pour l'aire d'un oiseau de proie.
Acculé dans sa tannière, ou adossé à un rocher ou à un arbre, Martin est un dangereux adversaire pour le chien de chasse, ou pour son maître.
Il n a pas appris la boxe ; mais, de sa patte flexible, armée de terribles griffes, il flanquera une taloche à éreinter un chien : malheur au dogue qui s'acharnera à le saisir au collet, ou au chasseur exposé à son étreinte meurtrière. Pour se défendre, il emploiera d'abord sa patte ; il estropiera le dogue le plus robuste et fera voler au loin, le fusil ou le casse-tête du chasseur, qui s'approchera de trop près.
L'ours noir fuit d'ordinaire en présence de l'homme, à moins que ce ne soit à la saison de l'accouplement ; alors les mâles sont agressifs, ou à la fonte des neiges, temps où. les femelles ont des oursons à élever et à protéger.
La chair, surtout les jambons de l'ours sont savoureux ; sa graisse, fort usitée comme cosmétique.
L'animal se ereusera une tannière aux premières neiges, sous un arbre renversé ou sous l'abri d'un rocher : s'y retirera gras et bien repus ; y séjournera plongé dans un profond sommeil pendant les grands froids de Décembre, Janvier et Février; en sortira également gras aux beaux jours de Mars, ou à la chaude température d'Avril ; puis, le gailant perdra un peu de son embonpoint à faire l'école buissonnière dans le grand bois
On réussit à apprivoiser les jeunes : adultes, i nent acariâtres, maussades, méchants ; n'obéis leur mattre. Un de mes amis à Sillery avait un croyait doué d'an excellent naturel ; s'étant abse l'ours devint adulte, il trouva à son retour Martù haut d'un orme et les voisins, armés de fusils, et faire prompte justice pour méfaits c
Benedict-Henry Eevoil, dans ses charmants récits, (1) paraît s'être donné la mission de narrer, entre autres incidents " une série de chasses fantastiques," dans les forêts du nouveau monde. Il a pleinement réussi : les neuf années (1841-9) qu'il a passées aux Etats-Unis et au Canada, en fournissent des preuves irréfragables.
Comme œuvre d'imagination, son livre est admirable d'entrain, palpitant d'intérêt ; j'ajouterai, de nouveauté, comme on s'en convaincra en feuilletant entre autres, l'agréable Ghapitre où sont consignées ses chasses à l'ours Grizzly, le redoutable monarque des montagnes Eocheuses.
Les Peaux Eouges, selon lui, les imprudents ! à la recherche du Grizzly, le saisissent par les pattes de derrière et le soulèvent pour l'empêcher de se retourner. Gredat Judœus Apella !
Voilà bien qui est pousser à ses dernières limites <{ le merveilleux du récit, " ingrédient indispensable d'un livre sur la chasse, d'après ce bon M. Revoil, quand l'on
(1) Chasses dans l'Amérique du Nord.
songe au poids, à la force, à l'agilité, à la férocité constaute de ce colosse des forêts. Mais, enfin, le jovial chasseur se console facilement en prenant pour devise " Histoires de Chasseurs ne sont pas Evangiles."
Bien que l'ours noir du Canada n'ait ni le poids, ni la force, ni la férocité de son congénère de l'ouest, je ne conseillerai pas au trappeur, même le plus musculeux, de tenter à son égard, un pareil tour de force, que d'esseyer en plein bois, de le soulever, en le prenant par les pattes de derrière : mal pourrait bien lui en advenir I
J'ai lu quelque part que le Baron de Crac, légendaire chasseur, avait le courage d'introduire, par l'œsophage dans la gueule béante d'un ours, son énorme main et d'aller saisir à l'intérieur, la racine de la qpeue de l'animal qu'il ll retournait à l'envers comme un gant ; " mais, c'était là un ours allemand !
. Chez nous la chasse aux ours est plus prosaïque, moins accidentée, moins périlleuse.
Le trappeur en quête de sa dépouille, emploie de gros pièges appâtés de viande fraîche, lesquels il assujettit par une chaine, non à un arbre ; car la résistance que lui offrirait cet obstacle pourrait causer un tel accès de colère à l'animal une fois pris, qu'il briserait le piège ou se casserait la patte ; puis, se libérerait avec ses dents. Il aura donc soin de le lier à une bûche de bois, que la bête entraînera à une petite distance $ elle s'affaiblira, plus tard, par la résistance ou par la faim.
On le prend encore avec une attrape, confectionnée de deux troncs d'arbres, balancés sur des poteaux, que l'animal sera forcé de déplacer avant d'atteindre l'appât à 1'intéritur de l'attrape : une perdrix, un morceau de lard ou de bœuf; les poutres perdant l'équilibre écraseront maître Martin dans leur chute.
Une méthode, cruelle par les souflrances qu'< consiste à enfoncer solidement, à quelque terre, tin peu inclinés, dans le tronc de l'ar' duquel on a exposé l'appât, des crochets t d'accrocs comme des hameçons. L'ours grii:
sa coutume, le long de l'arbre, ira déve sans songer à sauter du haut en bas. Il desce Ions, en empoignant le tronc de l'arbre, jusqu : recourbés, qu'il s'enfoncera infailliblement dai de devant. Il entrera en fureur, mais inu restera cloué à l'arbre, pour y expirer dans des atroces et prolongées. Ce procédé, nous le c
On pourchasse l'ours aussi, vers la fin de l'hi' chiens ; le chien s'introduira dans sa grotte, chasseur, par le frimas qui en entourre l'entré vapeur qui s'en dégage, causée par l'haleine l'ours, en contact avec l'atmosphère froide du <
Si le chien ne réussit pas à le déloger, une tor introduite dans son repair est généralement effi que le chasseur, embusqué à l'entré de la tanni i à la bête à sa sortie, un coup de hache sur le lui logera une balle derrière l'épaule.
L'ours est dur & tuer ; il faut que le pénètre dans le cerveau par l'orbite de l'œil, < par le défaut de l'épaule : une balle ordiuai sur son crâne ; il continue avec entrain la ] après avoir reçu plusieurs balles dans le corps.
De vieux trappeurs vous diront qu'ils conn autre espèce d'ours, de stature plus élevée, — p beaucoup plus féroce que l'ours ordinaire, :
poitrail d'un croissant ou d'une étoile blanche.
Ce brigand se ruera en plein jour sur un trou
de moutons, qu'il égorgera de gaité de cœur jusqu'au dernier, en présence des propriétaires, près de la métairie ; ce terrible maraudeur, blanchi par le temps, n'est autre qu'un ours ancien, que l'âge ou un jeûne prolongé aura rendu vorace et sanguinaire ; si on le rencontre en hiver en dehors de sa tannière, c'est lorsque la température est plus douce qu'à l'ordinaire.
Les Indiens prétendent que les ours, l'automne, avant de se mettre en hivernement, ont pour habitude de dégarnir les sapins de leur écorce à cinq ou six pieds de terre, pour
se procurer la gomme, qui, selon eux, à l'effet de leur conserver leur graisse pendant leur période de torpeur ; que le printemps venu, ils creusent le sol pour en extraire des racines afin de restaurer leur activité, aux fonctions du corps, suspendues par leur sommeil prolongé.
M. Chs. 0. Ward, excellent observateur, est d'avis que l'ours à son jeune âge est non seulement espiègle, mais qu'il est enclin à la plaisenterie (humor).
Il raconte qu'un jeune étranger, son hôte, avait pour habitude de jouer de la flûte, passant et repassant devant un ours apprivoisé que M. Ward possédait. Martin s'égayait, à ses heures, à relancer un bâton long d'un mètre ; bientôt, il se mit à imiter, avec ce joujou, le manège du joueur de flûte. L'artiste piqué, crût tirer vengeance de l'espiègle animal, en l'ahurissant des sons les plus aigus qu'il pouvait produire de son instrument. L'ours, reniffla l'air, gémit, maugréa ; puis, le joueur de flûte s'étant approché de lui, de sa formidable patte, il lui assena sur la tête, une taloche qui enfonça complètement sur les yeux du musicien, son feutre altier. Pour prévenir un second coup, l'artiste s'esquiva en se laissant choir à terre, hors de la portée de Maître Martin, " jurant, mais un peu tard, qn'on ne l'y reprendrait plus."