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LA VÉNERIE

En première ligne se place la chasse à courre, à cor et à cris. C'est la chasse française par excellencfe, qui fut instituée jadis k l'égal d'une profession d'Etat, avec tout le luxe et le pompeux attirail que comportaient les plaisirs royaux : la vénerie en un mot.

On compte encore en France des veneurs émérites et des équipages de premier ordre.

Le courre du cerf est resté le type de ce sport somptueux. Il exige un nombreux personnel et se pratique k grand renfort d'auxiliaires : chevaux et chiens. Chaque chasse prend l'éclat d'une fête où rien ne manque k la mise en scène : maîtres, invités, valets portant la livrée et le bouton de l'équipage.

On se propose pour objectif de ne chasser, pour le prendre, qu'un animal dont l'espèce et l'individu sont déterminés k l'avance.

Le succès dépend de la quête du limier, puisque c'est

lui qui sert à détourner le cerf dans le buisson, où il est rembuché. Le limier doit avoir le nez fin et suivre juste. Il marque chaque foulée sans bruit et sans abois; au piqueur à débrouiller si telle est la vraie voie du gibier qu'il cherche.

Sa besogne faite et k l'heure dite, le piqueur se trouve au rendez-vous, où il fait son rapport détaillé. Si le maître de l'équipage juge qu'on tient une bonne piste, il prend de suite ses mesures pour l'attaque et proportionne les moyens d'action k la résistance probable et k la difficulté du terrain.

Tout d'abord, on foule l'enceinte avec quelques chiens, les plus vieux et les plus lents, pour faire le rapprocher et le lancer; en même temps, on poste du monde sur la refuite probable pour chercher k voir l'animal par corps et être bien sûr que le piqueur a dit vrai. Alors seulement on découple la meute.

Lfa voie est chaude et les premiers coups de gueule des chiens excités par la fanfare éclatent sous les grands bois et se répercutent dans les lointains comme les échos d'une puissante symphonie. A partir de cet instant, la chasse est poussée k fond ; c'est une lutte de vitesse dont le grand train est entretenu par des relais plusieurs fois renouvelés. L'art est de ne permettre aucun défaut, aucun change, aucun ralentissement dans la poursuite. Après deux ou trois heures, plus ou moins suivant les cas, le cerf haletant baisse la tête et tire la langue. Souvent, il cherche un étang ou une mare pour se rafraîchir et c'est Ik qu'il s'arrête pour tenir les abois et vendre chèrement ce qui lui reste de vie.

Le cor sonne V hallali. En forme d'épilogue, le maître de l'équipage ou l'invité k qui on fait les honneurs de

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la chasse sert la bête sur ses Jîns d'un coup de dague ou de carabine ; beaucoup moins d'ailleurs pour terminer son martyre que pour épargner la vie des chiens, contre lesquels il se défend des andouillers et des pieds de devant avec le courage du désespoir.

On compte les minutes et Téquipage tient k honneur la rapidité avec laquelle la victoire a été enlevée.

Quand le laisser-courre est bien mené, tout cela se sera passé si rapidement, si naturellement que le spectateur, qui suit en voiture ou à cheval sans autre préoccupation que celle de ne pas se perdre» croit quB cela devait arriver. Bien peu se doutent de ce qu'il a fallu déployer de savoir, d'expérience, de coup d'œil et d'énergie avant et pendant l'action, pour éviter les mille incidents de nature à compromettre le résultat final.

La représentation se termine par la curée, qui tient lieu d'apothéose surtout lorsqu'elle se fait aux flambeaux.

Mais ce sont les beaux jours, car chasser n'est pas toujours prendre et il faut compter avec les buissons creux, les incidents et les accidents.

On ne doit jamais tirer le cerf devant les chiens ; cela est au contraire admis pour le daim, le sanglier et le loup chassés dans les mêmes conditions.

Le courre du loup est autrement difficile et tourmenté. C'est accomplir un raid des plus durs que suivre un animal qui, d'une traite, vous emporte à 60 et 80 kilomètres du lancer.

La vénerie emploie aussi des chiens de force qui, k proprement parler, ne sont plus des chiens courants.

On les substitue k la meute, en face d'un animal : cerf, loup ou sanglier qui tient les abois et fait tête, afin d'éviter aux chiens d'ordre de trop graves blessures.

Les mâtins coifiTent l'animal, l'étranglent ou le rendent inoffensif jusqu'à l'arrivée du chasseur qui le servira de la pique ou de la dague.

Mais les mâtins et les dogues surtout sont de véritables bêtes féroces qu'il faut toujours tenir en laisse et surveiller de près ; car, k l'occasion, ils attaquent l'homme et peuvent causer les plus grands malheurs.

Il ne sera pas question de la chasse au lévrier, puisque l'usage en est formellement interdit par la loi.

Le titre de veneur ne se gagne pas sans chevrons.

Il demande, en même temps qu'une grande résistance physique, de l'adresse et les connaissances les plus variées concernant le maniement des armes, le choix et le dressage des chevaux et des chiens, les mœurs et les allures du gibier, etc.. Mais, par-dessus tout, un don inné qui ne s'acquiert pas.

Tout veneur doit aussi savoir jarreter le gibier pour en faciliter le transport, le vider, le dépouiller et le découper. Chacun de ces menus détails est réglé par une tradition dont il aura la coquetterie de ne pas s'écarter.

Encore fût-il muni de toute cette science, ce n'est pas sans un long apprentissage k l'école des bons maîtres qu'il deviendra un veneur capable, k l'aide des preuves dont le gibier marque son passage et k ses allures, d'en reconnaître, sans se méjuger, l'espèce, l'âge et le sexe. Car, si, en temps de neige, quand le livre des ânes est ouvert, il est facile k tout le monde de suivre un animal

à la piste, en été, surtout par un temps sec, il faut faire état du moindre brin d'herbe foulé ou froissé.

C'est donc par sa pratique des choses du revoir qu'un veneur donne sa mesure.

On revoit d*ane bête : i^ par les portées et lesfrayoirs de la tête ; 2° par les abattoirs et les foulées des pieds aussi bien que par les allures; 3° par les laissées ou excréments.

F16. I. — Bois de cerf à différents âges.

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