‹ Chassériau; 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 34 sur 58 · REPOS DES MOISSONNEURS · texte numérisé non relu

REPOS DES MOISSONNEURS

Toute la partie de gauche de La Paix, la plus intéressante peut-être, a pu être sauvée. Elle est exposée au Louvre depuis quelques années. Nous la reproduisons ici en deux fragments.

Gautier a commenté ces deux scènes avec une particulière tendresse : n De Vautre côté — dit-il — un groupe de jeunes femmes, dont la fraîcheur annonce la santé et le bien-être, allaitent de beaux enfants, les font sauter dans leurs bras ou les endorment en leur chantant des lullaby . On ne saurait rien imaginer de plus gai, de plus frais, de plus souriant que ces belles créatures dorées par une douce lumière.

« Auprès d’elles sur un tas de gerbes que le bluet et le coquelicot piquent d’étincelles bleues et rouges, dorment, nonchalamment étendus, les moissonneurs fatigués, attendant que Thestylis leur apporte le repas de midi.

<r Plus loin, au second plan, des bouviers pressent

L'ART DE NOTRE TEMPt

dans un chemin creux des attelages de ces grandi bœufs qu’on voit dans la campagne de Rome, e dont les formes majestueuses semblent taillées exprès pour les bas-reliefs et les frontons. »

Pour évoquer ce que la scène avait, dans sot état primitif, de « rose jeunesse, de calme souriant de limpide sènèrité », empruntons encore quelquet lignes à la description de Malitourne, parue dam l 'Artiste : « Si nous revenons vers ce groupe s frais des moissonneurs, c’est que nous n’avons fai qu’en signaler le gracieux ensemble ; c’est qu’il es juste de remarquer combien la plupart de ces tètei de jeunes femmes sont empreintes d’une pure e pénétrante impression de tranquille bonheur.

<( Peut-être, vers cette partie du tableau surtout pourrait-on reprocher un emploi un peu dominant un certain excès des couleurs claires. Nous savom avec quelle intelligente convenance elles ont éti choisies ; trop prodiguées pourtant, sans correctif* qui les atténuent ou les harmonisent, elles arrivent vite à compromettre l’effet cherché. Au premiei abord, on serait tenté d’adresser un peu ce reprocha au tableau de La Paix ; mais on regarde encore et l’on oublie : le charme domine. »

Nous ne chercherons pas, bien au contraire, t « oublier », cette prédilection de Chassériau poui les couleurs claires en décoration. C’est encore ut des caractères qui font de lui un initiateur dam l’histoire de la peinture moderne.

Page 1