r L’ART DE NOTRE TEMPS
passer dans le camp de Chassériau, lui renouvelèrent à ce propos leur absolution pour ses h erreurs » passées.
En même temps, l’œuvre était décrite en quelques pages magnifiques par Paul de Saint- Victor. Au centre, le missionnaire, avec sa figure «r sublime et souffrante que semble consumer la fièvre jaune de la charité, ses yeux ardents et morbides, ses traits marqués des stigmates profonds de la pénitence, ses lèvres exténuées par la soif et brûlées par la soif des âmes, le geste endolori de son bras qui semble fatigué d’avoir baptisé le monde... A gauche du saint, sourit le blond et candide profil du jeune enfant de chœur; à sa droite, un novice de haute taille dresse en l’air un grand crucifix d’argent... Son visage sévère, encadré par l’ovale du capuchon rabattu, est empreint de morgue et de grandezza monastique... Il regarde de haut en bas la foule infidèle précipitée aux genoux du prêtre » : paria, rajah de haute mine, brahme à la barbe flottante, mère tendant au saint son enfant qui sourit; à l’autre extrémité, h dans la posture humiliée des cariatides, une femme africaine qui présente au spectateur son dos sombre et mat où la lumière s’écrase en plaques argentées; à l’autre bout s’adosse une Japonaise, dont le profil stupide et la vague tournure de pagode semblent exprimer l’endurcissement idolâtre... Cette foule bigarrée entrelace dans les groupes, depuis la peau de jais du Soudan jusqu’au teint cuivré du Japon, toutes les couleurs et toutes les nuances humaines de l’Asie... »
XLiv. — Saint François-Xavier