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EMPORTANT LEURS MORTS

Parmi les scènes algériennes, un petit nombre seulement parut dans les expositions publiques. On doit citer notamment, en 1850, Une Femme et UNE PETITE Fille mauresque jouant avec une Gazelle et, à la même date, les Cavaliers arabes emportant leurs Morts après une Affaire contre les spahis.

Cette dernière toile reparut, en même temps que notre numéro suivant, à l'Exposition Universelle de 1855 et figura à la vente de l'artiste en 1857. Par les dimensions c'est, avec le Sabbat des Juifs, la plus importante des œuvres de cette série.

A ce salon de 1850-51, Chassériau ne risquait plus les refus humiliants du début de sa carrière. Le règlement, modifié depuis 1848, enlevait à l'Institut le pouvoir dont il avait fait un si mauvais usage, et donnait aux artistes le droit d'élire eux-

mêmes le jury d'admission. Aussi notre artiste put-il être représenté par huit envois. Mais malgré le succès récent des peintures de la Gourdes Comptes, malgré le respect qu'aurait dû commander sa recherche incessante du mieux, il n'apparaît pas que tous les critiques se soient décidés à désarmer.

Le sévère Louis de Geofroy, par exemple, dans la Revue des Deux-Mondes (mars 1851), ne vit dans les Gavaliers qu'une «composition confuse ».

Comme d'habitude, c'est à Théophile Gautier qu'il faut recourir pour trouver un commentaire inspiré par une entière sympathie.

t Les Cavaliers Arabes — disait-il — sont une des meilleures inspirations rapportées d'Afrique que le spectacle de cette vie patriarcale et barbare semble avoir enivrées. Il y a une grandeur homérique dans ces groupes d'une simplicité si fière, d'une tournure si noble. — On ne se figure pas autrement les Grecs et les Troyens ramassant leurs morts sous les remparts d'IIium après un de ces combats où les dieux prenaient fait et cause pour les mortels. Quelles têtes héroïquement suaves ont ces jeunes guerriers enveloppés de voiles, comme des femmes, avec leurs grands yeux fatalistes, leurs bouches languissantes et leur physionomie exténuée! Et pourtant, quand la poudre parle, ils bondissent, forts comme des lions, agiles comme des panthères, sur ces chevaux mornes qui, penchant la tête, et l'œil à demi caché par leur crinière, flairent d'un air de dégoût l'odeur des cadavres, a (L'Artiste, mars 1857.)

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