‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 2 sur 163 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

A pied, le fusil sur l'épaule, j'ai accompli de 1894 à 1898 la traversée de l'Afrique équatoriale de l'océan Indien à l'océan Atlantique.

Pour mener à bien ce long voyage, j'ai rencontré, comme tous mes prédécesseurs, de grosses difficultés : il y a partout, en Afrique sauvage, des populations hostiles à affronter, des marécages à traverser, mille obstacles à vaincre.

Chargé d'une mission scientifique par M. le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, je suis parti de Chinde (embouchure du Zambèze) en août 1894. Coupant en diagonale le continent noir, j'ai visité successivement le haut Zambèze, le Barotsé, la région des lacs Bangouéolo, Nyassa, Tanganyika, une partie du Katanga, le haut, le moyen et le bas Congo : je suis enfin arrivé au Congo français, à Libreville, en novembre 1897, et j'étais de retour en France en janvier 1898, après une absence de quarante-deux mois.

Parti avec deux de nos compatriotes, MM. de Borely et Bertrand, j'avais dû me séparer d'eux en cours de route, à cause de leur état de santé, et il m'a fallu achever seul plus de la moitié du parcours.

Sur les 12,000 kilomètres que représente mon itinéraire, la majeure partie passe dans les districts sauvages, peu

habités, où j'ai fait continuellement la chasse aux gros animaux.

Outre les collections que j'ai pu recueillir ainsi pour le Muséum de Paris, j"ai rapporté de nombreux documents se rapportant aux découvertes géographiques, aux observ^ations astronomiques, au magnétisme, à la climatologie, à l'histoire naturelle, à l'ethnographie, à l'anthropologie, des photographies, des aquarelles, des dessins, etc.

En ma qualité de civil, n'étant ni officier ni fonctionnaire, je ne pouvais m'attendre à la plupart des récompenses que l'État réserve à ses serviteurs, et mes modestes efforts ne devaient pas compter sur la notoriété retentissante qui attend les efforts semblables, ni plus ni moins méritants, faits par les représentants officiels du pays. J'ai néanmoins reçu, du monde scientifique, des témoignages précieux : la Société de Géographie de Paris a bien voulu me décerner sa Grande Médaille d'or, qui est la plus haute récompense dont elle dispose, et cet exemple a été suivi par de nombreuses sociétés savantes de province et de l'étranger. Je leur adresse- ici l'expression de toute ma gratitude.

J'ai divisé les résultats de mon exploration en trois parties distinctes :

I" Le Récit du Voyage avec les péripéties journalières, qui paraîtra prochainement (i) ;

2" Les Résultats scientifiques proprement dits, destinés aux spécialistes (2) ;

3° Les Chasses, que j'offre au public aujourd'hui, en un livre exclusivement consacré au sport.

J'ai pensé que les lecteurs qui ont fait bon accueil à Mes

(i) La traversée de l'Afrique dit Zaïnbèze au Congo français, 1894-

(2) Résultats scientifiques de trois explorations en Afrique, 1886-1897. (Rapport à M. le Ministre de l'Instruction publique et des Bedux-Arts.) (En Préparation.)

AVANT-PROPOS. iir

grandes chasses dans l'Afrique centrale (i), publiées il y a quatre ans. voudraient bien me suivre encore au travers de la brousse africaine.

Cette fois j'ai eu soin de photographier les animaux que j'ai tués, ainsi que les lieux sauvages où ils vivaient, afin que le document illustré pût venir à l'appui du texte mieux encore que dans mon précédent livre, dont celui-ci peut être considéré comme la suite et le complément.

Je ne me propose ici que de raconter des chasses au hasard de mes souvenirs, sans m'astreindre à en suivre l'ordre chronologique. Je me garderai bien de vouloir faire assister le lecteur à la mise à mort de mes 500 victimes, ce qui serait pourlui fort monotone, car, après tout, les circonstances ont beau varier, le résultat d'une chasse est toujours le même. On ne trouvera donc dans ce volume que les principaux épisodes de mes ■dernières années de chasseur, avec quelques notes sur les mœurs de la faune africaine.

Pour excuser l'usage excessif de la première personne, le lecteur voudra bien songer que je ne raconte ici que ce que j'ai fait ou vu moi-même.

Si fidèlement que j'aie essayé de dépeindre la nature et les circonstances de mes combats avec les hôtes des bois, je suis resté, malgré moi, bien au-dessous de la réalité. Il manquera toujours à mes récits ce que la vue seule peut v ajouter : l'attitude sauvage, imposante ou féroce de ces magnifiques animaux défendant leur vie avec cet instinct farouche, cette ténacité que la nature leur a donnés ; il y manquera ces physionomies de chasseurs, noires ou blanches, avec la gamme des innombrables sensations humaines qui s'y peignentalternativement, depuis la frayeur jusqu'au triomphe, en passant par l'anxiété, l'hésitation, le calme ou la colère. Enfin, rien ne pourra rendre ce soleil éclatant d'Afrique, cet

(i) Chez MM. Firmin Didot et C'% in-S", 1895. — Illustrations nombreuses de Mahler et Bogaert.

air transparent, cette atmosphère spéciale au pays, ces paysages délicieux ou grandioses, ce ciel pur, ou bien, au contraire, l'aspect menaçant, terrifiant des éléments en fureur lors des orages de la région équatoriale.

Entre ces chasses et le récit que j'ai tenté d'en faire il y aura toujours la différence qui existe de la parole à l'acte, de la description au tableau, de ce tableau à l'action.

Le lecteur aura à s'aider de son imagination pour replacer dans le cadre et le milieu qui leur conviennent les péripéties que j'aurai décrites avec toute la sincérité possible, mais, sans doute, d'une manière fort imparfaite. Qu'on veuille bien excuser les incorrections qui pourront m'échapper : je suis plus habitué à manier le fusil que la plume.

Afin d'éviter de répéter tout ce que j'en ai dit déjà, des animaux et de leurs mœurs, je m'en rapporterai aux pages de Mes grandes chasses o\x j'en ai parlé. Une carte très complète, indiquant les principales régions visitées, ainsi que l'ensemble de mon voyage, aidera le lecteur à me suivre dans mes pérégrinations ; enfin il trouvera dans l'Appendice quelques renseignements pratiques.

Puisse-t-il, revivant avec moi les jours les plus heureux de mon existence de chasseur, éprouver un peu des sensations par lesquelles j'ai passé!

Paris, mai 1899.

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