CARTOUCHE
Quant aux balles explosives, comme tout le monde m'a demandé à mon retour si je m'en étais sen'i, je vais, une fois pour toutes, en dire mon opinion. Que ce soient des Devismes^ des Peiiitiset ou des Jacob Shells, je leur trouve une foule d'inconvénients. Ou bien c'est un projectile chargé d'un détonant quelconque : picrate de potasse, fulmicoton, fulminate de mercure^ poudre, etc., et alors on est obligé d'y
adapter au dernier moment une capsule sur une cheminée ad hoc, absolument comme sur un fusil à piston ; ou bien c'est une balle chargée et pourvue d'un percuteur, ce dernier protégé en temps ordinaire par une calotte. Cinq fois sur dix elle ne détone pas, sans doute parce que dans l'émotion du danger on oublie d'enlever le protecteur. Ou bien encore, si elle éclate, c'est à fieur de peau, presque à l'extérieur, chez les animaux à cuir dur, et elle n'a plus alors la pénétration nécessaire ; au contraire, sur les bêtes à épiderme tendre, elle fait des dégâts d'autant plus inutiles qu'on peut arriver au résultat voulu avec des balles ordinaires. Et puis on s'expose à laisser tomber ces projectiles dangereux, à les oublier dans une cartouchière, et c'est pour vous et vos hommes une menace de tous les instants.
Cette balle explosive, dont je doute que personne se soit jamais servi d'une façon suivie avec succès, elle peut être classée aujourd'hui dans les musées de balistique, à côté des mortiers et des fusils à piston : avec les armes et les projectiles modernes, elle n'est plus nécessaire et reste toujours dangereuse.
La balle expansive, au contraire, est très employée et très pratique. Sa puissance destructrice est due non à l'action d'une charge explosive, mais à son mode de construction : jusqu'aux trois quarts environ, elle présente un évidement intérieur, et dans cette cavité est placé un tube de cuivre, destiné tout simplement à la boucher et à éviter ainsi, pendant le trajet dans l'air, la résistance qu'offrirait cette ouverture si elle était