Chateau d'Eu
au dixième siècle, pourrait être difficilement fixée. Après avoir fait partie du domaine des maisons de Lusignan , de 3rienne, d'Artois, de Bourgogne, le comté d'Eu est passé dans celle de Lorraine. Il a appartenu aux ducs de Guise en 1590, par le mariage de Catherine de Clèves avec Henri de Guise, dit le Balafré, assassiné dans le château de Blois, le 13 décembre 1588.
C’est pendant les dix-huit années du mariage de cette princesse, et pendant les quarante-cinq ans de son long veuvage, que le château d'Eu a été bâti.
Les travaux commencèrent au mois de juillet 1578, suspendus quelque temps après la mort duc de Guise, ils furent repris et continués ensuite jusqu'à l’époque où Henri IV , pendant la guerre de la Ligue, se retrancha dans la petite partie de la Normandie que la rivière de Bresle sépare de la Picardie.
Ce prince se présenta à la tête deses troupes le 1%. septembre 1589, devant la ville d'Eu; le duc de Mayenne l'y suivit peu de jours après , préparant l’un et l’autre les dispositions qui ont amené la bataille d’Arques.
Origine du comté d'Eu.
Construction du château
Catherine de Clèves.
Vente du comté et du château d'Eu à M'", de Montpensier.
Constructions faites par Me. de Montpensier.
Cession de Mademoiselle au Duc du Maine.
Le Prince de Dombes et le Comte d'Eu au château d'Eu.
Catherine de Clèves, duchesse de Guise, avait quitté son château pendant les troubles et les désastres de cette guerre civile à laquelle l'entrée de Henri IV dans Paris, le 22 mars 1594, mit un terme. Elle y revint ensuite, fit reprendre les ouvrages commencés et continua à résider au château d'Eu , jusqu’à l’époque de sa mort, arrivée à Paris, le 11 mai 1633.
Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, prince de Joinville , comte d'Eu, quatrième propriétaire après Catherine de Clèves , est le dernier des Guise à qui, pendant quatre-vingt dix ans, ce domaine n’a pas cessé d'appartenir.
Un arrêt du parlement, en date du 20 août 1660 , ayant ordonné Ja saisie et la vente des biens du duc de Joyeuse, pour acquitter les dettes que son frère et lui avaient contractées, Marie-Louise, M, de Montpensier, fille de Gaston, frère de Louis XIII, fit, le 27 mars 1662, acquisition du comté d'Eu pour la somme de 2 millions 550 mille francs. Devenue propriétaire de ce beau domaine, elle fit élever dans le pare, à quelque distance de l'habitation , le petit château qui, avec ses dépendances , a été détruit en 1806.
La duchesse de Montpensier , dite la grande Mademoiselle , après dix-neuf années de possession , pendant lesquelles cette princesse avait cherché à rendre agréable la demeure qui devait lui donner des jours heureux , se vit forcée de céder, au moyen d’une vente simulée, en date du 2 février 1681, au duc du Maine, prince légitimé, fils de M, de Montespan, le comté et le château d'Eu avec ses dépendances.
Le duc du Maine habita peu le château d'Eu. Le prince de Dombes et le comte d'Eu , Ses fils, y furent envoyés en exil, sous la régence, après la conspiration de Cellamare :
ils y restèrent depuis le 31 janvier 1719, jusqu'au 26 avril
Le prince de Dombes qui succéda en 1736 au duc du Maine, étant mort en 1755, laissa le domaine d'Eu, dontil avait hérité , à son frère puiné, le comte d’Eu, qui en a joui jusqu’en 1775. Ces deux princes n’ayant laissé aucun hériter direct, leur cousin germain , Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, fils du comte de Toulouse , leur oncle, recueillit la succession et devint propriétaire du ch4teau d'Eu , en 1776.
Le château, pendant la possession du duc du Maine et de ses deux fils, était resté cinquante ans en quelque sorte abandonné et presque sans entretien. Le duc de Penthièvre y fit de suite de grandes réparations et vint régulièrement, chaque année, y passer plusieurs mois. Il s’y était retiré en 1789 , dèsles premiers troubles de la révolution, espérant pouvoir ÿ attendre en paix la fin de l'orage qu’il avait cru prochaine; mais bientôt les fureurs de cette terrible époque, les crimes, le massacre de la princesse de Lamballe, sa belle-fille, Pobligèrent à quitter le château d'Eu, à se rapprocher de Paris , pour aller vivre faisant du bien à tout le monde dans son habitation de Bizi, près Vernon , où il mourut le 4 mars 1793.
M'%°. la duchesse d'Orléans, seule héritière du duc de Penthièvre, ne put jouir, après la mort de son père, des grands biens qu’il lui avait laissés , ni de ceux qui lui appartenaient. Mise en arrestation le 8 avril de la fatale année de 1793, un décret du 4 octobre de la même année, ordonna le séquestre de la totalité de ses domaines.
Le château d'Eu , étant ainsi devenu propriété nationale,
Le Duc de Penthièvre
Madame la Duchesse D'Orléans
Le chäteau d'Eu proprièté nationale
Le Général Rampon.
L'Empereur Napoléon.
Visite de l'architecte de l'Empereur.
éprouva le sort de tous les édifices dont le gouvernement populaire s’est emparé; dévasté, dénaturé pour en faire un hôpital militaire, délabré et presque en ruine, on a cherché à vendre les matériaux des bâtimens, et faute d’acheteurs , ce qui subsistait encore de l’antique demeure des ducs de Guise est resté sur pied. ;
Lorsque le général Bonaparte , revenu d'Égypte, eut rétabli l’ordre en France, après la victoire, le château d’'Eu, qu’il avait remarqué dans son voyage des côtes de la Normandie, en 1802, fut donné au général Rampon , comme résidence affectée au sénateur titulaire de la sénatorerie de Rouen. C'est alors qu'après avoir fait quelques distributions, après avoir mis en état les parties les plus dégradées , et supprimé celles que l’on a cru superflues , le général Rampon est venu en 1805, résider quelques jours au château d’Eu.
Napoléon, en 1811, ayant voulu posséder sur tous les points marquans de la frontière de France, des habitations qui, sous le nom de palais impériaux , auraient servi de résidence pour y tenir sa cour, recevoir, à des époques fixes, les autorités des provinces, entendre les représentations de chacun, profiter des lumières de tous et veiller aux intérêts de l’empire ; le château d'Eu fut désigné par lui comme devant être le palais impérial des côtes de la Manche sur Je
oint le plus rapproché de l'Angleterre. Il envoya son architecte, le 28 septembre 1811, à l'effet de reconnaître l’état des constructions et de présenter, sur chaque partie, un rapport détaillé dont on trouvera un extrait ci-après.
Le château d'Eu , par suite de cette visite, a fait partie du domaine extraordinaire de la couronne impériale, une évaluation des biens qui composaient l’ancien comté a été
ordonnée; quelques travaux d’entretien ont été entrepris, et les événemens de la guerre de Moscou survenus un an après, firent oublier le château d’Eu avec tous les projets auxquels la prospérité de 1811 avait donné naissance.
La révolution de 1814, qui détruisit l'Empire avec ses illusions , et qui jeta la France dans l'inquiétude et la crainte d’un avenir désastreux , offrit aussi d’un autre côté des espérances de bonheur; elle amena, avec la paix, la restitution des biens confisqués ; et le château d’'Eu, ses dépendances , ses domaines furent rendus, dans l’état où ils se trouvaient alors , à S. A. R. M, la duchesse d'Orléans, qui, en septembre 1818, après vingt-quatre ans d'absence, vint visiter ce domaine que la révolution avait enlevé à son père.
Trois ans après, la duchesse étant morte à Paris, le25 juin 1821, après avoir laissé des souvenirs nombreux de sa bienfaisante bonté, le domaine d’Eu est devenu la propriété de son auguste fils Louis-Philippe d'Orléans, roi régnant aujourd’hui.
Ce Prince étant arrivé, dans le mois d’août 1821, au château d’Eu , eut peine à le reconnaître, I] n’avait pas revu cette antique demeure depuis le jour où, en 1791, partant pour aller joindre l’armée et défendre la France, il était venu présenter à son aïeul des hommages respectueux, et recevoir ses touchans adieux. Bientôt, ayant tout examiné jusque dans les moindre détails , avec ce coup-d’œil pénétrant, ce jugement sage et profond qui, dans les grandes comme dans les petites choses, distinguent sa personne, il voulut que le château d’Eu , la demeure des ducs de Guise , l’habitation chérie de Mademoiselle de Montpensier , conservât le caractère de son temps, qu’elle füt améliorée et appropriée aux usages et aux besoins de l’époque présente.
Restilution à Madame la Duchesse D'Orléans.
Possession de Louis- Philippe D'Orléans.
Destination donnée par le Prince
On entreprit aussitôt le rétablissement et la restauration des bâtimens. On rechercha ensuite, partout où l’on put les retrouver, tous les portraits des princes de la maison de Bourbon et de celle de Lorraine, ainsi que ceux des personnages marquans du temps que Mademoiselle s'était plu à rassembler dans son château, et qui, enlevés, mis en vente après la dépossession du duc de Penthièvre et les dévastations de 1 793 avaient, pour la plupart , été recueillis par l’un des habitans de la ville. On ajouta à ces portraits ceux d’un grand nombre d'hommes célèbres, tant de l’époque à laquelle Les Guise ont vécu, que de celle dont l’histoire pouvait se rattacher à l’origine du château , à ses constructions ou aux événemens marquans d'alors. (Ÿ’oir Les Planches n°”. 10 et rx).
Cette collection, qui bientôt est devenue nombreuse, remplit complétement toutes les salles, les galeries et même les corridors du château dont elle est la principale et l’on peut même dire la seule décoration intérieure. Les tableaux, quoique différens de grandeur, sont partout arrangés et placés méthodiquement par ordre chronologique; de manière à persuader qu'ils ont été faits pour le lieu qu'ils occupent. ( V’oir les Planches n°. 5 et 6.)
On peut ajouter que la demeure ancienne des ducs de Guise, ainsi arrangée, est une magnifique habitation que de tous côtés l’on visite avec le plus grand empressement, et dans laquelle, entouré des hommes célèbres dont chaque pièce est peuplée, au milieu d’une suite d’appartemens que la plupart de ces hauts personnages ont occupés, le spectateur se trouve transporté au temps où ils ont vécu; il croit les voir et entendre d’eux les récits que l’histoire a transmis. (Voir les Planches n°, 5 et 6.)
Après avoir visité le château d’Eu, il y a lieu d'assurer que la pensée de faire revivre, dans cet ancien manoir des ducs de Guise, toutes les illustrations, tous les hommes célèbres qui l’ont possédé, a fait naître celle de consacrer plus en grand à l’histoire de la France entière l'immense château de Versailles, dont la richesse, l'étendue et la disposition ne pouvaient convenir à aucun autre usage.
La destination caractéristique que le Prince a donnée aux restes informes et insuffisans du château d’'Eu l’a, sans doute, rendu remarquable ; mais ses richesses historiques n’ont rien ajouté à ce qui devait le rendre plus habitable et plus commode. Un tiers de l'édifice ancien, la partie en rétour au nord, dans laquelle se trouvait le grand escalier , avait été détruite pour l'établissement du sénateur titulaire de la sénatorerie de Rouen. Les écuvies dans le parc, ainsi que les remises, les communs et le petit château n’existaient plus; tout le service des cuisines se faisait dans trois pièces du rezde-chaussée du côté du nord. Il a donc fallu, comme l’exigeait le programme, rétablir tout sans rien détruire de ce qui restait des choses anciennes, ajouter les parties nécessaires, sans dénaturer ou changer le caractère particulier de l'édifice. Il a fallu , en même temps assainir l’habitation, et construire, à cet effet, des caves en sous-œuvre dans toute l’étendue du rez-de-chaussée, rectifier les distributions incorrèctes et mal entendues, consolider les murs de refend qui étaient en ruines, refaire les planchers en partie pouris, réparer les charpentes et les couvertures, ainsi que les façades, les rendre uniformes et régulières, enfin, donner à des constructions faites sans méthode et presque sans dessin, l’ordonnance, la symétrie, sans lesquelles, ici comme ailleurs, l’ar-
La destination du chàteau d'Eu a déterminé celle du château de Versailles
Distributions et constructions.
Constructions des dépendances.
Difficulté du parti à prendre.
chitecture perd toute considération, et n’est plus un art. (Poir les Planchesn®. 4, 5 et 6.)
Tels sont les principaux ouvrages exécutés au château d’Eu ; ils ont été successivement faits d’après un plan définitivement arrêté et constamment suivi. Telles ont été les difficultés qui pouvaient porter obstacle à l’entreprise dans laquelle il faut reconnaître la sage persévérance et la volonté réfléchie qui ont toujours présidé aux efforts réunis pour en assurer le succès. ( F’otr les Planches, n°. 12,13 et 14.)
Il n’a pas suffi, dans cet important travail, de chercher à rendre convenables et commodes les appartemens des anciens ducs de Guise, et de conserver soigneusement tout ce qui pouvait y retracer les souvenirs de leur temps , on a dû ajouter à l'habitation des bâtimens de dépendances, construire des cuisines, des écuries, des remises et des communs, des logemens de suite et tous les accessoires dont il ne restait plus de trace. C’est alors que l’on a été obligé d’acheter au-dehors de grandes portions de terrains, afin d'agrandir le parc et de porter les limites de sa clôture jusqu'aux rives de la Bresle, d'acquérir en même temps plusieurs maisons, entre l’église et le château , afin de trouver les dépendances, sans lesquelles il ne pouvait être habité. ( Jotr Les Planches n°. 2 et 3.)
Dans cet état de choses, placer les bätimens neufs de manière à leur donner une proportion convenable, les rattacher au logis principal sans changer sa disposition, sans le dénaturer et sans lui faire perdre le caractère qui le distingue, était sans doute une difficulté grande, que l’art seul ne pouvait vaincre; il a fallu que le jugement éclairé du prince intervint et ordonnât que les dépendances, dont on avait besoin, fussent séparées du château; que, sans trop
s'astreindre aux règles d’une rigoureuse symétrie de plan, on fit, pour chaque partie, ce que la nécessité dictait, C’est ainsi qu'ayant élevé ces bâtimens dans l’espace acquis du côté de la ville, dont ils semblent faire partie, ayant profité du rampant de la montagne vers la plaine, pour leur donner le moins d’élévation possible , ayant ensuite trouvé moyen de communiquer au château par un corridor souterrain qui traverse la cour, les besoins ont été satisfaits. Le service des dépendances, presque inaperçu, est complet, et de toute part on voit s'élever, seule isolée, au-dessus de la ville et de ce qui l'entoure, l’ancienne demeure des ducs de Guise, qui paraît être encore ce qu’elle était jadis. Ainsi, il résulte des travaux faits jusqu'à ce jour, que le château d'Eu, dont l'étendue totale, y compris le parc, est d'environ 70 arpens, contient:
Go appartemens de maître.
250 logemens de suite.
Écuries pour 130 chevaux.
Remises pour 60 voitures.
( Voir la Planche N°. 3.)
La grande église anciennement bâtie en 1 130 sous l’invocation de Saint-Laurent, évêque de Dublin, avait subi, comme le château, les effets désastreux des temps révolutionnaires: les tombeaux élevés à la mémoire des comtes d'Eu, princes de la maison de Lusignan, d'Artois, de Bourgogne et de Lorraine, qui occupaient les souterrains de cet édifice, avaient été dévastés, les sépultures de ces hauts personnages avaient été violées., les débris de leurs images, les épitaphes en leur honneur, mutilées ou brisées, étaient restés épars dans les mémes caveaux qui leur avaient été consacrés, lorque la judi-
Chemin de Tréport.
cieuse pensée qui a fait restaurer et renaître en quelque sorte dans’son état primitif l'antique demeure des Guise, voulut en même temps que les tombeaux de ses fondateurs fussent autant que possible rendus à leur destination première. Toutes les statues dont les fragmens ont pu être retrouvés ont été rétablies, les inscriptions ont été retracées sur des cénotaphes disposés dans un ordre méthodique, de manière à faire oublier les profanations d’une époque funeste.
A ces bienfaits qu’il est juste de rappeler, on pourrait ajouter encore plusieurs embellissemens, diverses réparations importantes et entr'autres un grand vitrail , peint dans la manufacture royale de Sèvres, pour décorer et rendre à son ancienne splendeur l’église paroissiale du château d'Eu.
Un chemin devenu public, par:abus ou par tolérance, traversait le parc dans toute sa longueur, pour aller de la ville d'Eu à Tréport. On passait presque à travers les parterres et sous les fenêtres de l'habitation. Le Prince, sans rechercher à quels titres et comment une telle servitude s'était établie, a voulu qu’elle füt rachetée, et qu’à ses frais un autre chemin plus court, plus facile et plus convenable, fût donné, au dehors en échange, aux deux communes, pour communiquer librement de l’une à l’autre. Ce chemin est devenu depuis une route royale. C’est par là que se fait habituellement la communication de Tréport avec Paris. ( Voir le Plan général n°. 1.)
Il a été fait encore, en grande partie aux frais du trésor du prince, outre le chemin de Tréport, une route nouvelle de Paris à Eu par Aumale, ce qui a rapproché de plus de cinq lieues la distance de cette ville à la capitale.
Les différens travaux qui ont été entrepris pour l’établissement du chemin de Tréport, les acquisitions de terrains
auxquelles son exécution a donné lieu, les inconvéniens que
l’on a plus d’une fois rencontrés, ainsi que lés grandes dé-
penses nécessitées tant par les plantations du parc que pour
le remblai des prairies basses sur les bords de la Bresle,
afin de les élever au-dessus des plus hautes marées, ne
pourraient être facilement décrits. Exécutés successivement,
sans interruption, d'après un plan arrêté; ces ouvragés,
qui ont exigé des sommes considérables, ont été, pour la
ville, autant que pour la province entière, des causes de prospérité, et une source infinie de biens dont la popula- Prospérité du payssuite tion recueille chaque jour les fruits. LACS CS
Après avoir présenté la nomenclature sommaire de ce
qui, par un esprit d'ordre, et avec l’amour de l'achèvement, a été 'exécuté, dans un but d'utilité, au château d'Eu; il convient de parler aussi de quelques autres ouvrages moins importans qui ont été faits tant pour l'agrément des jardins que pour l’usage et le service de l'habitation.
Une pompe, dont le mécanisme est des plus simples, a a ed été établie par un ingénieur anglais, sur le courant d’une 9% dépendances. dérivation de la rivière de Bresle. Elle sert à porter, d’un seul jet, des eaux jusqu’au sommet du parce, pour alimenter ensuite les jardins, les écuries, et les communs de la dépendance, dite Ja ferme des Bois, entre le parc et les montagnes du revers des falaises; elle alimente encore les autres dépendances, avec les cuisines, et enfin le château qui, jusque dans les étages les plus élevés, se trouve par ce moyen abondamment pourvu.
Le pavillon que l’on aperçoit au sommet du parc, dans Pavillon de Mademoila partie où l’on découvre la pleine mer, et qui, dit-on, pes a été bâti par M", de Montpensier, tombait en ruines. Il à
Moulins Packam.
été rétabli complètement, en y ajoutant des souterrains avec une cave, une cuisine, disposés de manière à pouvoir servir; au besoin, une collation agréable. Ce petit belvéder représenté planche 31, est remarquable par les souvenirs de la Princesse qui l'habita, et qui peut-être y médita les mémoires curieux et les sincères aveux qu’elle nous a laissés. On y voit, peints par plusieurs artistes habiles d'aujourd'hui, son portrait écrivant dans ce lieu même, et d’autres tableaux représentant quelques-unes des actions mémorables de sa vie. ( J’oir les Planches 30 et 31.)
Lorsque le Prince, par ce sentiment de convenance réfléchie qui lui est particulier, a voulu conserver au château d'Eu sa position ancienne, son caractère disunctf, son origine et sa haute importance; lorsque, pour achever, embellir et rendre convenable cette ancienne demeure, célèbre par tant de souvenirs, les talens, les arts du pays, ceux de la capitale étaient appelés à prêter leur assistance et à concourir au succès d’une aussi belle entreprise, le commerce et l'industrie ne furent pas oubliés ni délaissés.
Deux moulins, dépendant du domaine, avaient été bâtis près de l'enceinte du château, sur le grand courant de la rivière de Bresle. Ils rapportaient à peine la somme de deux mille cinq cents francs, ils se trouvaient dans le plus mauvais état de construction, et on les aurait peut-être laissés tomber en ruines, quand un mécanicien anglais, simple ouvrier, homme de pratique et de grande expérience, ayant reconnu les avantages de la position et de l’état des choses, prit à loyer, et fit établir, sur un système de mécanisme nouveau, celui des deux moulins que l’ancien locataire avait abandonné. Les prompts succès dont ses talens et sa probité
furent la base, ont fait bientôt obtenir à cet entrepreneur la location du second moulin, et l’ont mis à portée de créer, dans une excellente position, sous les yeux du Prince, l’une des plus belles et des plus remarquables usines du département. Maintenant les moulins Packam, car il faut les appeler du nom de leur auteur, sont renommés dans toute la Basse- Normandie, où ils ont déjà servi de modèles à plusieurs. Deux tournans habilement disposés sur la chute de la rivière, mettent en mouvement, dans cette fabrique, d’un côté plusieurs meules qui, chaque année, livrent à la consommation pour près d’un million de farines ; de l’autre, des scies nombreuses refendent et mettent dans le commerce de construction une immense quantité de planches de toute espèce. Enfin une fabrication continuelle d’excellens biscuits sert aux approvisionnemens du commerce maritime de Tréport et autres. ( ’oir les Planches n°. 36 et 37.)
On ne peut parler de l'établissement industriel qui se fait remarquer au pied des murs du château d'Eu , sans dire quelques mots de l’assistance et des encouragemens qui ont assuré sa prospérité, et sans rappeler que le Prince, en tous temps appréciateur éclairé de ce qui est bon, autant que de ce qui est beau, avait, dès les commencemens, voulu prendre part aux succès de celui qui savait, dans une entreprise de cette sorte , par sa conduite et son travail, mériter sa confiance. C'est ainsi que Packam a été chargé d’éxécuter les magnifiques parquets en marqueterie qui décorent toutes les pièces du château , et d’autres ouvrages encore. C'est ainsi que, toujours maître de sa fabrication, libre d’en diriger, à son gré, les progrès, cet habile mécanicien a, en toute occasion, obtenu les secours et les sommes nécessaires à l’amé-
Le port de Tréport.
Projets dont l'exécution est commencée.
14 CHATEAU D’EUlioration et au perfectionnement des différentes parties de son entreprise. !
Après cet exemple d'encouragement et de protection accordé à l'industrie d’une manière aussi directe, il convient de remarquer que le commerce a droit de se féliciter aussi des biens et des avantages que la résidence du château d'Eu a répandus sur le pays; car le port de Tréport, depuis la possession du Prince, a vu doubler son commerce ainsi que sa population.
Louis-Philippe, porté au trône de France par les grands événemens de 1830, devenu Roi des Français par l'acclamation générale, n’a pas oublié les promesses et les vœux du Duc d'Orléans; plus d’une fois, au milieu des immenses occupations dont il est accablé, au milieu des fatigues et des soins du gouvernement, on l'a entendu parler du château d’Eu avec délices, rappeler ses ouvrages, ses projets et ses espérances relatives à cette propriété, dont la résidence est toujours pour lui pleine decharmes. Il s’est fait représenter, dans lun de ses derniers voyages, les différens plans des ouvrages projetés pour augmenter et améliorer le port; il a revu avec attention ceux que le duc de Penthièvre, son aïeul , avait fait adopter, et qui sont en partie exécutés ; l'écluse bâtie aux frais de ce Prince pour former un canal communiquant directement du pied du château à la mer, ettout ce qui pouvait l'éclairer sur cette matière. Après un examen réfléchi, différens travaux préparatoires, tant à l'entrée du port qu'aux enceintes du bassin, ont été entrepris; d’autres commenceront incessamment , et tout fait présumer qu’un jour le port de Tréport, prolongé jusqu’au château d'Eu, sera l’un des ports importans des côtes de la Normandie. ( Yoir le plan général. )
Extrait du rapport fait à l'empereur Napoléon, le 20 octobre 1811, sur le château d'Eu et ses dépendances.
« Le comté d'Eu, dont les droits honorifiques étaient immenses avait pour domaines :
1°. 8,992 Hectares ou 17,606 arpens de bois taillis ou futayes qui n’ont pas été aliénés et qui composent aujourd’hui la forêt d'Eu , dont l’entrée se trouve à une demi-lieue de la ville.
Ces bois produisaient annuellement. . 300,000fr. 00
20. Plusieurs fermes et moulins, terres et prairies, en grande partie vendus, produisant annuellement. . . . . . . (60,000 oo
Total des revenus anciens du comté d'Eu. 360,00ofr. 00
Le château d'Eu, autrefois la résidence principale des comtes d'Eu, bâti à l’extrémité nord-ouest de la ville, du côté de la mer, était, dans son origine , la forteresse du lieu.
Louis XI l'ayant fait détruire et raser en 1475 , pour enlever aux Anglais, qui menaçaient de s’en emparer, les moyens d’y établir une place d'armes; Henri de Guise le Balafré , qui fut assassiné à Blois, en 1588, et après lui sa veuve Catherine de Clèves, y firent élever , en place des bâtimens qui y avaient été reconstruits, le château que l’on voit aujourd’hui.
M. de Montpensier qui fut long-temps exilée à Eu, bâtir le pavillon du midi, fit planter le parc et ajouter différens embellissemens qui contribuèrent beaucoup à rendre ce séjour l’un des plus agréables de la France.
M. de Penthièvre , dans les fréquens voyages qu’il faisait au château d’'Eu , concourut aussi à son amélioration; il le
Domaines
Revenus. . 360,000 fr
Château d'Eu bâti par Guise-le-Balafré.
Embelli par Mademoiselle en 1693, et années suivantes.
Meublé et habité par le Duc de Penthièvre.
Le petit château détruit en 1809.
Devenu hôpital en 1795.
Donné à la sénatorerie en 1807.
L’aile du nord détruite en 1805.
Les cuisines établies à droite de l’escalier.
Le rez-de-chaussée non terminé.
Premier étage prêt à ètre meublé contient 2 appartemens.
décora et le meubla de manière à recevoir une cour nombreuse; il y logea plusieurs fois jusqu’à trois cents personnes, dont vingt-cinq ou trente maîtres.
Les écuries qui pouvaient contenir quatre-vingt chevaux et les remises pour vingt voitures, étaient placées dans le petit château que l’on a détruit , il y a peu de temps, à l'extrémité du parc.
Le château d'Eu, après avoir servi d'hôpital militaire pendant la révolution, a été donné au sénat pour chef-lieu de la sénatorerie de Rouen.
L’aile du nord qui faisait face à la porte d’entrée du chàteau , et dans laquelle se trouvait le grand escalier, la salle des gardes et les pièces qui précédaient l’appartement d’honpéur , ayant été détruites, le château ne consiste plus aujourd'hui qu’en un seul corps de logis composé d’un rez-dechaussée, un premier, un second et un troisième étage dans les pavillons seulement , ainsi qu’on peut le voir par le plan etles façades ci-jointes, Cette partie de bâtiment, après la suppression de l’aîle du nord, a été remise en état d'habitation.
Les cuisines qui se trouvaient dans la partie marquée B, sur le plan, ont été transférées dans le rez-de-chaussée à droite du nouvel escalier marqué C, l’autre partie du rez-dechaussée D, qui renferme un vestibule formant galerie et trois logemens, n’est pas terminée; il reste à faire les menuiseries, les peintures, les ferrures ; etc. , etc.
Le premier étage , à quelques réparations et quelques embellissemens près, peut être regardé comme en état d’être meublé; il renferme un bel appartement double avec dépendances, mais divisé par l'escalier et par une espèce de galerie qui fait la première pièce de représentation.
Le second étage est à distribuer et à décorer presque en entier , il n’y a été rien fait depuis que parties des cloisons avaient été détruites pour les arrangemens de hôpital ; il peut contenir dix logemens.
Le troisième étage qu'il faudra également rendre habitable et dont il est nécessaire de changer la distribution, peut servir de chambres desuite et de communs pour loger vingtcinq ou trente domestiques.
Les écuries et les remises qui ne peuvent contenir aujourd’hui que seize chevaux et dix voitures, sont en état; elles ont été établies nouvellement dans les anciennes dépendances des cuisines marquées E sur le plan; elles pourraient être augmentées en continuant les constructions sur la partie marquée F; elles contiendraient alors trente-six chevaux. Cette augmentation coûtera. . . . . 30,000 fr. 00
Le parc qui contient environ trente :arpens plantés en ormes de haute futaye, est dans un état de vétusté et d’abandonqui empêche de reconnaître qu’il a été planté avec art et avec magnificence ; il occupe une partie rampante du côteau du nord de la vallée. La vue de la mer, de la petite ville de Tréport , celle des prairies dans lesquelles serpnete la petite rivière de la Bresle, l'aspect des montagnes, du côté de la Picardie, en rendent la promenade très agréable; il est clos au midi, au couchant et au levant par des murs en briques en assez bon état, avec quatre portes , dont une sur la place près le château ; la seconde, sur la route; la troisième , sur le chemin de Tréport; et la quatrième, à l’extrémité du même chemin. Mais une partie des prairies , entre la rivière de la Bresle et le parc du côté du nord, ayant été vendue, il se trouve ouvert de ce côté et n’a plus pour fermeture le cours
Le second étage contient 10 logemens.
Le troisième étage contient 30 logemens.
Écuries pour 16 chevaux,
Remises pour 10 voitures.
Peuvent être augmentées pour... 30,000 fr. »
Elles contiendraient 36 chevaux.
Parc en vétusté.
Sa belle situation.
# Le
Prés à racheter.
Pavillon à restaurer coûtera. . . 4,500 fr. »
La ville de Tréport peut devenir un port commode.
de la rivière par lequel il était anciennement clos. Ces prairies qu'il est nécessaire de racheter et qui appartiennent aux sieurs Clément, Varambault et Caperon , forment en tout sept journaux et demi, le journal est de soixante- -quinze perches de vingt-deux pieds, ce qui fait six arpens ou environ, dont le produit évalué à 31h fr., présente pour capital. . 10,000 fr.
Les habitans de la ville d'Eu et ceux de Tréport ont contracté l'habitude de traverser le pare à pied et à cheval pour communiquer d’un lieu à l’autre , de manière que le parc est considéré par eux presque comme un lieu de passage; mais cet usage, dont le droit n’est pas reconnu, peut être supprimé dès qu’on le voudra,
A l'extrémité sud-ouest du parc il existe un petit pavillon en belle vue, qu'il faudrait restaurer; il peut servir de salle de déjeuner ou de cabinet de lecture : la dépense est évaluée à. 7. î repos imgbonËr.l »
L'état de vétusté " lue se trouve le parc du château d’Eu fait craindre que bientôt on ne soit forcé d'en renouveler la plantation, et de laisser ainsi le château exposé, sans abri, aux violens coups de vent qui sont très fréquens sur les bords de la mer. Cependant si l'on est forcé d’en venir à ce parti, on peut, en le mettant à exécution, prendre des mesures pour planter successivement et en plusieurs années.
La petite ville de Tréport, qui se trouve en vue du chàteau, et qui est l’un des ports qui contribuent le plus à l'approvisionriement de la poissonnerie de Paris, a beaucoup augmenté sous le règne présent. Le commerce actif de la pêche qui s’y fait avec succès, y maintient unesorte d’aisance, et plusieurs fois sa situation a fixé l'attention du gouvernement. Des sommes ont été accordées pour rendre plus facile
l'entrée de la rivière; on y a construit une écluse de chasse, on y fait aujourd’hui des murs de revêtement; on a commencé les dispositions d’un port qui, si l’on en croit les habitans du lieu, pourrait être d’une entrée plus facile que celui de Dieppe. Ils font remarquer, dans la vallée, les traces d’un canal entrepris autrefois pour conduire sous les murs du château les bätimens qui entrent au Tréport.
La forêt d’Eu qui n’est qu’à une demi lieue de la ville, était sous les comtes d’Eu l’une des plus agréables de la France pour la chasse. Elle est parfaitement bien percée et réunie aux bois d’Aumale, qui lui sont contigus, elle présente une étendue de 10 lieues de bois, le tout contenant 10,492 hectares. On pourrait acheter à quelque distance de la ville et à proximité de la forêt, une maison propre à faire un rendez-vous de chasse et à loger l’équipage de la vénerie.
La ville d'Eu, qui se trouve à quarante-une lieues de Paris, en passant par Abbeville, n’en serait réellement éloignée que de trente-quatre, si la route d'Aumale était achevée. Des projets pour cette route ont été faits, et la dépense en a été portée à. . .qgr . sb: xs) & 60,000 fr. »
V’aleur approximative du château et du parc d'Eu.
Bâtimens comprenant 295 toises. . . 100,000f.» c. 30 Arpens de terre formant le parc: 30,000 + » Valeur des bois de futaie sur pied. : 30,000 » Moulins, prés et autres. . . : . . 51,700 »
Total de la valeur. . . , 21 1,700 »
Projet de canal jusqu'au château.
Forèt d'Eu réunie à celle d’Aumale a 10 lieues d'étendue, 10,492 hectares de bois ou 20,443.
arpens.
Valeur.
20 CHATEAU D’EU- Revenus de la Sénatorerie d'Eu.
Revenus.
> Moulins près du château , loués. . . 1,095 »
3 Journaux de prés entre la rivière et le porcg ais euiq. one sf 9 991, 55 »
2 Autres, 2dem. + + . + + - 81 »
2 Autres, idem. . + . . "+ . 66 »
2 Au-delà de la rivière, près les moulins. 5o » Terrain de Lexeray. . : + . : . 23 »
Jardin près la rue du Fréport. . . . 90 » Terrain dit la Pépinière, . : . . 185 »
Terrain dit l'Ancien Vivier. . . . . 320 »
1 dem, le Petit Plan. . . + . . . 140 »
La pâture des allées du parc. + + : 4oo »
Les Bruyères. nur 00, g 0 ni 100 »
Total des revenus. . . . 2,585 »
Prés qu'il faut racheter.
Dépenses. À Plemau, 3 journaux de 75 perches de 22 pieds, produit. . « . 120 AVarumbault, 3 journaux, idem. 120 A Caperon, 1 journal et demi. . 75
Ensemble produit. . . . 315 Estimé valoir dix mille francs.