‹ Chateaubriand, sa vie et ses œuvres: étude littéraire et moraleChapitre 24 sur 41 · RÉFLEXIONS POLITIQUES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS POLITIQUES

vues si saines de son esprit, son cœur est comme offusqué de ses préventions d'émigré.

Dans son impatience des obstacles qui retardent l'accomplissement de son noble rêve, il

la Charte avec dérision comme une transaction éphémère, dont la Royauté avait amusé le peuple un instant. « Non (leur disait-il), la « Charte n'est point une plante exotique, un accident fortuit du « moment : c'est le résultat de nos mœurs présentes ; c'est un traité « de paix signé entre les deux partis qui ont divisé la France ; traité, « où chacun des deux abandonne quelque chose de ses prétentions (c pour concourir à la gloire de la patrie. L'ancienne constitution de . « la Monarchie était excellente pour le temps : mais il faut, dans la « vie, partir du point où Ton est arrivé; un fait est un fait. Que le Cl gouvemement détruit fût excellent ou mauvais, il est détruit ; que n Ton ait avancé, que Ton ait reculé, il est certain que les hommes a ne se trouvent plus dans la place où ils se trouvaient il y a cent « ans, bien moins encore où ils se trouvaient il y a trois siècles. Il faut « les prendre tels qu'ils sont, et ne pas toujours les voir tels qu'ils u ne sont pas et tels qu'ils ne peuvent plus être. — Quand nous vou- « drions tous que les choses fussent arrangées autrement qu'elles le « sont, elles ne. pourraient Têtre. Déplorons à jamais la chute de « Fancien gouvemement, de cet admirable système, dont la durée « seule fait l'éloge. Mais enfin notre admiration, nos pleurs, nos re- « grets ne nous rendraient pas DuguescUn, Lahire et Dunois. La vieille a monarchie ne vit plus pour nous que dans l'histoire. »

Déjà dans son Discours de réception à l'Académie^ arborant l'esprit de l'âge moderne, Forateur s'écriait : « Chénier adora la liberté : « peut-on lui en faire un crime ? Les chevaliers eux-mêmes, s'ils sor- « taient aujourd'hui de leurs tombeaux , suivraient la lumière de « notre siècle. » Et complétant en poëte l'expression de sa pensée : •« On verrait (continuait-il) se former cette illustre alliance entre « V honneur et la liberté y comme sous le règne des Valois les créneaux - gothiques couronnaient avec une grâce infinie dans nos monuments « les ordres empruntés de la Grèce. » {Mémoires (t outre-tombe, t. II, p. 566.)

s'irrite des ménagements que Ton garde avec les préjugés contraires ; et au lieu de travailler avec les plus sages à réconcilier les partis, et d'appeler à lui le concours de tous les libéraux, quelle que fut leur origine, il garde une aversion violente contre les hommes de la Révolution ; le fantôme de l'esprit révolutionnaire l'obsède ; partout il le voit, il le sent, irréconciliable, continuant à rêver dans l'ombre une république impossible, subissant le présent, ' mais sans abdiquer ses espérances, et poursuivant dans les complots soir œuvre souterraine.

L'avenir a montré si cette défiance était sans fondement. — Toutefois la France de 1 8 1 5 n'avait pas besoin qu'on attisât encore le feu de ses ressentiments. Assez de préjugés, d'intérêts, de passions ennemies la divisaient, lorsqu'à la chute de l'Empire, dans lequel la Révolution s'était comme incarnée, la vieille France, qui rentrait de l'exil avec ses Rois, mais aussi avec ses regrets du passé, se trouva soudain replacée par la fortune en face de la société nouvelle sortie de la fournaise de 89 et de gS. — La

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