‹ Chaudières marines: cours de machines à vapeur professé à l'École dChapitre 42 sur 80 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

CHAUDIÈRES TUBULEUSES

97. — Introduction des chaudières tubuleuses dans la marine. — Les appareils à vapeur subissent en ce moment, du moins pour la Marine de guerre^ une transformation complète. L'ancienne disposition, qui plaçait la 8amme et les gaz chauds à Tintérieur de la masse d'eau et de vapeur, et qui a mis jadis la flotte en bois à Tabri des dangers d'incendie, est abandonnée. L'eau est maintenant au milieu de la flamme ; la vapeur, qui agissait par compression sur les foyers et tous les courants de flamme, ne fait plus travailler le fer que par expansion. L'enveloppe extérieure n'est qu'une simple tôle mince, parfois protégée à Tintérieur par des tubes d'eau presque jointifs, toujours revêtue extérieurement de substances isolantes ; c'est la boite à fumée que l'on rencontre ainsi à la périphérie, au lieu du réservoir d'eau et du coffre à vapeur.

Si bien tranchée que soit la différence entre les deux systèmes dont Tun tend à se substituer à l'autre, on n'a pas pu tomber d'accord jusqu'ici sur les noms qui sont propres à les définir exactement. Le nom de chaudières à tubes bouilleurs opposé au nom de chaudières à tubes cameauXy résout mal la question, puisqu'il y a eu des chaudières rectajigulaires à tubes carneaux (modèle Martin-Cochrane). En réalité, c'est plutôt l'enveloppe qui diffère; mais plusieurs modèles à tubes bouilleurs ont des lames d'eau à l'extérieur. Le nom de chaudières multitubulaires est tout à fait impropre, appliqué à des modèles qui, parfois, comprennent un moins grand nombre de tubes que les autres. Je me servirai le plus souvent du nom de chaudières tubuleuses qui a du moins le mérite de la simplicité, en l'opposant au nom de chau-

dières tubulaires que la pratique a consacré pour les anciennes chaudières, rectangulaires ou cylindriques. Le nom importe assez peu, d'ailleurs, car il n'y a aucune ambiguïté sur le fond des choses.

11 n'est pas très exact d'appliquer le nom d'anciennes aux chaudières tubulaires et celui de nouvelles aux chaudières tubuleuses ; plusieurs modèles de chaudières tubuleuses sont antérieurs aux chaudières cylindriques; mais, tandis que les chaudières tubulaires avaient pris, il y a vingt à trente ans, un développement très étendu, lors de l'adoption de la forme cylindrique, les chaudières tubuleuses n'ont eu, au contraire, qu'un développement très lent. Il a fallu, pour faire entrer ces dernières en usage, des motifs impérieux, l'importance croissante de la question de légèreté, et l'adoption des hautes pressions que seules elles sont capables de supporter.

Deux causes retardaient l'adoption des chaudières tubuleuses, malgré leurs avantages reconnus. La première était dans les difficultés de conduite, qui n'ont été surmontées que progressivement et qui subsistent encore en partie. La seconde était dans la corrosion des fers minces, qui rend toujours leur durée problématique ; de ce côté aussi, des progrès ont été réalisés ; mais, en même temps, l'adoption des tubes en fer sur les chaudières cylindriques a fait perdre à ces dernières une partie de leur ancienne supériorité. Les deux motifs d'infériorité des chaudières tubuleuses ont donc été constamment en s'affaiblissant.

Actuellement les chaudières tubuleuses ont pris possession complète, dans la plupart des marines, des torpilleurs et de la classe de plus en plus nombreuse des torpilleurs agrandis, tels que contre- torpilleurs, torpilleurs divisionnaires, etc. ; elles se sont répandues sur les croiseurs et elles commencent à apparaître sur les cuirassés; elles laissent encore une certaine place aux chaudières cylindriques sur quelques navires de guerre destinés aux longues campagnes, et elles ne figurent sur les paquebots qu'à titre très exceptionnel. C'est à l'expérience acquise sur les torpilleurs qu'est surtout due la récente extension des chaudières tubuleuses.

Les modèles de chaudières tubuleuses sont extrêmement variés ; plusieurs n'ont été employés qu'à terre ; nous nous bornerons à l'étude de ceux qui ont été adoptés sur les navires, en nous arrêtant seulement sur les plus usités. Laissant de côté les dispositions de détail, nous trouvons un élément de classification naturelle dans l'importance variable donnée à la circulation de l'eau à l'intérieur de la chaudière ; c'est ainsi que dans l'introduction, chapitre II, nous avons distingué trois groupes de modèles différents, savoir : les chaudières à circulation limitée, les chaudières à circulation libre, les chaudières à circulation

accélérée. Ce classement correspond assez bien à rordre historique suivant lequel les chaudières ont été inventées.

Les chaudières à circulation limitée^ qui pourraient s'appeler aussi chaudières à serpentins, se distinguent par l'absence de réservoirs d*eau; leur type est donné par la chaudière BelleviUe.

Les chaudières à circulation libre, pourraient s'appeler chaudières à réservoirs verticaux et tubes horizontaux; les réservoirs sont généralement formés de deux lames d*eau. Les principaux inventeurs, el les plus connus, sont MM. Joessel, Oriolle, D'AUest, Collet ou Niclausse, du moins pour les modèles français.

Les chaudières à circulation accélérée ont, pour caractère distinctif, des tubes verticaux de forme variable placés entre des réservoirs horizontaux le plus souvent cylindriques. Les premiers inventeurs ont été M. Sochei, puis le commandant Du Temple; les modèles actuels varient presqu'à Tinfini avec les constructeurs, Thomycroft, Normand, Yarrow, Mosher, Guyot et plusieurs autres, dont nous trouverons plus loin les noms et les travaux.

Les trois désignations, limitéey librCy accélérée^ ne marquent pas des degrés successifs régulièrement croissants dans Tintensité de la circulation. La circulation libre est, par là même, b'bre d'être insuffisante aussi bien que d'être parfaite. Il est possible, par exemple, que certains tubes d'une chaudière D'Allest soient plus exposés que les tubes d'une chaudière BelleviUe à la formation de chambres de vapeur. De même une chaudière à circulation accélérée peut présenter une circulation faible dans quelques-uns des tubes de son faisceau.

Page 1