‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 105 sur 127 · I.a crainte me retient. PoLiDORE,^ à part · texte numérisé non relu

I.a crainte me retient. PoLiDORE,^ à part

Par où lui débuter ?

Albert, à part.

Quel sera mon langage }

COMÉDIE. 57

• POLIDOREjC part.

Son ame est toute émue.

Albert, à part.

11 change de visage.

PoLiDORB à Albert.

Je vois, Seigneur Albert , au trouble de tos yeux ,

Que vous savcL déjà qui m’ainene en ces lieux,

Albert.

Hélas ! oui.

ta nouvelle a droit de vous surprendre, Et je n’eusse pas cru ce que je viens d’apprendre.

Albert.

J’en dois rougir de honte et de confusion!

Je trouve condamnable une telle action.

Et je ne prétends .point excuser le coupable.

Albert.

Dieu fait miséricorde au pécheur misérable !

C’est ce qui doit par vous être considéré.

Albert.

Il faut être Chrétien î

Il est très-assuré !

Albert.

Grâce, au nom de Dieu! grâce, ô Seigneur Polidore!

POLIDORB.

Eh! c’ est moi qui de vous présentement l’implore !

î8 LE DEPIT AMOUREUX,

Albert.

Afin de l’obtenir ie me jette à genoux.

( Use jette aux pieds de Polidore , qui se jette aussi aux siens.) F O L I D O R E.

Je dois en cet état être plutôt que vous.

Prenez quelque pitié de ma triste aventurtl Polidore.

Je suis le suppliant dans une telle injure !

Albert.

V«us me fendez le cueur avec cette bonté i P O L I D O R E.

Vous me rendez confus de tant d’humilité!

Albert.

Pardon , encore un coup !

Poli dore.

HélasJ pardon, vous -même!

Albert.

J*ai de cette action une douleur extrême !

It moi , j’en suis touché , de même , au dernier point!

Albert.

J’ose vous conjurer qu’elle n’éclatc point !

Polidore.

Hélas ! Seigneur Albert , je ne veux autre chose !

Conservons mon honneur !

Polidore.

Eh I oui, je m’y dispose!

Albert.

Quant au bien qu’il faudra , vous-même en résoudrez»

COMÉDIE

Je ne veux de vos biens que ce que vous voudrez î De tous CCS intdrcts je vous ferai le maître i Et je suis trop content, si vous le pouvez être.

Albert.

Ah quel homme de Dieu i Quel excès de douceur! POLIDORE.

Quelle douceur, vous-même, après un tel malheur!

Albert.

Que puissiez-vous avoir toutes choses prospères I P O L 1 D o R B.

Le bon Dieu vous maintienne !

Albert,

Embrassons-nous en freres i

POLIDORE

J*y consens de grand coeur , et me réjouis fort Que tout soit terminé par un heureux accord !

( Ils s’embrasseat, )

J’en rends grâces au Ciel !

POLIDORE

Il ne vous faut rien feindre:

Votre ressentiment me donnoit lieu de craindre j Et Lucile tombée en faute avec mon fils..,.

Comme on vous voit puissant , et de bien et d’amis..»

Albert, l'interrompant.

Eh î que parlez-vous-là de faute et de Lucile ?

POLIDORE

Soit > ne commençons point un discours inutile.

«O LE dépit amoureux.

Je veux bien que mon fils y trempe grandement. Même , si cela fait à votre allégement ,

J’avoûrai qu’à lui seul en est toute la fautcî Que votre fille avoit une vertu trop haute.

Pour avoir jamais fait ce pas contre l’honneur ,

Sans l’incitation d’un méchant suborneur ;

Que le traître a séduit sa pudeur innocente ,

Bt de votre conduite ainsi détruit l’attente.

Puisque la chose est faite, et que, selon mes vœux ,

Un esprit de douceur nous met d’accord tous deux > Ne ramentevons rien, et réparons l’offense Par la solemnité d’une heureuse alliance,

A L B B R T , à part.

O Dieu , quelle méprise , et qu’cst*ce qu’il m’apprend i Je rentre ici d’un trouble en un autre aussi grand. Dans ces divers transports je ne sais que répondre ,

Et , si je dis un mot , j’ai peur de me confondre,

POLIDORB,

A quoi pcnsex-vous-là , Seigneur Albert?

Albert.

A rien i

Remettons, je Vous prie, à tantôt î’cntreticn.

Un mal subit me prend , qui veut que je vous laisse,

( Il rentre ch<i lui, )

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