SCENE V I î I
ANSELMK , MASCARILLE, *
/ Anselme, i part,
P A R mon chef! c’est un siècle étrange que le nôtre. J'en suis confus. Jamais tant d’amour pour le bien , Et jamais tant de peine à retirer le sien.
Les dettes aujourd’hui, quelque soin qu’on emploie. Sont comme les enfans que l’on conçoit en joie ,
B ij
It dont avccque peine on fait l’accouchement.
L’argent dans notre bourse entre agréablement ;
Mais le terme venu que nous devons le rendre ,
C’est lors que Icsdoulcurs commencent à nous prendre 1 . .• à<aste ! ce n’est pas peu que deux mille francs dûs , Depuis deux ans entiers , me soient enfin rendus 1 ( Montrant une houne.)
Encore est-ce un bonheur.
Mascarille, c part , en regardant la iourse.
O Dieu ! la belle proie
A tirer en volant!... Chut! il faut que je voie Si je pourrois un peu , de près , le caresser.
Je sais bien les discours dont il le faut bercer...
( j4 Anselme. )
Je viens de voir, .\nselme...
Anselme, l'interrompant.
Et qui ?
Mascarille.
Votre Ncrinc,
Anselme.
Que dit clic de moi , cette gente assassine ?
Mascarille.
Pour vous clic CSC de fiamme.
Elle ?
Mascarill e.
Et vous aime tant
Que c’est grande pitié !
Anselme.
Que tu me rends content !
COMÉDIE
Mascarillb.
Peu s’en faut que d’amour la pauvrette ne meute!... M Anselme , mon mignon ! cnV-t-clle , à toute heure ,
» Quand est-ce que l’hymen unira nos deux cœurs »
« Et que tu daigneras éteindre mes ardeurs ? « Anselme.
Mais pourquoi jusqu’ici mêles avoir cdldcs?
Les filles , par ma foi ! sont bien dissimulées! .. Mascaiille , en effet , qu’en dis-tu ? Quoique vieux , J’ai de la mine encore assez pour plaire aux yeux ï Mascarille.
Oui, vraiment, ce visage est encor fort mettable j S’il n’est pas des plus beaux, il est des agréable.
Si bien donc....
Mascarille, voulant prendre la lourie.
Si bien donc. qu’elle est sotte de vous^ Ife vous regarde plus...
Anselme, l’interrompant.
Quoi?
Mascarille.
Que comme un époux »
Et vous veut...
Anselme, l'interrompant.
Et me veut?...
Mascarille.
Et vous veut , quoi qu’il tienne^
Prendre U bomse.
Anselme.
La?
B il)
MasCARILLE , prenant la bourse et la laissant tomler»^
La bouche avec la sienne.
Ah ! je t’entends. Viens-çà. Lorsque tu la verras » Vante-lui mon mérite , autant que tu pourras.
Mascarille.
Laissez* moi faire.
Anselme, s'en allant.
Adieu,
Mascarille.
Que le Ciel vous conduise l Anselme, revenant.
Ah! vraiment, je faisoîs une étrange sottise.
Et tu pouvois pour toi m’accuser de froideur.
Je t’engage à servir mon amoureuse ardeur;
Je reçois par ta bouche une bonne nouvelle ,
Sans du moindre présent récompenser ton zclc î Tiens, tu te souviendras...
Mascarille, l'interrompant.
Ah ! non pas , s’il vous plaît,
Anselme.
Laisse-moi...
Mascarille, l'interrompant.
Point du tout. J’agis sans intérSt.
Ans e l m e.
ïc le sais ; mais pourtant...
Mascarille, l’interrompant.
Non , Anselme , vous dis-j#, le suis homme d’honneur ; cela me désoblige.
COMEDIE
Anselme, s'en allant.
Adieu donc , Mascarille.
Mascarille, â part.
O longs discours l
Anselme, revenant.
Je veux
Régaler par tes mains cet objet de mes vœux;
Et |e vais te donner de quoi faire pour elle L’achat de quelque bague , ou telle bagatelle Que tu trouveras bon...
Mascarille, l'interrompant.
Non , laisse! votre argent.
Sans vous mettre en souci , je ferai le présent ;
Et l’on m’a mis en main une bague à la mode, Qu’apres vous payerez , si cela l’accommode.
An s e l m b.
Soit ; donne-la pour moi ; mais sur-tout fais si bien , Qu’elle garde toujours l’ardeur de me voir sien.