‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 14 sur 127 · SCENE V I î I · texte numérisé non relu

SCENE V I î I

ANSELMK , MASCARILLE, *

/ Anselme, i part,

P A R mon chef! c’est un siècle étrange que le nôtre. J'en suis confus. Jamais tant d’amour pour le bien , Et jamais tant de peine à retirer le sien.

Les dettes aujourd’hui, quelque soin qu’on emploie. Sont comme les enfans que l’on conçoit en joie ,

B ij

It dont avccque peine on fait l’accouchement.

L’argent dans notre bourse entre agréablement ;

Mais le terme venu que nous devons le rendre ,

C’est lors que Icsdoulcurs commencent à nous prendre 1 . .• à<aste ! ce n’est pas peu que deux mille francs dûs , Depuis deux ans entiers , me soient enfin rendus 1 ( Montrant une houne.)

Encore est-ce un bonheur.

Mascarille, c part , en regardant la iourse.

O Dieu ! la belle proie

A tirer en volant!... Chut! il faut que je voie Si je pourrois un peu , de près , le caresser.

Je sais bien les discours dont il le faut bercer...

( j4 Anselme. )

Je viens de voir, .\nselme...

Anselme, l'interrompant.

Et qui ?

Mascarille.

Votre Ncrinc,

Anselme.

Que dit clic de moi , cette gente assassine ?

Mascarille.

Pour vous clic CSC de fiamme.

Elle ?

Mascarill e.

Et vous aime tant

Que c’est grande pitié !

Anselme.

Que tu me rends content !

COMÉDIE

Mascarillb.

Peu s’en faut que d’amour la pauvrette ne meute!... M Anselme , mon mignon ! cnV-t-clle , à toute heure ,

» Quand est-ce que l’hymen unira nos deux cœurs »

« Et que tu daigneras éteindre mes ardeurs ? « Anselme.

Mais pourquoi jusqu’ici mêles avoir cdldcs?

Les filles , par ma foi ! sont bien dissimulées! .. Mascaiille , en effet , qu’en dis-tu ? Quoique vieux , J’ai de la mine encore assez pour plaire aux yeux ï Mascarille.

Oui, vraiment, ce visage est encor fort mettable j S’il n’est pas des plus beaux, il est des agréable.

Si bien donc....

Mascarille, voulant prendre la lourie.

Si bien donc. qu’elle est sotte de vous^ Ife vous regarde plus...

Anselme, l’interrompant.

Quoi?

Mascarille.

Que comme un époux »

Et vous veut...

Anselme, l'interrompant.

Et me veut?...

Mascarille.

Et vous veut , quoi qu’il tienne^

Prendre U bomse.

Anselme.

La?

B il)

MasCARILLE , prenant la bourse et la laissant tomler»^

La bouche avec la sienne.

Ah ! je t’entends. Viens-çà. Lorsque tu la verras » Vante-lui mon mérite , autant que tu pourras.

Mascarille.

Laissez* moi faire.

Anselme, s'en allant.

Adieu,

Mascarille.

Que le Ciel vous conduise l Anselme, revenant.

Ah! vraiment, je faisoîs une étrange sottise.

Et tu pouvois pour toi m’accuser de froideur.

Je t’engage à servir mon amoureuse ardeur;

Je reçois par ta bouche une bonne nouvelle ,

Sans du moindre présent récompenser ton zclc î Tiens, tu te souviendras...

Mascarille, l'interrompant.

Ah ! non pas , s’il vous plaît,

Anselme.

Laisse-moi...

Mascarille, l'interrompant.

Point du tout. J’agis sans intérSt.

Ans e l m e.

ïc le sais ; mais pourtant...

Mascarille, l’interrompant.

Non , Anselme , vous dis-j#, le suis homme d’honneur ; cela me désoblige.

COMEDIE

Anselme, s'en allant.

Adieu donc , Mascarille.

Mascarille, â part.

O longs discours l

Anselme, revenant.

Je veux

Régaler par tes mains cet objet de mes vœux;

Et |e vais te donner de quoi faire pour elle L’achat de quelque bague , ou telle bagatelle Que tu trouveras bon...

Mascarille, l'interrompant.

Non , laisse! votre argent.

Sans vous mettre en souci , je ferai le présent ;

Et l’on m’a mis en main une bague à la mode, Qu’apres vous payerez , si cela l’accommode.

An s e l m b.

Soit ; donne-la pour moi ; mais sur-tout fais si bien , Qu’elle garde toujours l’ardeur de me voir sien.

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